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Maïs ensilage : premiers essais en modulation de densité de semis

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Patrice Lièvre et Jean-Pierre Germai, deux des quatre associés du Gaec, vont s’engager l’an prochain sur une plus grande surface en semis modulés. © Denis Lehé

Démarche. Le Gaec La Voie lactée, dans les Deux-Sèvres, a modulé la densité de semis sur une parcelle de maïs ensilage en se basant sur une cartographie préalable des sols. Résultat pour 2021 : une économie de semences sans perte de rendement.

«Le guidage par GPS est un outil intéressant mais s’il ne sert qu’à suivre des lignes droites dans un champ, cela reste un investissement trop élevé, estime Patrice Lièvre, éleveur au Gaec La Voie lactée, à Vernoux-en-Gâtine­ (Deux-Sèvres). Je pense qu’il faut aller plus loin en développant d’autres applications, comme la coupure de tronçons ou la modulation des intrants...
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«Le guidage par GPS est un outil intéressant mais s’il ne sert qu’à suivre des lignes droites dans un champ, cela reste un investissement trop élevé, estime Patrice Lièvre, éleveur au Gaec La Voie lactée, à Vernoux-en-Gâtine­ (Deux-Sèvres). Je pense qu’il faut aller plus loin en développant d’autres applications, comme la coupure de tronçons ou la modulation des intrants pour valoriser plus efficacement cette technologie. » Après avoir équipé un premier tracteur d’un système de guidage en 2017, l’exploitation s’est donc intéressée, deux ans plus tard, à la modulation via le programme Fertilio e-RM proposé par la coopérative Terrena. Sur les 210 ha de SAU de l’exploitation, 174 ont été engagés dans cette démarche qui débute par une cartographie des sols afin d’estimer leur hétérogénéité. La coopérative propose pour cela une analyse de la résistivité électrique du sol. Un quad, équipé d’un capteur spécifique de la société Géocarta, quadrille le terrain afin de réaliser des mesures. Ces données servent à établir une cartographie des parcelles en faisant ressortir les zones hétérogènes. Un pédologue se déplace ensuite sur place pour déterminer le type de sol à partir des carottages réalisés sur chaque zone. Des prélèvements sont réalisés ultérieurement pour analyses physico-chimiques. Le service agronomique de la coopérative délivre alors des cartes de potentiel, établies pour chaque parcelle, selon le type du sol, la teneur en cailloux, la réserve utile, le pH et les éléments minéraux.

Cartographier le sol

« Tout agriculteur observe des diffé­rences parfois importantes au sein d’une même parcelle, ajoute Patrice Lièvre. Mais cela ne s’explique pas sur une carte de rendement. Il faut cartographier le sol pour vraiment comprendre d’où viennent ces écarts de potentiel. Nous avions fait un premier essai de modulation intraparcellaire en 2019 en adaptant le chaulage aux besoins du sol. Résultat : une facture d’achats abaissée à 8 000 €, alors que si nous avions raisonné comme auparavant, avec un apport identique partout, nous en aurions eu pour 12 000 €, explique-t-il. C’est ce qui nous a motivés au printemps dernier à tester la modulation de semis en maïs. »

Semoir à distribution électrique

Le Gaec avait au préalable investi dans un semoir à maïs de huit rangs Optima, de marque Kverneland, acheté d’occasion. Il est équipé d’une distribution électrique qui permet de faire varier individuellement la quantité de graines semées sur chaque rang. Le semoir est associé à un tracteur John Deere 6110 série R avec guidage Autotrac et une antenne de type SF1. Ce GPS est disponible sans abonnement et offre, selon l’éleveur, un niveau de précision suffisant pour semer du maïs à intervalle régulier. L’essai a été réalisé sur une parcelle de 2,5 ha en forme triangulaire. Les analyses de Terrena ont révélé deux zones distinctes sur lesquelles ont été appliquées des densités différentes de semis : 75 000 graines par hectare (gr/ha) sur environ deux tiers de la surface où la terre limono-argileuse dispose d’une réserve utile relativement faible et 93 000 gr/ha sur la partie à plus fort potentiel. L’exploitation dispose de l’irrigation, mais il était convenu au départ que ce champ ne recevrait pas d’eau pour ne pas fausser les résultats. Dans cet essai, deux variétés ont également été implantées dans des bandes parallèles, afin de tester leur réponse à la modulation. Le semis a eu lieu début juin.

