Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail

« Une nouvelle opportunité de progresser »

réservé aux abonnés

 - -->
Plus d’une place par vache à l’auge. Ce critère est plébiscité par la grille de bien-être animal de Danone. Marie-Noëlle, Vincent et Léandre Bachelet le respectent. Leur stabulation laitière mixe cornadis et barre, ce qui permet de gagner de la place à l’auge. Elle compte 93 places pour 85 à 86 vaches traites. © c.hue

Danone. Le groupe industriel a évalué deux fois l’EARL du Moulin de Renty sur le bien-être animal. Entre chacune des visites espacées de deux ans, les trois associés se sont efforcés de résoudre les points d’alerte. La gestion de la douleur à l’ébourgeonnage des veaux était en tête de liste.

Danone réalise des audits de bien-être animal chez ses livreurs depuis trois ans. Le groupe en communique pour la première fois les résultats. « En trois ans, nous constatons des changements de pratiques par l’évaluation, la formation et des accompagnements s’il le faut », se réjouit Maëline Baudet, en charge du déploiement en France de l’agriculture régénératrice prôné...
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
8%

Vous avez parcouru 8% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

Danone réalise des audits de bien-être animal chez ses livreurs depuis trois ans. Le groupe en communique pour la première fois les résultats. « En trois ans, nous constatons des changements de pratiques par l’évaluation, la formation et des accompagnements s’il le faut », se réjouit Maëline Baudet, en charge du déploiement en France de l’agriculture régénératrice prôné par Danone. Fin 2021, une très grande majorité des 1 530 livreurs avaient été évalués : 96 % au moins une fois et 41 % deux fois. L’une des satisfactions du groupe concerne la gestion de la douleur à l’ébourgeonnage des veaux. « C’est la meilleure évolution que nous constatons. » Sur les 628 élevages audités deux fois, 311 étaient notés en alerte au premier, c’est-à-dire qu’ils n’utilisaient ni analgésique ni anesthésique. Leur nombre baisse à 200 au deuxième. « Plus globalement, le score moyen de ces élevages progresse : 77 points sur un total de 100 points à la deuxième visite contre 70 à la première, reprend Maëline Baudet. Ce résultat ne comprend pas les 91 élevages que notre grille d’évaluation classe critiques (lire ci-après) et pour lesquels des solutions techniques sont trouvées pour la très grande majorité. »

Proscrire l’écornage des veaux après huit semaines

Comme l’audit interprofessionnel Boviwell (voir encadré p. 66), l’évaluation de Danone est construite sur des critères respectant les cinq libertés de l’animal reconnues par l’OIE, l’Organisation mondiale de la santé animale. Danone a choisi de développer sa propre démarche pour l’appliquer partout où il collecte, plutôt que de marcher dans les pas du Cniel (interview page suivante). Concrètement, sont passés au crible le logement, la santé des animaux, l’alimentation et l’abreuvement, le stress et la douleur, et les comportements naturels.

La grille de notation reprend les 43 critères définis en 2016 en Espagne en lien avec l’IRTA, un institut de recherche catalan, et l’ONG internationale « welfariste » CIWF, également présente en France. Chaque critère a trois niveaux de notation : « bon résultat », « intermédiaire » et « alerte » ou « à améliorer ». L’ensemble totalise un score sur 100. « Quatre critères sont considérés critiques : l’écornage des animaux de plus de 8 semaines, la coupe de la queue, l’absence de qualité et de sécurité des aliments et l’utilisation de semence clonée. Ce dernier point ne concerne pas les producteurs français, indique Maëline Baudet. Nous voulons proscrire ces quatre pratiques dans les pays où nous collectons. Dans les élevages concernés par au moins un de ces points, le score total tombe automatiquement à zéro. » L’industriel vise 100 % des éleveurs audités  « sur la base du volontariat »  avec au moins 60 points. Dans le Pas-de-Calais, à Renty, l’EARL du Moulin de Renty est bien au-delà. Elle est le parfait exemple de ce que souhaite l’industriel. Son premier audit en décembre 2019 a donné un score de 72 points. Il est monté à 91 points au deuxième, réalisé le 19 janvier dernier. « Entre les deux, nous nous sommes efforcés d’améliorer les points mis en évidence », disent les trois associés, Marie-Noëlle et Vincent Bachelet et leur fils, Léandre. Adhérents de l’OP Bailleul, ils approvisionnent l’usine de Bailleul (Nord).

