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Génisses.Le bien-être reste à améliorer

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Agitation. Les veaux anticipent la distribution du lait. Tous se regroupent au cornadis. La place est suffisante et on ne voit pas de signe de compétition. © C. F /BCEL Ouest

Reportage 3/3. Les vidéos montrent que si les éleveurs sont soucieux de l’hygiène, ils connaissent moins les besoins des veaux en matière de comportement.

Les éleveurs apprécient de pouvoir filmer leurs vaches dans leurs bâtiments quand ils rencontrent des difficultés ; ils y pensent moins pour les veaux. De ce fait, les vidéos réalisées dans les nurseries ne sont pas très nombreuses. Luc Manciaux, vétérinaire conseil chez Innoval, les a visionnées. « La première chose qui frappe est l’hétérogénéité des situations...
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Les éleveurs apprécient de pouvoir filmer leurs vaches dans leurs bâtiments quand ils rencontrent des difficultés ; ils y pensent moins pour les veaux. De ce fait, les vidéos réalisées dans les nurseries ne sont pas très nombreuses. Luc Manciaux, vétérinaire conseil chez Innoval, les a visionnées. « La première chose qui frappe est l’hétérogénéité des situations, aussi bien en matière de logement que de pratiques », analyse-t-il. Il constate aussi que les génisses laitières sont plutôt filmées en cases collectives, plus rarement dans les tout premiers jours, souvent passés en cases individuelles.

Après la réalisation d’un film, un échange est organisé avec l’éleveur pour discuter de ses pratiques et visiter l’élevage. Il s’avère que la notion de bien-être des veaux est assez peu prise en compte, faute d’être bien connue. C’est dans ce domaine que des manques sont le plus souvent constatés. Pourtant, favoriser la socialisation et l’apprentissage permet aux veaux de grandir sans stress. Ils ont alors toutes les chances de bénéficier d’une bonne santé et de devenir des adultes peu stressés. Ils s’adapteront mieux aux changements, seront plus faciles à conduire et l’éleveur en profitera lui aussi. Les veaux et les génisses sont parfois un peu délaissés en élevage, faute de temps. Il faut chercher des compromis entre leur bien-être et celui de l’éleveur.

Des nouveau-nés isolés

Les éleveurs ont pris l’habitude de séparer le nouveau-né de sa mère rapidement, pour des raisons sanitaires. Il passe ses premières semaines dans une case individuelle et y reste souvent trop longtemps. Cela va à l’encontre de ses besoins physiologiques. Les veaux qui restent avec leur mère s’adaptent mieux à la nouveauté. Les interactions sociales sont nécessaires pour qu’ils développent l’apprentissage. De plus en plus d’études sont conduites sur ce thème et confirment l’existence d’une capacité d’apprentissage très élevée chez les veaux. Ceux qui sont isolés sont plus agités, plus stressés.

Dans les élevages allaitants ou bio, la séparation de la mère intervient plus tard et les veaux se retrouvent plus rapidement en contact avec leurs congé­nères. Ils jouent entre eux, ils découvrent ensemble leur environnement. Ce démarrage en phase avec leurs besoins influence leur comportement quand ils deviennent adultes. Regrouper des veaux du même âge, nés sur le même élevage, ne crée pas de risque sanitaire majeur. Des études ont montré que la croissance n’est pas pénalisée. Dès qu’ils se retrouvent au moins à deux, les comportements changent. Ils deviennent plus réguliers avec des phases d’exploration et de repos synchronisées.

Et puis, de petites choses très simples permettent­ d’enrichir l’environnement, d’assouvir la curiosité des animaux. Il suffit­ de placer un ballon ou un bidon, par exemple, pour voir les veaux s’y intéresser et jouer avec. Cette idée surprend encore les éleveurs laitiers, mais elle s’est répandue dans les élevages de porcs. Cela suppose de renouveler les « jouets » car les veaux se lassent vite.

