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« Une économie de 100 000 € en litière compostée »

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Maxime Helleboid © J. Pezon

Stabulation. Chez Maxime Helleboid, le choix de la litière compostée représente une économie d’investissement, mais aussi de temps de travail et de paille. Et ce en préservant la qualité du lait, grâce à une approche globale menée avec son praticien.

Dans le cadre de son installation avec ses parents, en décembre 2018, Maxime Helleboid obtient une rallonge de sa laiterie (Danone) de 300 000 litres de lait. Se pose alors la question de l’agrandissement de la stabulation aire paillée. Dans ce bâtiment, les difficultés à maîtriser la qualité du lait orientent vers l’option logettes sur béton, autour d’un projet de 100 places équipées de...
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Dans le cadre de son installation avec ses parents, en décembre 2018, Maxime Helleboid obtient une rallonge de sa laiterie (Danone) de 300 000 litres de lait. Se pose alors la question de l’agrandissement de la stabulation aire paillée. Dans ce bâtiment, les difficultés à maîtriser la qualité du lait orientent vers l’option logettes sur béton, autour d’un projet de 100 places équipées de matelas, pour un coût total de 300 000 €, incluant­ la fosse à lisier de 2 000 m3 et le logement des génisses. Mais le jeune éleveur étudie en parallèle une autre option, qui va le conduire à faire le choix de la litière compostée.

Un préalable : ouvrir pour assurer la ventilation naturelle

« Il n’était pas question d’investir sans mener en amont une réflexion sur les conditions d’élevage, explique-t-il. Avec un troupeau en zéro pâturage, je voulais avant tout privilégier un environnement confortable pour le troupeau, mais aussi pour les hommes ». A priori, la litière compostée présente de nombreux atouts : comparée à l’aire paillée, elle est plus économe en paille et en temps de travail ; et comparée au tout béton, elle offre un plus grand confort de couchage favorable à la santé et à l’expression du comportement des animaux, mais aussi une économie d’investissement, de « 100 000 €, par rapport aux devis sollicités pour la stabulation logettes­. » Ce gain réalisé sur la structure de la stabulation sera en partie réinvesti, dans un attelage d’occasion tracteur + rotavator et, tout récemment, dans trois brasseurs d’air indispensables à la gestion de la litière.

La stabulation, prolongée de quater travées de 6 m, a été mise en service en août 2020. L’aire de couchage mesure 66 m de long sur 12 m de large, soit 10 m2/VL , plus un couloir d’alimentation en béton raclé de 4 m de large. La gestion de la litière compostée est la suivante : sur une surface stabilisée en marne, les éleveurs éparpillent avec l’épandeur à fumier une première couche de 25-30 cm d’anas de lin, en brins de 1,5 à 2 cm. Ce « paillage » est renouvelé tous les quinze jours à trois semaines, avec l’équivalent de quatre épandeurs (20 m3).

Sans attendre, la couche d’anas est incorporée à la litière à l’aide du rotavator­, enfoncé au maximum. Sur le principe du compostage, la litière ainsi malaxée se met alors à chauffer et émet de la vapeur : c’est le signe de l’évacuation de l’humidité, une étape fondamentale qui vise à prévenir les fermentations de la litière, dont seulement deux curages ont été programmés dans l’année. L’assèchement­ de la litière repose par ailleurs sur un préalable indispensable : l’efficacité de la ventilation naturelle, qui contribue aussi à une répartition homogène des animaux. Les éleveurs n’ont donc pas hésité à ôter la partie supérieure du bardage à claire-voie sur les deux pans du bâtiment et en pignon (voir photos).

Une fois le rotavator passé, la litière doit ressembler à du terreau

Dans cette stabulation ouverte, l’humidité et le gel de l’hiver n’ont pas causé de difficulté sanitaire particulière­. En revanche, le printemps chaud et humide a engendré une consommation d’anas de lin plus importante que prévu, qui a nécessité le maintien du rythme d’un épandage tous les quinze jours afin de garder sèche la litière .

« Après le passage du rotavator, la litière doit avoir une texture proche du terreau. Si elle est trop grossière, avec la formation de grosses boules, c’est le signe d’un excès d’humidité. C’est un repère visuel très parlant qui permet d’ajuster ses pratiques », indique Maxime. Sur ce point, la herse s’est révélée beaucoup moins efficace que le rotavator pour émietter la litière, et un essai réalisé avec de la paille de céréale en brin de 4 cm s’est avéré non concluant : « Les brins trop longs généraient une litière plus compacte et plus humide; qui montait beaucoup moins en température ». Livrés par son teilleur, les anas de lin assurent la finesse de la litière. Leur prix est indexé sur celui de la paille (environ 100 €/t). « Avant nous n’étions pas autonomes en paille, désormais nous en avons assez pour l’alimentation et la litière des génisses et le reste est vendu pour acheter les anas. Depuis la mise en route le 12 juillet dernier des trois brasseurs d’air de 6 m d’envergure (19 000 €), la différence sur l’assèchement de la litière est flagrante et aura un impact positif sur nos besoins. »

La visite de la stabulation détonne par l’absence d’odeur et surtout par la propreté des animaux. On observe aussi la souplesse de la litière, où les vaches s’enfoncent, se lèvent et se relèvent sans contrainte (voir la vidéo sur notre site internet). Ici, pas d’écartèlement, de tarcites ou de problèmes aigus de boiterie : « Le pareur a relevé dans l’année trois ouvertures de lignes blanches et deux limaces. En dehors de ça, le seul constat est un défaut d’usure des onglons. »

Des vaches propres dans la durée

À l’usage, la litière compostée révèle d’autres atouts. Moins de mouches, non seulement beaucoup moins de volume de fumier à transporter – particulièrement appréciable pour une exploitation au parcellaire morcelé –, mais aussi moins d’odeurs – un avantage lorsqu’il faut parfois épandre près des habitations. « L’effet le plus marquant est la propreté durable des animaux, qui se traduit par une baisse du temps de nettoyage des trayons en salle de traite. »

Signe de la bonne gestion de la litière, la santé de la mamelle s’améliore par rapport à l’aire paillée (voir infographie). Il faut préciser que la mise en route de la stabulation s’est faite dans le cadre d’une approche globale de la qualité du lait menée avec le praticien, incluant le contrôle dynamique des installations de traite, la révision des techniques de traite (port de gants, temps de préparation, désinfection des manchons), et le diagnostic d’ambiance du bâtiment. « L’exemple de Maxime montre que face à un problème de cellules, on peut conserver une aire de circulation libre, un système de couchage moins coûteux et beaucoup moins agressif que le béton pour le confort et la santé des animaux », souligne Claude Joly.

Compte tenu de la rareté des références techniques concernant la litière compostée, Maxime s’est senti conforté par cet accompagnement, inclus dans le cadre d’un forfait de maintenance sanitaire annuel. « Lorsque l’on est jeune éleveur, le diplôme (ingénieur) ne remplace pas l’expérience. À travers ce témoignage, et à l’heure de son départ à la retraite, je souhaite remercier Claude Joly de m’avoir soutenu dans ce projet. Grâce à lui, j’ai gagné en confiance et en compétence. Plus qu’un vétérinaire, c’est un mentor qui a su me remotiver lorsque l’amélioration des résultats se faisait attendre. Je souhaite à tous les éleveurs une telle rencontre, dans un contexte où l’on a de moins en moins le droit à l’erreur. »

Jérôme Pezon
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