Toute la parcelle a été conduite de la même manière, sans différence non plus avec les autres champs de maïs du Gaec. La récolte s’est déroulée le 21 septembre avec une ensileuse John Deere fournie par la concession Ouest Agri et équipée d’un capteur de rendement. Les bandes ont été ensilées une à une et le personnel de Terrena a effectué des prélèvements dans chaque remorque pour mesurer la qualité du fourrage. Les rendements ont été élevés : 15 tMS/ha dans la zone à 75 000 gr/ha et 16 tMS/ha sur la partie semée à 93 000 gr/ha. « Entre les deux secteurs, les résultats sont pratiquement équivalents, estime Pierre Morin qui a suivi l’essai pour la coopérative. Cela s’explique par l’abondance des pluies tout au long de l’été qui a permis d’obtenir une bonne productivité en tout point de la parcelle, y compris sur la partie à plus faible potentiel. Dans la zone à 93 000 gr/ha, l’enracinement a sûrement été le facteur limitant du rendement, donc l’exploitation de la réserve utile n’a pas été optimale. » Il est difficile d’établir une règle générale sur l’intérêt de la modulation à partir d’un seul essai en plein champ. Dans le cas présent, l’agriculteur a économisé de la semence tout en maintenant son rendement.

Un autre intérêt : réduire la compétition

Sur une année climatique « normale », avec moins de pluviométrie, le rendement de la partie semée à 75 000 gr/ha aurait sans doute été inférieur au reste du champ. Dans ce cas, l’intérêt de cette pratique se trouve ailleurs : avec moins de pieds à l’hectare, la compétition est réduite, évitant le dessèchement précoce des plantes sur les zones les plus arides. Chacun sait en effet qu’un maïs trop sec se conserve ensuite plus difficilement.  De son côté, Patrice Lièvre se montre réellement convaincu de l’intérêt de la modulation. « Sur cette parcelle, j’aurais en temps normal tout semé à plus de 90 000 pieds/ha, précise-t-il. Avec la modulation, j’ai réduit de 20 % la densité sur les deux tiers de la surface, pour un résultat équivalent. L’achat de semences me revient aux environs de 180 €/ha. Sur cette parcelle, l’économie réalisée pour cette année est donc de l’ordre de 25 €/ha. Un réel bénéfice, comparé aux 5 €/ha que facture la coopérative pour dresser des cartes de modulation directement transférables sur la console du tracteur. L’an prochain, nous allons refaire un essai sur une parcelle plus grande. »

Denis Lehé
La console du tracteur gère, au semis, la position du matériel dans le champ et module la densité selon la carte préétablie. © D. L.
Lors de la récolte, les différentes bandes ont été ensilées une à une afin de mesurer le rendement en tout point de la parcelle. © D. L.
Le semoir de l’éleveur est un Kverneland Optima à huit rangs, équipé d’une distribution électrique dont l’entraînement est modulable. © D. L.
Un capteur au niveau du rotor de l’ensileuse calcule le rendement instantané en tout point de la parcelle. Mesurer le volume récolté aide à connaître les bénéfices de la modulation.
Un retour sur investissement positif au Gaec La Voie lactée

Comme pour toute technique, il est difficile de chiffrer avec précision un retour sur investissement tant les données sont variables : coût réel du matériel employé, coût de la prestation de cartographie, gain sur les intrants… Les résultats de cet essai sont toutefois très positifs. Du côté des charges, le Gaec a dû investir dans un semoir plus cher que la moyenne pour bénéficier de la modulation, via un entraînement électrique de la distribution.

Cette technologie a d’autres avantages puisqu’elle permet la coupure de rangs et évite les recroisements de semis en bout de parcelle et dans les pointes. Selon la forme du champ, l’économie de semences­ est généralement estimée entre 4 et 7 % de la dose, soit 7 à 12 €/ha.

Grâce à cela, Patrice Lièvre espère amortir le surcoût du semoir en deux ou trois ans.

Un chiffre qui correspond aussi à ceux fournis par les ETA et les Cuma, de plus en plus nombreuses à utiliser des semoirs monograines équipés de modulation et de coupure de rangs.

Pour l’étude de sol préalable à la cartographie, le montant investi initialement est de l’ordre de 100 €/ha, mais ce travail n’est effectué qu’une seule fois et valable à vie. Cette étude est indispensable pour moduler le semis comme la fertilisation. S’ajoute à cela le coût de la prestation pour établir la carte de modulation. Terrena propose ce service pour 5 €/ha/an.

Quant aux gains, leur montant est propre à chaque situation : « Sur cette parcelle, la quantité de semences a été réduite sur environ deux tiers de la surface compensant facilement les sommes investies, rappelle Pierre Morin. Mais dans un autre champ, les préconisations pourraient être diffé­rentes. Dans tous les cas, l’objectif est de mieux connaître l’hétérogénéité de ses sols afin de n’apporter que la quantité d’intrants nécessaire. C’est forcément bénéfique pour l’exploitant. »

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