La douleur du veau à l’ébourgeonnage, c’est fini 

L’amélioration qu’ils évoquent spontanément est la gestion de la douleur des veaux à l’ébourgeonnage. « Nous n’anesthésiions pas les veaux ni n’administrions d’antalgiques. Les animaux meuglaient. Cela nous stressait. Nous retardions le moment pour le faire, si bien que nous nous retrouvions avec un lot d’une dizaine de génisses à ébourgeonner en même temps. Nous en profitions pour les sevrer et les changer de bâtiment. Cela faisait beaucoup de changements en même temps. » Passé la période de confinement en 2020, les associés sollicitent leur vétérinaire, lors de son suivi « repro » mensuel, afin d’ébourgeonner correctement leurs jeunes femelles. Depuis la mi-2021, ils le font eux-mêmes après s’être formés durant une journée. La session était organisée par Danone dans le cadre de son programme Bien-être animal (ci-dessus) « Avec mon fils étudiant vétérinaire, nous ébourgeonnons désormais un maximum de trois à quatre génisses le même jour, ce que nous faisons beaucoup plus sereinement », dit Vincent.

Prévenir les boiteries en stabulation et au pâturage

L’observation de plus de 5 % des vaches atteintes de boiteries sévères a également pénalisé le résultat de la première évaluation. Les éleveurs y ont remédié par une meilleure surveillance des pieds. « Nous avons un problème récurrent de mortellaro. Un contrat de parage signé il y a deux ans avec notre cabinet vétérinaire permet une meilleure prévention », dit Marie-Noëlle. Le passage des vaches dans un pédiluve une fois par mois et l’investissement, l’an passé, de 10 000 € dans 500 m d’accès au pâturage (et abreuvement) complètent cette politique. Les Bachelet savent saisir les propositions d’accompagnement de l’industriel. Ils sont rentrés en 2020 dans le dispositif de financement participatif Miimosa pour améliorer les conditions de pâturage (1 660 € de dons et 7 500 € de Danone) . De plus, Vincent a répondu présent à la formation sur le parage en janvier dernier.

Zéro prime au titre du bien-être animal

Mais sans doute le logement des pe­tites génisses par paire, de la naissance jusqu’à 2 semaines, sera-t-il le plus frappant aux yeux d’un éleveur visiteur. « En accord avec le CIWF, qui a coconstruit la grille, et si le contexte de l’élevage le permet, le choix du groupage des veaux a été fait, plutôt que celui de laisser le veau avec sa mère », indique la vétérinaire Mathilde Clauss, du cabinet Phylum, qui apporte son expertise scientifique à Danone. Les trois associés apprécient les interactions qui se créent entre les jeunes animaux. « Cette technique réclame une grande hygiène. En cas de diarrhée ou de problème respiratoire, il ne faut pas hésiter à isoler l’animal », précisent-ils.

L’EARL du Moulin de Renty ne reçoit pas de prime spécifique au titre de son score élevé de bien-être animal. « Si aujourd’hui nous répondons à la sollicitation de Danone, nous espérons que demain le prix du lait valorisera ce que nous faisons », disent-ils.

claire hue
Veaux par paire. La nurserie compte cinq niches de deux veaux. Le nouveau-né est séparé de sa mère à la naissance. Son isolement d’une journée facilite sa prise de colostrum. Puis il est logé avec un autre durant quinze jours. Ils rejoignent ensuite les cases collectives de quatre et six places. Une hygiène stricte est nécessaire, par un lavage des contenants et une désinfection de la case à chaque départ de veaux. En amont, les vaches taries sont vaccinées contre les rota- et coronavirus. Le veau atteint de diarrhée ou d’un problème respiratoire est isolé dans la case voisine si elle est vide ou dans l’un des troix box de vêlage. Pour cette technique, il ne faut pas de problèmes sanitaires dans l’élevage. © c. hue
Pâturage avec ombrage. Les vaches et les génisses pâturent durant sept à huit mois sur 25 ha. 500 m de chemins ont été créés et renforcés pour les 30 paddocks de pâturage tournant dynamique lancé en 2021. Le maillage de 2 km de haies d’origine et plantées apporte 10 m² d’ombre par vache. L’élevage coche les 3 cases pâturage, ombrage et boiteries de la grille Danone. © c.hue
Cellules. Ce compteur acheté en 2019 permet d’identifier en temps réel l’origine d’une dégradation cellulaire, et de mieux cibler les traitements antibiotiques au tarissement. De 246 000 cellules/ml sur trois mois en décembre 2019, la moyenne est descendue à 178 000 en janvier 2022. À la seconde visite, l’EARL a récupéré la note maximale sur ce critère. © c. hue
Plus d’une logette par vache. © c.hue
Prime bien-être animal Les éleveurs mécontents

Les livreurs de Danone sont évalués à 96 % sur le bien-être animal mais le retour sous forme de prime est faible, voire inexistant.