Des plans d’allaitement pas toujours adaptés

Le manque de temps et de main-d’œuvre conduit bien des éleveurs à simplifier la conduite des veaux. Or l’ingestion du colostrum dès les premières heures de vie est essentielle. On connaît l’importance de la transmission des anticorps. Des études récentes montrent d’ailleurs que le colostrum contient aussi des minéraux, des vitamines ou des hormones qui favorisent l’adaptation du tube digestif.

S’il est avec sa mère, un veau tète de cinq à six fois par jour. Les plans d’allaitement prévoyant une buvée quotidienne sont très éloignés de ce comportement. En outre, le veau digère rapidement et a besoin d’énergie. Il parviendra difficilement à satiété avec un seul repas par jour. Le sevrage trop précoce, vers six semaines, ne convient pas à ses besoins. Sa capacité d’ingérer d’autres aliments est encore limitée.

Le type de lait compte. Les poudres ne contiennent pas toujours suffisamment de matière grasse laitière. De plus, les veaux ont besoin d’au moins 1 kg de poudre par jour. Beaucoup de plans d’allaitement sont inférieurs à ce seuil. Le lait entier convient aussi à condition qu’il soit issu de mélanges. Il faut proscrire les laits trop riches en cellules et, bien sûr, ceux qui contiennent des résidus d’antibiotiques.

L’alimentation au Dal n’a plus le vent en poupe pour des raisons d’hygiène. Pourtant, elle offre un rythme de buvée adapté aux besoins. Et elle permet au veau de téter dans une position naturelle qui favorise des repas plus longs et une salivation plus importante. Cela favorise la digestion.

Sur ce plan aussi, les élevages bio respectent mieux les besoins des veaux. Ils apportent deux buvées par jour et ne sèvrent pas avant l’âge de 3 mois. La conduite avec des vaches nourrices est bien évidemment très favorable aux veaux, aussi bien sur le plan nutritionnel que comportemental.

L’écornage reste un point noir

Réduire la souffrance au moment de l’écornage permet de diminuer le stress. Le veau récupère plus vite, se remet à se nourrir et la croissance n’est pas pénalisée. De plus, il n’est pas acceptable de faire souffrir un animal quand des solutions existent. L’ébourgeonnage doit être pratiqué le plus tôt possible, à partir de l’âge de 2 semaines. Il faut pratiquer une anesthésie et donner des anti-inflammatoires pour gérer la douleur immédiate, mais aussi celle qui suit. Bien entendu, l’opération doit être réalisée dans les meilleures conditions par une personne qui maîtrise la pratique. L’utilisation de taureaux sans corne est une piste pour régler cette question à terme.

Des nurseries parfois peu confortables

Appentis, anciennes porcheries, etc. : toutes sortes de locaux sont aménagés en nurserie avec plus ou moins de bonheur. Ventilation défaillante ou manque de lumière en sont les défauts les plus fréquents. S’y rajoute souvent une densité trop élevée. Mais, même dans les nurseries neuves, l’air ne circule pas toujours correctement. Généralement, la santé des veaux en pâtit et l’éleveur ne s’en rend compte que quand ça ne va pas. Réaliser un audit de la nurserie permet de trouver des solutions. Dans les bâtiments anciens, la ventilation peut souvent être améliorée à moindre coût. Prévoir des ouvertures sur l’extérieur est important aussi pour satisfaire la curiosité des génisses. Elles s’intéressent à ce qui se passe dehors et cela les stimule. Les enfermer dans le noir nuit bien évidemment à leur bien-être.

Pascale Le Cann
Interaction et affinité. Les comportements sociaux sont visibles ici avec deux veaux qui se touchent tandis que les autres se reposent.
Apprentissage Le veau tire un grand bénéfice du temps passé avec sa mère, aussi bien sur le plan nutritionnel que comportemental. Il sera ensuite moins stressé face à des changements. © p.lecann
Rumination. Plusieurs fois par jour, les veaux se couchent au même moment pour se consacrer à la rumination. Une répartition homogène des animaux confirme le confort de la nurserie. © C. F./ BCELO
ExplorationLe moment du paillage amène les veaux à jouer entre eux. Ils explorent leur environnement ensemble. © C. F./BCELO
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