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« La fougue des vaches hérens cache d’autres atouts »

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Qualités laitières. Connue pour son aptitude au combat, la race hérens possède également des qualités laitières. Exemple avec l’élevage qui a vu naître Firenze chez Julie et Sylvain Protière.

Parce qu’elle est la millième hérens née en France, Firenze a été investie d’une mission : montrer que cette race célèbre pour ses « combats de reine » a d’autres atouts. Après avoir exposé ses 520 kg au Salon de l’agriculture de Paris, la génisse est attendue au Sommet de l’élevage cet automne, puis au Salon régional Vaches en pistes en avril 2023...
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Parce qu’elle est la millième hérens née en France, Firenze a été investie d’une mission : montrer que cette race célèbre pour ses « combats de reine » a d’autres atouts. Après avoir exposé ses 520 kg au Salon de l’agriculture de Paris, la génisse est attendue au Sommet de l’élevage cet automne, puis au Salon régional Vaches en pistes en avril 2023. L’occasion de braquer les projecteurs sur les qualités fromagères et bouchères des vaches noires.

Originaire de l’arc alpin, la race ne comptait plus que 172 vaches inscrites en 2010 en France, contre plusieurs milliers en Suisse et en Italie, où la tradition des combats est restée vivante. Depuis, les effectifs français remontent lentement. En 2022, le cheptel compte quelque 1 100 femelles. Mais rares sont les troupeaux 100 % hérens, comme celui qui a vu naître Firenze en juin 2019. À Villar-d’Arêne, village alpin perché à 1 700 m, ses éleveurs, Sylvain et Julie Protière, ont découvert la race en reprenant la ferme, début 2019 : « Au bout de trois jours, il était clair qu’on garderait cette race ! ».

Race de haute montagne

Petites et trapues, dotées d’aplombs irréprochables, les hérens sont adaptées à la haute montagne. « C’est la rusticité par excellence, résume Sylvain. À peine lâchées après huit mois à l’attache, elles gambadent et peuvent passer dans des endroits improbables pour pâturer. On en a même vu descendre au galop, perpendiculairement à la pente. » Un autre atout de la race est sa longévité, contrepartie d’un potentiel lent à s’exprimer. « On atteint l’optimum de production autour de 7 ans, indique l’éleveur, dont le troupeau a cette moyenne d’âge. À 15 ans, notre meilleure laitière n’a aucun frais vétérinaire et prend toujours à la première IA. »

À plein-temps sur l’exploitation, épaulé par un salarié l’été, le couple transforme le lait d’une quinzaine de vaches. Les fromages sont vendus dans un rayon de 10 km : au marché, à la ferme et auprès des restaurateurs et refuges. Les 40 ha de prairies naturelles, dont 20 ha de fauche, assurent l’autonomie fourragère quand les campagnols ne ravagent pas la récolte. En complément du foin séché en grange, le troupeau reçoit 8 t de céréales (orge, maïs et luzerne déshydratée) achetées et aplaties à la ferme. Les génisses partent en pension l’hiver et reviennent pour la saison d’alpage.

Avec une moyenne de 3 017 kg de lait par vache, le troupeau se situe dans la moyenne française. Sylvain espère atteindre bientôt 4 000 kg. Sa doyenne y arrive bien, après avoir produit 5 000 kg dans la fleur de l’âge… Les meilleures laitières suisses frisent les 6 000 kg. « Nous avons une marge de progrès avec la génétique et l’alimentation, estime-t-il. Avec une meilleure gestion du pâturage à l’alpage, nous devrions gagner en productivité. » Au contrôle laitier, les taux sont modestes : 35,8 de TB et à peine 30 de TP. « Mais le rendement fromager est très bon car le lait est riche en k-caséine BB : nous utilisons 10 kg de lait pour produire 1 kg de gruyère, 9 kg pour 1 kg de tome. La faible productivité est compensée par cette fromageabilité du lait et par un faible coût de production. »

Hors aides de la Pac (60 000 € de DPB et ICHN), l’atelier a dégagé une marge brute de 985 €/1 000 l en 2021 grâce à son lait valorisé plus de 1 160 €/1 000 l. Avec 34 300 l transformés (1), les ventes de fromages frais et affinés (entre 12 et 16 €/kg pour ces derniers) ont rapporté plus de 40 000 €. L’alimentation du troupeau (fourrages et céréales) a coûté 138 €/ 1 000 l. Les frais vétérinaires se limitent à 15 € et la reproduction (IA et doses) à 26 €/1 000 l.

