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VIDÉO « Nous avons radicalement modifié notre système de production »

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Didier Pichon et son fils Alexandre sont en bio et en système herbager depuis novembre 2018. Les associés du Gaec de La Grande Fontaine tirent aujourd’hui un bilan positif de leur démarche. © Photos: Jean-François marin

Alors que le coût des intrants explose, Alexandre et Didier Pichon se félicitent du choix stratégique à 180 degrés effectué il y a cinq ans.

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Dans la Dombes, au nord de Lyon, le Gaec de La Grande Fontaine a modifié radicalement son système de production : d’un troupeau montbéliard avec des vaches à 9 500 kg quasiment en zéro pâturage, l’exploitation est passée à un système herbager bio économe avec des laitières à 6 500 kg et une conduite pointue du pâturage. Alors qu’ils en avaient « marre de payer des factures », Alexandre et Didier Pichon constatent avec satisfaction que le nouveau système fonctionne très bien et qu’il génère beaucoup moins de pression. De quoi affronter avec plus de sérénité les prochains mois qui s’annoncent difficiles pour les trésoreries.

Au Gaec de La Grande Fontaine, l’alimentation des 87 laitières est désormais établie à partir des stocks de fourrage et de concentré fermier disponibles (au maximum 3 kg par vache). Celui-ci est fabriqué avec les céréales produites sur l’exploitation (orge, méteil grain et épeautre). Les fraîches vêlées sont complémentées au Dac avec 2 kg de concentré supplémentaires. Résultat : alors que la ration se compose essentiellement d’herbe (ensilage d’herbe, enrubannage, foin et pâture), la quantité de concentré se limite en moyenne à 125 g par litre de lait produit. Au printemps, avec un système très pâturant (zéro concentré en avril, mai et juin) et une production de 23-24 kg de lait par vache et par jour, le coût de la ration ne dépasse pas 40 € les 1 000 litres. « Compte tenu du niveau de production du troupeau et bien que le TP soit un peu faible (32 g par litre ou 31,4 au premier contrôle), ça passe », observe Rémi Berthet, d’Acsel Conseil Élevage.

Originaire d’une ferme familiale trop petite en Mayenne, Didier Pichon s’est installé dans l’Ain en 1994. En Gaec avec des tiers pendant une vingtaine d’années, il est associé avec son fils depuis janvier 2016. Titulaire d’un bac pro CGEA et d’un certificat de spécialisation laitière, Alexandre a repris, à 20 ans, les parts sociales du dernier associé de son père, parti à la retraite. Le fils de Didier connaissait l’exploitation pour y avoir fait son apprentissage et y avoir été salarié six mois.

La ferme brassait de l’argent sans rémunérer correctement les éleveurs

L’arrivée d’Alexandre a permis de casser une routine et de changer le système de production en place. La ferme, alors constituée d’un atelier lait conduit intensivement sur 113 ha seulement et d’un atelier porc en engraissement (1), brassait beaucoup d’argent mais ne rémunérait pas correctement ses éleveurs. « Pendant longtemps, avec mes anciens associés, on a cru s’en sortir en augmentant les volumes, avant de prendre conscience qu’on n’y arriverait pas compte tenu du coût des intrants et du prix du lait conventionnel », témoigne Didier Pichon.

Produire un lait économe

Les possibilités d’une conversion en bio ont été étudiées à la suite d’une visite au stand Biolait, au Salon des opportunités de Bourg-en-Bresse, fin 2015. « Nous avions les silos, une mélangeuse, tout pour valoriser les four­rages », pointe Didier. Une analyse qu’ont confortée l’étude économique et le diagnostic technique réalisés par la chambre et l’Adabio. Arrêtée, la décision de partir en bio a été différée au 1er mai 2017. L’assolement (un tiers herbe, deux tiers cultures) n’était pas prêt. Les vaches étaient conduites intensivement et le pâturage tournant n’était pas bien géré. « Nous voulions partir sur un système économe en cherchant l’autonomie. Cela passe par la valorisation de prairies riches en légumineuses qu’il fallait implanter. En attendant, nous nous sommes formés avec le contrôle laitier aux techniques de pâturage et à toutes les pratiques alternatives de soins (huiles essentielles, homéopathie, etc.). Nous avons adhéré à un groupe pâture constitué de dix exploitations du secteur dont trois en bio avec lesquelles nous échangeons toutes les semaines. » Début novembre 2018, le Gaec changeait de laiterie, quittant Servas-Savencia pour Biolait, dont Alexandre est aujourd’hui le référent départemental. « Nous sommes partis sur un système simple sans investir, sauf dans l’achat d’un tank à lait et l’implantation de 25 ha de prairies multi-espèces à l’automne 2016. »

