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48 vaches en plein air font vivre trois éleveurs

Original. Avec 225 000 litres de lait bio, un système tout herbe et des charges réduites au minimum, le Gaec La Chataigneraie dégage trois revenus et vient d’accueillir un jeune associé.

Sur cet élevage, le fourrage et les éleveurs sont à l’abri mais les vaches restent dehors. Installé en 1987, Symphorien Poisbeau raconte : « J’ai démarré avec un système assez intensif, mais je n’ai jamais cultivé de maïs. Les importations de soja me posaient problème. » Il était associé avec ses deux frères au début. Depuis, certaines personnes ont changé...
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Sur cet élevage, le fourrage et les éleveurs sont à l’abri mais les vaches restent dehors. Installé en 1987, Symphorien Poisbeau raconte : « J’ai démarré avec un système assez intensif, mais je n’ai jamais cultivé de maïs. Les importations de soja me posaient problème. » Il était associé avec ses deux frères au début. Depuis, certaines personnes ont changé mais la ferme a toujours fait vivre trois familles. En 1987, le Gaec produisait 300 000 l de lait sur 40 ha avec de l’herbe et des betteraves. Il achetait des pois fourragers pour enrichir la ration en protéines. Dans les années 2000, l’opportunité de s’agrandir s’est présentée et les associés en ont profité pour désintensifier. Progressivement, la surface en prairie a augmenté. L’exploitation est passée en bio en 2009 et en système tout herbe en 2010. Les logettes ont été cassées pour augmenter le volume de stockage de fourrage.

Le plein air favorise l’état sanitaire

Les vaches sont passées à l’extérieur mais l’auge est restée en place avec un accès inversé. « Avant, les vaches se couchaient devant les cornadis. On a contourné le problème en les sortant. »

En 2010, l’étable a brûlé. Les associés ont décidé de concevoir le nouveau bâtiment selon le même principe que le précédent. En effet, ils constataient que le plein air favorisait un bon état sanitaire. Les mammites sont rares, même en hiver. Les mamelles restent propres. Il n’y a pas de butyriques. Le bâtiment a été financé par l’indemnité de l’assurance.

Il s’agit donc d’un système de plein air quasi intégral. Les vaches accèdent à l’auge par un couloir bétonné et se couchent dans le pré. En dehors de la saison de pâturage, elles ont accès à une parcelle attenante de 2,5 ha. Les éleveurs ont planté une haie au milieu pour qu’elles disposent d’abris, quelle que soit la météo. Cela évite qu’elles se regroupent toujours au même endroit et abîment le sol.

Les vaches passent en moyenne deux mois en hiver sur cette parcelle. Cependant, les périodes pluvieuses s’avèrent délicates en matière de confort pour les animaux.

Une aire paillée pour les jours pluvieux

Cela représente seulement une vingtaine de jours par an mais les éleveurs ont décidé d’agrandir le bâtiment pour leur offrir un abri. Les travaux ont été réalisés l’an dernier pour un coût de 25 000 €. Ils ont aménagé une aire paillée et utilisent le foin de marais, à faible valeur alimentaire, pour la litière. Cela garantit l’autonomie de l’élevage, qui ne produit pas de céréales à paille. « On ouvre l’accès, ou pas, en fonction de la météo », précise Symphorien. Le couloir bétonné est paillé et raclé tous les deux jours. Les jus de la fumière et les eaux blanches sont dirigés vers un bassin tampon de sédimentation installé en 2004. Les eaux résiduelles sont dispersées sur les prairies par des asperseurs. Quant au fumier, environ 200 t par an, il est épandu dans les champs. Symphorien précise que les prairies ne sont pas refaites.

Ce système de logement peu coûteux a été étendu aux génisses. Elles sortent dès l’âge de 6 mois et ne rentrent que deux semaines avant le vêlage. Elles valorisent 50 ha de marais exploitables du 15 mars au 15 décembre. En dehors de cette période, elles pâturent les 25 ha de prairies naturelles­ trop éloignées pour les vaches. En hiver ou lorsque l’herbe manque, elles sont regroupées en petits lots de 7 ou 8 et ont du foin à disposition dans un râtelier. « On le déplace chaque semaine pour éviter qu’elles abîment le sol. » Les éleveurs passent voir les génisses tous les trois jours. Cette conduite se révèle certes très économe, mais les croissances sont assez lentes. L’élevage a adopté le vêlage groupé en été pour simplifier le travail. De cette manière, la plupart des vaches sont taries au moment des foins. Le premier vêlage se produit à 3 ans.

