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Construire avec le veau une relation facilite le travail

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Formation. Le 21 octobre, à Ploëmeur (Morbihan), douze éleveuses ont suivi la formation de Pauline Garcia dans le cadre du © C. Hue

Comportement. Le bovin est un animal routinier et émotif, il a besoin d’être rassuré. S’adapter à lui et enrichir son milieu l’aide à gagner en confiance et pose les bases d’un travail collaboratif.

Bien nourrir et abreuver ses animaux, leur offrir un couchage confortable, sont des préoccupations quotidiennes de l’éleveur. Le débat à propos du bien-être animal incite aujourd’hui à découvrir ou redécouvrir comment les bovins perçoivent leur environnement et à s’interroger sur la façon de mener une relation avec eux, avec pour but, une conduite du troupeau à la fois agréable et efficace...
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Bien nourrir et abreuver ses animaux, leur offrir un couchage confortable, sont des préoccupations quotidiennes de l’éleveur. Le débat à propos du bien-être animal incite aujourd’hui à découvrir ou redécouvrir comment les bovins perçoivent leur environnement et à s’interroger sur la façon de mener une relation avec eux, avec pour but, une conduite du troupeau à la fois agréable et efficace.

Dans le Morbihan, depuis trois ans, douze éleveuses de vaches laitières, d’allaitantes ou de chèvres travaillent sur le sujet dans le cadre du GIEE Bien-être humain et animal, animé par la chambre d’agriculture de Bretagne. Le 21 octobre, elles étaient en formation avec Pauline Garcia, comportementaliste animalier et éleveuse allaitante dans le Cantal (1). Chacune est ou a pu être confrontée à une vache irrespectueuse, voire dangereuse, à des laitières qui bousent systématiquement pendant la traite, à une montée difficile dans la bétaillère ou encore à la nécessité de réformer des dominantes agressives envers leurs congénères. « Comprendre l’animal et s’adapter à son fonctionnement simplifie le travail et permet de gagner en sécurité, assure Pauline Garcia. Le bovin a un niveau d’adaptabilité élevé. Il accepte par exemple plusieurs modes de conduite dans l’année : à l’extérieur la moitié de l’année et en bâtiment l’autre moitié. Nous, éleveurs, pouvons aussi faire des efforts, qui en retour nous feront gagner du temps. »

Marcher doucement autour du bovin

La vue. L’objectif est d’établir une relation équilibrée entre l’animal et l’éleveur. « Cela exige de se placer du point de vue de l’animal et, pour cela, d’appréhender son monde sensoriel, à commencer par la vue, qui en constitue les trois quarts. » Par exemple, le bovin a une vision saccadée des mouvements rapides. Il est donc indiqué d’effectuer des gestes lents, dont il pourra intégrer toutes les images.

Le bovin bénéficie également d’un large champ de vision – à 330 degrés –, dans lequel sa vue est plus nette à l’avant et qui inclut un angle mort à l’arrière. Il est donc conseillé d’approcher l’animal par l’avant ou le côté, afin d’éviter de le surprendre. L’aborder par l’arrière sans provoquer de stress nécessite un protocole d’apprentissage, que l’on peut débuter dès que le veau est séparé de sa mère (voir infographie, pages suivantes). « On en perçoit les bénéfices lors des inséminations qui se déroulent sans agitation, illustre Pauline Garcia. Si la vache ne peut pas voir l’intervenant en tournant la tête, elle orientera ses pavillons d’oreille vers l’arrière, en signe de compréhension de la situation et surtout de la localisation de la personne. »

Parler d’une voix ferme

L’ouïe. Le bovin est un animal peureux et émotif, qui a besoin d’être rassuré. « En milieu naturel, il aurait peu de chance de survie. Il est donc dans un état permanent de vigilance. » Afin de le rassurer, la comportementaliste conseille de parler d’une voix grave ou ferme, voire de ne pas parler. « L’éleveur doit calquer son comportement sur celui du bovin, indicatif de ses émotions : bouche fermée, l’animal témoigne d’un état d’apaisement, tandis que des vocalises aiguës indiquent un stress, par exemple au moment de la séparation mère-veau. » Par ailleurs, doté d’une ouïe plus fine que l’humain, le veau est obligé de s’adapter à l’environnement bruyant du bâtiment : bruits métalliques du cornadis, traite, moteur de tracteur, etc.

Se laisser flairer

L’odorat. Le bovin dispose également d’un odorat plus développé. Via son mufle, il l’associe au toucher comme moyen d’exploration, de la même façon que nous notre main. « Tous les matins, je consacre cinq à dix minutes de mon planning à circuler dans les parcs et me laisser flairer par les veaux, mais en évitant de les toucher. Contrairement à l’humain, le bovin n’est pas fan de contacts fréquents. » Elle propose d’introduire dans son milieu des odeurs qu’il rencontrera durant ses soins : odeur de compresses, de désinfectants, etc. C’est ce que l’on appelle l’entraînement aux soins : il s’en souviendra, ce qui en fera une source de stress en moins lors des manipulations.