Aussi combatives que dociles

Mais plus encore que leurs atouts économiques, c’est leur tempérament qui a conquis Julie et Sylvain. Leur sens aigu de la hiérarchie, d’où découle leur combativité, demande cependant une gestion particulière. « Début mai, on les sort d’abord deux par deux, puis quatre par quatre, pour qu’elles luttent, afin de déterminer leur statut de dominante ou dominée, explique Sylvain. Les combats, ni violents ni sanglants, cessent au premier signe de capitulation. C’est un passage obligé : lorsque chacune connaît sa place dans la hiérarchie, le troupeau est serein. Les perdantes viennent souvent se réfugier auprès de nous ! » Quitte à emporter des clôtures sur leur passage… Même à l’étable, à l’approche des beaux jours, il arrive qu’une vache ne puisse subitement plus supporter sa voisine. Il faut alors les attacher au licol en plus de la chaîne… Malgré leur caractère, ces bêtes à cornes « sont de vrais nounours avec nous, remarque Julie. On peut les manipuler facilement. L’une d’elles s’est laissée recoudre la mamelle sur 25 cm, à l’attache, sans anesthésie. » C’est pourquoi de plus en plus d’éleveurs de races allaitantes réservent de jeunes génisses à intégrer à leur troupeau. « La hérens prend naturellement la dominance, et au vu de sa docilité, elle rend le troupeau plus facile à conduire », explique Sylvain.

Il est dur de faire abattre des vaches avec lesquelles des liens aussi forts se sont créés. « On ne réforme pas pour trois échecs à l’IA, ni pour une patte blessée­ », indique l’éleveur, qui peut s’acharner un an avant de réformer une bête. Il s’en sort cependant avec un IVV moyen de 381 jours. Quand elles finissent par mourir, les hérens donnent des carcasses lourdes pour leur petit format, avec une avant-main très développée, au détriment des morceaux nobles. Ce qui ne les empêche pas, même à 15 ans, de recevoir les compliments du boucher.

L’intérêt modeste mais croissant pour la race offre aussi aux jeunes de meilleures destinées. « Cette année, trois mâles sont partis pour faire des taureaux de monte naturelle et des éleveurs m’ont contacté au SIA pour acquérir des génisses », témoigne Sylvain. Quant au premier rejeton de Firenze, si c’est une femelle, elle est déjà réservée.

Bérengère Lafeuille

(1) En 2021, 4 500 l de lait ont été autoconsommés car davantage de génisses ont été conservées, le troupeau laitier étant en augmentation pour passer de 13 à 16 vaches traites sur l’année.

    Gaec La Ferme du Lautaret, à Villar-d’Arène (Hautes-Alpes), à 1  700 m d’altitude

    2 associés (+ 0,3 UTH l’été)

    60 ha de SAU en prairie naturelle, dont 20 ha de fauche

    Objectif : 16 hérens traites

    3 017 kg/VL, à 35,8 de TB, à 29,7 de TP

    38 700 l produits (2021), dont

    34 300 l transformés en fromages, vendus en direct

IA. Recours à des taureaux suisses et italiens

La race hérens ne dispose pas de schéma de sélection propre à la France. Si des taureaux de monte naturelle sont disponibles en France, c’est de l’autre côté des Alpes que sont commandées les doses d’IA. Chaque année, au sein de l’OSRAR (organisme de sélection des races alpines réunies), le bureau de la race hérens sélectionne une dizaine de taureaux suisses et italiens. Ceux-ci sont notés sur les aptitudes laitières et la musculature, mais aussi sur la combativité. Depuis 2021, l’OSRAR a renforcé ses liens avec le partenaire suisse et commencé à réaliser des pointages intégrés au Herd Book suisse. Les éleveurs français espèrent bientôt disposer de taureaux nationaux pour l’IA.

Sereine. témoigne Sylvain Protière. © B. Lafeuille
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