Dans le Nord, il n’y a pas de primes. Les dernières négociations fin décembre ont tourné court. Danone souhaitait intégrer le volet « agriculture régénératrice » (bien-être animal et empreinte carbone) dans le prix de base. L’OP Bailleul a refusé. « Il revient aux producteurs d’accepter ou non l’audit », dit l’OP.

En Haute-Normandie, ce mode de rémunération était appliqué jusqu’en février dernier (et malus de 7 €/1 000 l si l’éleveur refusait l’audit), mais l‘OP Caplait l’a remis en cause. Le bras de fer a abouti à la création d’une prime de 1 €/1 000 l fin février (lire aussi p.20 et 21).

En Basse-Normandie, l’OP des 3 Vallées a négocié en 2021 une enveloppe à isobudget sur l’agriculture régénératrice. Le bonus des uns finance le malus des autres. La prime moyenne actuelle est de l’ordre de 1,5 €/1 000 l.

Dans le Sud-Est, l’OP reproche à Danone de communiquer sur les résultats d’audits alors qu’elle-même n’y a pas accès. Elle veut une rémunération sur ce volet.

3 questions à…
« Danone propose un plan d’amélioration continue des pratiques » 3 questions à… Maëline Baudet, en charge du déploiement de l’agriculture régénératrice chez Danone

Maëline Baudet : En 2025, l’objectif est que 100 % des produits­ cultivés en France pour Danone soient issus d’une agriculture­ régénératrice.

Le bien-être animal en est actuellement le principal pilier par son évaluation chez les éleveurs. Nous visons 100 % de nos 1 530 livreurs avec un score minimum de 60 points sur un total de 100. Un appui individuel peut être proposé grâce à l’écosystème technique mis en place depuis quatre ans. Le Fonds Danone Ecosystème, avec l’expertise du cabinet Phylum, a permis la rédaction d’un guide pratique pour les éleveurs et d’un autre destiné aux vétérinaires, présenté pour la première fois au Salon de l’agriculture. De même, il finance des formations de techniciens et vétérinaires, a participé au financement des 21 formations collectives de producteurs en 2020 et 2021, etc.

Pourquoi Danone n’utilise-t-il pas l’évaluation interprofessionnelle Boviwell ?

M. B. : Notre réflexion sur le sujet est antérieure à celle de la filière. Pour autant, nous avons participé aux réflexions interprofessionnelles. Nous avons choisi de conserver notre propre démarche pour la déployer dans les pays où nous collectons le lait. Cela n’empêche pas de travailler à une conver­gence avec Boviwell. À ce titre, et dès ce mois de mars, nous allons ajouter de nouveaux critères comme la notation­ de la propreté. Les producteurs audités sur notre grille seront ainsi en confor­mité avec Boviwell et respecteront la charte des bonnes­ pratiques d’élevage.

M. B. : Non, l’audit se fait sur la base du volontariat. Nous proposons aux producteurs de les accompagner dans l’amélioration continue de leurs pratiques.

La grille de Danone un cran au-dessus de celle de Boviwell

La grille interprofessionnelle du bien-être animal Boviwell et celle de Danone ont toutes les deux une notation sur 100 points. La première a pour vocation d’être le socle de base de la filière sur le sujet. Celle de Danone a donc plus d’incidence sur l’exploitation. Notre comparaison porte sur les critères qui influencent les équipements et le système de production.

Logement : Danone attribue un peu plus de points à l’aire paillée qu’aux logettes mais sa référence par vache est plus basse que Boviwell : 8 m² contre 10. En logettes, son objectif est plus d’une logette par vache, contre une seule pour Boviwell. Il en est de même à l’auge : plus d’une place aux cornadis ou plus de 70 cm avec une barre à l’auge. Boviwell vise une place ou 70 cm par vache.

Pâturage : sous l’impulsion du CIWF, le pâturage est requis car il favorise l’expression des comportements naturels. Danone donne la note maximale sur ce critère (5 points) s’il a lieu pendant plus de 100 jours à raison de plus de quatre heures par jour. Boviwell ne différencie pas les systèmes pâturants et non pâturants. Elle demande une aire d’exercice d’au moins 3 m² par vache dans le bâtiment, hors couchage.

Veaux : Boviwell n’aborde pas la relation avec la mère ou entre congénères mais privilégie l’aspect santé par un taux de mortinatalité (0-48 h après la naissance) inférieur à 4,63 %, hors avortements. Ce critère entre cette année dans la grille de Danone pour faire converger cette dernière vers celle de Boviwell. Danone encourage le groupage des veaux dès la naissance après la prise de colostrum.

Imprimer Envoyer par mail
En direct
Afficher toutes les actualités