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Organisations bio : « Les services rendus à l’environnement par la bio ne sont pas payés »

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Éric Guihery est administrateur responsable de la commission lait de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), administrateur de la CAB (Coordination agrobiologique des Pays de la Loire) et membre de l’organisation de producteurs bio Seine & Loire. Il est éleveur en société avec son épouse, à Hercé (Mayenne), où ils élèvent un troupeau de 75 laitières sur 75 ha de SAU en bio depuis avril 2004. © J. Pezon

Les organisations bio des Pays de la Loire déplorent les arbitrages du ministre de l’Agriculture pour la Pac 2023-2027. En plus d’un amalgame entre bio et HVE, elles dénoncent la disparition des aides au maintien en bio.

Pourquoi les organisations bio adhérentes de la Fnab dénoncent-elles­ les arbitrages de la prochaine Pac ?
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Pourquoi les organisations bio adhérentes de la Fnab dénoncent-elles­ les arbitrages de la prochaine Pac ?

Éric Guihery : Nous nous mobilisons pour dénoncer une Pac qui risque de faire perdre une partie des aides aux producteurs bio : en France, le Plan stratégique national (PSN) en cours de discussion prévoit pour les bio une aide de 70 €/ha/an sur les éco-régimes du premier pilier de la Pac. Cette aide va remplacer deux dispositifs le paiement vert sur le pilier 1 et l’aide au maintien sur le pilier 2 – qui représentaient en moyenne 202 €/ha/an dans les Pays de la Loire. C’est donc une perte de 132 €/ha ! Sur ma ferme, le crédit d’impôts bio de 3500 € compense en partie cette perte. La baisse de l’aide surfacique pénalise surtout les systèmes extensifs allaitants et les grandes cultures. Sur ce volet des éco-régimes, nous demandions 145 €/ha d’aide pour la bio et 90 €/ha pour les éleveurs engagés dans une démarche de progrès. Nous dénonçons le fait que la certification HVE (haute valeur environnementale) bénéficie du même niveau d’aide/ha que la bio sur les éco-régimes. Il faut revoir ces arbitrages, pour qu’une différence nette soit faite entre la bio et la HVE qui autorise les pesticides et n’engage aucunement les agriculteurs dans une logique de progrès sur le plan environnemental. De plus, en n’intégrant pas l’aide au maintien versée pendant cinq ans après la conversion, le PSN acte l’arrêt de l’accompagnement financier sur les services environnementaux rendus par la bio. Cela va à l’encontre des ambitions affichées de l’Europe de 25 % de surfaces en bio en 2030. Nous demandons de pouvoir cumuler­ les éco-régimes et l’aide aux infrastructures agro-écologiques.

Plutôt qu’une aide au maintien, qui n’existe pas dans toutes les régions, la rentabilité ne passe-t-elle pas par la technique et le prix des produits ?

E. G. : Rappelons que l’aide au maintien visait à compenser le fort différentiel d’aides à l’hectare perçu par les producteurs bio par rapport aux conventionnels. Un moyen aussi de rémunérer les services environnementaux, comme la préservation de la qualité de l’eau. Techniquement, bien sûr, des gains d’efficacité dans les exploitations sont toujours possibles. La création des organisations de producteurs, comme l’OP transversale bio Seine & Loire, montre qu’il y a aussi un intérêt à se regrouper pour peser dans les relations partenariales avec les entreprises (voir p.19). Dans l’idéal, 100 % des éleveurs devraient y adhérer. Mais pourquoi la bio devrait-elle être le seul mode de production devant se rémunérer uniquement sur le prix des produits ? S’il doit en être ainsi, cela implique une hausse des prix de vente aux consommateurs, avec le risque de déstabilisation des filières. L’aide au maintien est aussi une voie pour que le plus grand nombre puisse accéder aux produits bio.

Ces arbitrages ne prévoient-ils pas une hausse de 60 % du budget consacré aux aides à la conversion ?

E. G. : L’aide à la conversion est indirectement une aide à l’agriculture conventionnelle. Mettre tout le budget sur les conversions risque de favoriser des comportements opportunistes, voire de « déconversion » : c’est-à-dire, pour des systèmes en difficulté économique, accéder à l’aide pendant cinq ans avant d’arrêter ou de transmettre. Ce qui nous choque, ce n’est pas que d’autres bénéficient des aides, mais que la bio ne soit pas reconnue pour les services rendus à la population et au contribuable. À enveloppe financière identique, il aurait fallu réorienter les aides à l’humain et aux bienfaits environnementaux. Est-ce encore logique de conserver une aide à la surface et ainsi d’encourager la course à l’hectare ? La revalorisation des 50 premiers hectares est un bon début. Il s’agit d’un vrai levier que le ministre aurait pu accélérer, tout comme l’accompagnement des jeunes, des candidats hors cadre familial, pour redynamiser le milieu rural. Le renouvellement des générations est en jeu et la Pac, en restant sur les acquis d’aide à la surface, ne l’accompagne pas.

Propos recueillis par Jérôme pezon
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