Le toucher : un atout dans la relation

Le toucher. Le bovin se protège en fixant une distance de fuite entre un danger potentiel et lui-même. Plus elle est faible, plus cela indique un animal docile. Et s’il accepte qu’on le touche, c’est que la confiance est établie, sur la base d’une relation gagnant-gagnant : elle l’aide à mieux vivre les interventions humaines, et elle facilite le travail de l’éleveur.

À noter que les joues, l’arrière des oreilles, l’encolure et l’attache de la queue sont les zones que le bovin préfère. Toucher cette attache et l’intérieur de la cuisse préparera la génisse à la traite, à l’insémination ou encore à la prise de température. L’intérieur des naseaux et la base des cornes, en revanche, sont des zones plus douloureuses. « Le bovin apprécie le contact franc, précise Pauline Garcia. Il faut enfoncer les doigts dans le cuir du bovin ou utiliser une brosse (une tête de balai d’au moins 50 cm, que l’on trouve en magasin de bricolage) pour passer la barrière pileuse. La simple caresse lui évoque les mouches, qu’il n’apprécie pas. »

Mais attention ! Le toucher est l’aboutissement d’une succession d’interactions homme-animal quotidiennes, pas le point de départ de la relation. Cet apprivoisement peut débuter dès la séparation d’avec la mère. En élevage laitier, il sera plus facile à mettre en œuvre une fois la petite génisse en case collective spacieuse. Auparavant, on peut tout de même suspendre au cornadis de la case individuelle une pyramide faite maison (voir infographie), un jouet pour chien (catégorie­ molosse, indestructible) doté d’aspérités. Pensez à les remplacer si leur qualité se dégrade.

Casser la routine

Pauline Garcia propose de mener cet apprentissage des génisses en quatre étapes, étalées sur deux semaines, et qui reposent sur une visite quotidienne de dix à trente minutes, selon la disponibilité de l’éleveur. Le protocole d’apprentissage est présenté dans les infographies (ci-dessus et pages suivantes). Son caractère progressif permet aux génisses de gagner en confiance. « Le bovin aime la routine. Les changements soudains le perturbent et provoquent des ascenseurs émotionnels. L’introduction régulière de nouveaux objets lui apprend petit à petit à maîtriser ses émotions et à s’adapter. » Enrichir leur milieu d’objets nouveaux détourne également les génisses de certains tics, comme le léchage, et limite l‘agressivité des dominantes envers les dominées, que la vie confinée en bâtiment exacerbe. « Une génisse est agressive car elle s’ennuie dans un environnement fait seulement de murs, de tubulures et de paille. Si l’on mobilise son attention, elle le sera moins. »

Les jeunes génisses sont ouvertes aux interactions sociales et acceptent plus facilement les sollicitations extérieures. Il ne faut pas hésiter à faire preuve d’imagination et créer des objets insolites. Par exemple, des mobiles suspendus composés de matériaux et de couleurs différents qui stimulent la vue (couleurs vives), l’ouïe, le goût. Et même l’odorat, en intégrant, pourquoi pas, aux quatre jonctions des capsules de filtre de fosse septique, dans lesquelles déposer des gouttes d’huiles essentielles. Il est aussi possible d’opérer des variantes à partir d’un même objet. On peut ainsi solliciter l’ouïe en posant sur le sol un bidon haut de 40 à 50 cm vide dans un premier temps, puis rempli partiellement d’eau, puis de sable. Même démarche avec la pyramide suspendue : on peut faire varier les sons en employant des tuyaux durs ou mous, par l’ajout de jouets (solides) pour chien avec aspérités, de bouteilles plastiques contenant quelques cailloux, etc.

Répondre au besoin de grattage

L’étape suivante est la fixation aux barrières de brosses à poils durs en plastique – comptez une brosse pour 15 génisses. Le grattage est un besoin fondamental du bovin. L’animal se débarrasse la tête de la poussière, sollicite ses points d’apaisement (tête, encolure, et attache de la queue) et satisfait son envie d’activité. « On peut également fixer des brosses avant leur entrée dans la case collective. Le grattage est aussi nécessaire au bovin que l’abreuvement. »

Ces brosses constituent une passerelle vers la troisième étape : le grattage par l’éleveur­. La relation sera définitivement instaurée lorsque, dernière étape, la génisse acceptera de manger un peu de concentré dans la main. « Une relation, cela s’entretient. Passées les deux semaines d’apprentissage, on peut espacer les visites des génisses à deux ou trois fois par semaine, tout en continuant de stimuler leur curiosité jusqu’à leur vêlage. Ce n’est pas du temps perdu : on en gagnera beaucoup par la suite. »

Un animal acteur facilite le travail

La relation ainsi instaurée ouvre la porte à une vraie collaboration avec les femelles tout au long de leur vie dans l’élevage. La récompense par le grattage et une petite poignée d’aliment contrebalancera une situation stressante (insémination, traitement, etc.). De même, une récompense sera octroyée pour toutes les premières fois : montée dans la bétaillère, mise à l’herbe, passages en salle de traite et en cage de contention, etc. Au final, le travail s’en trouve facilité. « L’éleveur pourra s’appuyer sur les femelles meneuses pour faciliter l’apprentissage du lot de génisses et la manipulation du troupeau. Ce sont les moins craintives », indique Pauline Garcia. On peut repérer celles-ci durant les deux semaines d’apprentissage : ce sont les premières à s’approcher des objets introduits. Les visites régulières permettent aussi d’identifier les duos de « copines », que l’on essaiera au maximum de préserver lors des allotements.