Les vaches pâturent sur 40 ha autour des bâtiments. Dans cette zone séchante, la pousse s’arrête durant environ un mois et demi en été. Le troupeau reste alors sur une parcelle ombragée de 3 ha et consomme du foin ou de l’enrubannage mis à disposition dans un râtelier. Du foin de luzerne complète la ration à l’auge.

Les éleveurs ont installé des points d’eau dans tous les prés. Ils ont aménagé des chemins confortables partout. L’entretien des clôtures représente une charge de travail importante. L’élevage se trouve en périphérie de Nantes et des zones artisanales le cernent. Il n’est donc pas question que les vaches s’échappent. Cette proximité de la ville ne constitue cependant pas une menace aujourd’hui. Le nouveau PLU sécurise le parcellaire pour les quinze prochaines années. Auparavant, la ferme a perdu 15 ha, grignotés par une zone industrielle. « On y produisait du trèfle violet. Aujourd’hui, nous achetons du foin de luzerne pour compenser. » Les éleveurs ont essayé d’en produire eux-mêmes mais n’y sont pas parvenus. Cette culture concurrence le pâturage et ils n’ont pas réussi à la pérenniser. L’élevage achète aussi 3 t de triticale par an pour les petites génisses.

Un large recours à l’autoconstruction

Au total, les charges représentent 40 % du produit. L’autonomie alimentaire l’explique en partie. Les choix d’un niveau faible d’investissement également. « On a souvent attendu d’avoir de l’autofinancement pour se lancer dans des travaux », raconte Symphorien. Et ils ont toujours eu largement recours à l’autoconstruction. Seul le récent agrandissement de l’étable reste à amortir. La salle de traite, une 2 x 4 sans décrochage automatique, date de 1979. Elle a été rénovée et fonctionne bien. L’élevage est équipé pour faucher et faner et fait appel à la Cuma pour presser ou enrubanner.

Le Gaec dégage en moyenne 60 000 € de revenu par an, un niveau jugé suffisant par les trois associés. Patrick Prampart s’est installé en 1996. Quant à Jérémy Landas, il est arrivé le 1er janvier 2021 pour remplacer un frère de Symphorien parti à la retraite. À 24 ans, il est titulaire d’un BTS en productions animales et a travaillé un an sur la ferme comme salarié avant de s’installer. « J’aime bien les vaches et j’ai une attirance pour les systèmes extensifs. Symphorien est mon oncle et ça me plaît de travailler en famille », remarque-t-il.

Un bon équilibre entre travail et vie privée

Il apprécie aussi l’organisation du travail avec un week-end d’astreinte sur trois, une demi-journée de repos par semaine (hors week-end) et cinq semaines de congé par an. « Cela laisse du temps pour la vie personnelle. »

Animalier, Jérémy a des idées pour faire évoluer la sélection du troupeau. La race holstein n’a jamais été remise en cause sur l’élevage. « Elle est suffisamment rustique et surtout, elle s’adapte bien aux rations fluctuantes. Après une période un peu maigre, cette vache est capable de produire beaucoup dès que la ration s’améliore, constate Patrick. D’autres races auraient tendance à engraisser. » Jérémy souhaite génotyper systématiquement les 14 premières génisses qui naissent chaque année afin de choisir celles qui participeront au renouvellement. Il veut aussi mettre l’accent sur les aplombs pour améliorer le troupeau. Cette réflexion est née lorsqu’il était salarié sur l’élevage. Il a convaincu ses associés d’avancer dans cette direction. Dans deux ans, ce sera au tour de Symphorien de partir. Pour le remplacer, les associés chercheront un profil bricoleur. En effet, sa formation inclut l’entretien des machines agricoles et la plomberie. Patrick, animalier comme Jérémy, prendra sa retraite trois ans plus tard.

Pascale Le Cann
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