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« Un reflux de la production, sans doute au bénéfice du prix »

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Gérard You, économiste à l’Institut de l’élevage (Idele). © Cédric FAIMALI/GFA

En France, la collecte est aujourd’hui handicapée par le faible remplacement des départs. Partout ailleurs, le repli de la ressource laitière, quasi général, apparaît durable. Ce pourrait être une bonne nouvelle pour le prix du lait.

Comment analysez-vous la baisse de la production laitière en France : - 1,5 % en 2021 ?
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Comment analysez-vous la baisse de la production laitière en France : - 1,5 % en 2021 ?

Gérard You : Il y a plusieurs facteurs. Le prix des intrants, surtout l’énergie et les grains, a augmenté les coûts de production des éleveurs. Cela avant que la hausse du prix du lait se fasse sentir. En 2021, il aura progressé de 4 % (+ 15 €, à 388 €/1000 l), essentielle­ment à partir du second semestre. La hausse des charges a été plus importante, donc les marges ne se sont pas redressées. Les estimations du réseau d’élevage Inosys montrent que le revenu 2021 des systèmes laitiers a peu progressé et, si progression il y a, elle provient de la forte hausse des prix des céréales. Même avec une année fourragère favorable, il n’y a pas eu d’effet starter sur la production laitière. Cela tient aussi au recul marqué du cheptel national : - 1,8 % fin 2021. C’est un fait nouveau qui interroge sur le renouvellement des exploitations. Il y a aussi moins d’agrandissements de troupeaux, moins de projets d’investissements en lien avec la flambée des prix des matériaux. D’ailleurs, nous constatons que la taille moyenne des élevages laitiers augmente moins vite qu’auparavant.

Le recul de la collecte est-il général en Europe et dans le reste du monde ?

G.Y. : La production européenne subit le repli des collectes allemande, française et néerlandaise. En Allemagne, en 2021, le cheptel a reculé de façon plus marquée qu’en France. Les producteurs ont pourtant connu un prix du lait plus réactif à la hausse. Nous verrons si la tendance se poursuit en 2022. Mais je perçois une reprise modérée de la collecte dans l’UE. À ce sujet, la Commission euro­péenne prévoit une hausse de + 0,6 % d’une année à l’autre. Les relais de croissance se situent aujourd’hui en Italie, un peu en Espagne, en Pologne. Et toujours en Irlande, où les éleveurs en ont encore sous le pied. Mais jusqu’à quand ? Les contraintes environnemen­tales pourraient imposer, d’ici 2030, des baisses de cheptel, comme aux Pays-Bas. Ailleurs dans le monde, nous constatons que la Nouvelle-Zélande atteint un plafond, que l’Australie subit des sécheresses récurrentes. L’Argentine reste dynamique, mais dans un contexte économique toujours instable et fluctuant. Aux États-Unis, les éleveurs, toujours très réactifs aux marges alimentaires, ont réduit leur cheptel en 2021 mais pourraient rebondir en 2022.

Est-ce -un phénomène structurel appelé à durer ?

G.Y. : Dans le court terme, nous avons observé en France un effondrement des réformes de vaches laitières au mois de janvier. Serait-ce le signe d’une réponse des éleveurs à la hausse du prix du lait désormais amorcée ? Les stocks de fourrages sont là mais la météo du printemps aura aussi son effet. L’ampleur de cette hausse, si elle arrive, ne sera pas spectaculaire, d’autant que les transformateurs n’envoient pas de signaux dans ce sens. De façon plus structurelle, nous avons un défaut de renouvellement des générations alors que 50 % des producteurs ont plus de 50 ans. Et les agrandissements des ateliers sont loin de combler ceux qui arrêtent. Cela ne préfigure pas davantage de lait en France dans les années à venir. Dans l’UE à 27, la croissance sera ralentie. De + 0,5 % par an entre 2021 et 2031, selon la Commission, soit trois fois moins qu’entre 2010 et 2020. La période pré- et postquota est bien derrière nous.

Le prix du lait va-t-il se tenir à un meilleur niveau ?

G.Y. : Sans doute, d’autant plus que nous ne devrions­ plus connaître de crises de surproduction comme en 2009 et 2016. Il y aura peut-être des ajustements entre l’offre et la demande, mais il faut avoir conscience que les contraintes environnemen­tales ainsi que la main-d’œuvre disponible deviennent les nouveaux régulateurs de la production. Ensuite, comment la consommation évoluera-t-elle dans les pays développés ? Elle reste dynamique pour la matière grasse et les fromages. Les pays importateurs, Chine en tête, continuent d’acheter massivement, même si les échanges mondiaux devraient ralentir. Mais l’Afrique, où la croissance démographique est la plus élevée, pourrait entrer dans le jeu. Pour la défense du prix du lait, si la ressource se réduit nettement, parions aussi sur un rapport de force plus favorable aux producteurs dans la filière.

propos recueillis par dominique grémy
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