D’après la comportementaliste, la démarche d’enrichissement du milieu amorcée par l’éleveur qui s’occupe des petites génisses nécessite d’impliquer les autres associés ou salariés, surtout s’ils prennent le relais des soins lorsqu’elles grandissent. À défaut, elles seront perturbées. Le travail réalisé avec elles jusque-là pourrait, dans ce cas, s’avérer contre-productif.

Claire Hue

(1) Pauline Garcia est comportementaliste animalier, et éleveuse de 120 vaches allaitantes de race salers avec son associé, dans le Cantal. Sous l’étiquette Étho-Diversité, elle communique sur son site internet, sa chaîne YouTube, Facebook et Twitter. Elle a publié Le Petit Guide illustré du bien-être du bovin, aux Éditions France Agricole.

« Se former au bien-être de nos animaux… et au nôtre »

« Nous avons créé le GIEE Bien-être humain et animal en 2020. Nous sommes douze éleveuses, principalement en bovins laitiers. Le débat sur le bien-être animal nous interpelle mais nous estimons qu’il ne peut pas être mené sans considérer celui des éleveurs. Un éleveur qui ne va pas bien s’occupe moins bien de ses animaux. La formation dispensée par Pauline Garcia le 21 octobre rentre dans ce cadre. Nous avions bénéficié auparavant d’un rappel sur le confort de l’animal en bâtiment, suivi d’une formation sur l’ébourgeonnage sans douleur, une sur le calcul de notre temps au travail, ou encore une initiation à la réflexologie, une méthode qui aide à déstresser. Nous apprenons aussi beaucoup en nous rencontrant sur nos fermes­. Au sein de mon Gaec, je suis notamment responsable des veaux. Avant la formation de Pauline Garcia, j’avais commencé les caresses et la poignée d’aliment avec les génisses audacieuses, m’appuyant sur elles pour conduire le lot. J’ai compris à la formation que je dois aussi leur apprendre à me respecter. Je projette de fixer des brosses et de suspendre des objets insolites­, les cases n’étant pas assez spacieuses pour en poser au sol. Je vais proposer à mes associés de regarder ses vidéos afin de cheminer de façon cohérente avec nos animaux. »

Les conseils de Pauline Garcia, éleveuse et comportementaliste animalier

APPRENDRE À SE FAIRE RESPECTER.
Il est fréquent qu’une jeune femelle affectueuse devienne dangereuse une fois adulte. Ce sont généralement celles qui sont élevées au biberon, couvertes de caresses par l’éleveur avec qui le courant passe. Elles maintiennent leurs comportements alors que leur gabarit et leur force, eux, ont changé. « Elles peuvent même être très dangereuses lorsqu’elles sont en chaleur car elles ne savent pas se contenir, détaille Pauline Garcia. Elles peuvent courir après l’éleveur, le coincer contre un mur, tenter de sauter sur lui. » Dans leur cas, il ne faut pas confondre docilité et affection. « L’animal docile ne doit pas se montrer irrespectueux. Il ne faut pas le laisser quémander un grattage. C’est à la personne qui s’en occupe de lui apprendre les limites quand il est encore jeune. »

La comportementaliste propose cette technique : « Chaque fois que la génisse vient vous frotter le genou, il faut taper des pieds et des mains devant elle. Taper des pieds crée des vibrations dans le sol et la perturbe. Taper des mains sollicite sa vision saccadée. Elle a alors le réflexe de reculer. » Une fois la génisse à deux ou trois mètres et calme, la personne peut de nouveau s’approcher et la gratter : le cadre de la relation est posé. La vache a de la mémoire : si, face à son insistance, l’éleveur éprouve le besoin d’utiliser cette technique, elle s’en souviendra.

ADOPTER UNE TENUE SOMBRE.
Les couleurs claires et les contrastes ressortent davantage dans la vision du bovin et peuvent l’éblouir. Une tenue entièrement sombre, sans contraste (noire, bleu marine ou marron), casquette, gants et bottes compris, ne l’effraie pas. Les cottes de travail à fermetures Éclair blanches sont donc à proscrire.

MARCHER LENTEMENT,
et effectuer les gestes au ralenti, de façon à s’adapter à la vision saccadée que le bovin a des mouvements.

Retrouvez les vidéos correspondantes sur la page Facebook de L’Éleveur laitier, et sur la chaîne YouTube Étho-Diversité.

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