Introduit en 2017, le pâturage dynamique des laitières a été amélioré depuis 2021. Les éleveurs attendent désormais que l’herbe ait 3 à 3,5 feuilles et non plus 2,5 pour la faire pâturer. Les parcelles de 1 ha pour vingt-quatre heures ont été redécoupées au fil. Il est déplacé toutes les 12 heures. « Avec un temps de repos de l’herbe plus long, le rendement augmente rapidement, commente Rémi Berthet. La valeur alimentaire de l’herbe plus avancée est un peu plus faible, mais elle est mieux équilibrée d’où un meilleur transit et une meilleure santé des animaux. Les observations faites grâce aux caméras installées au pâturage fin mai-début juin pendant soixante-douze heures ont confirmé les données des colliers Medria : avec un passage de 18 cm à 5 cm de hauteur d’herbe en 12 heures, le pâturage est optimisé à fond. » « Serrer les vaches sur une petite surface les met en concurrence pour manger l’herbe, renchérit Alexandre. Il n’y a pas de refus à faucher. On économise du temps et du gasoil. » Le pâturage tournant sur génisses et les taries est pratiqué depuis 2018. Les éleveurs ont aussi testé le topping, une pratique qui consiste à faucher l’herbe sur pied à 7-8 cm et à la faire consommer sur place après l’avoir préfanée entre douze et vingt-quatre heures. Déconseillé en systématique, le topping est préconisé si nécessaire une fois par an, fin mai, lors de la montée à graines rapide des graminées. Elle permet de faire pâturer et de faucher des refus en même temps. « C’est un investissement en coût (+ 20 € ha) et en temps mais qui est bénéfique pour la qualité des cycles d’herbe suivants », pointe Rémy Berthet. Au printemps, les animaux sont lâchés le plus tôt possible, le 22 février, cette année. Dès que les terrains portent, un déprimage est réalisé sans s’occuper du stade de l’herbe. Inexistante l’été, la pousse d’herbe peut redémarrer fin août s’il pleut un peu. « On fait alors pâturer comme au printemps et on réalise un maximum de stocks. Quand il n’y a plus d’herbe dans les prés, on affourage au bâtiment et les vaches sortent sur une parcelle proche. » L’achat, en 2021, d’une petite ensileuse de style Taruup permet d’affourager en vert et d’aller chercher de l’herbe riche en protéines. 2 kg de MS d’herbe par vache avec 2 trèfles blancs et un trèfle violet apportent de l’azote dans la ration et une économie de quelques euros. Aujourd’hui, l’objectif de la famille Pichon n’est plus de produire des volumes, mais un lait économe.

« Les vaches font le lait avec ce qu’on leur donne et ça fonctionne. Accompagnés par des techniciens compétents, on a obtenu mieux que les prévisions du diagnostic de conversion en bio. L’objectif initial de production, il est vrai, a été revu à la baisse à la suite du choix de n’acheter ni VL ni tourteau (de 7500 kg de lait par vache et par an à 6500 kg). Nous avons abandonné le maïs, et changé la technique de pâturage. Résultat : jusqu’en 2015, nous produisions 650 000 litres de lait, aujourd’hui nous en vendons 500 000 l pour le même chiffre d’affaires mais avec une économie de 35 000 € d’intrants. »

Un croisement trois voies maison

Pour plus de rusticité et moins de boiteries, les éleveurs sont partis sur un croisement trois voies : après avoir débuté avec la viking red, ils ont opté pour « un trois voies maison » avec de la brune et de la simmental. « Nous voulons garder le côté viande de la montbéliarde, soulignent les éleveurs, mais nous regrettons que les OS soient toujours sur la productivité et sélectionnent peu les animaux pour leurs aptitudes au pâturage. »

Anne Bréhier

(1) L’atelier naisseur a été arrêté fin 2015, l’engraissement en 2020.

Le site d’exploitation. Le toit de la stabulation des laitières, exposé plein sud, est recouvert de panneaux photovoltaïques (100 kWc). L’électricité­ produite est actuellement revendue. © J.-F. Marin
Il est fabriqué sur place à partir des méteils grain ou des céréales (orge et épeautre) produites sur l’exploitation. Le Gaec n’achète plus que des minéraux pour le troupeau ainsi qu’un activateur biologique pour traiter le lisier. © J.-F. Marin
Le bâtiment, construit en 2010 © J.-F. Marin
Pâturage tournant Pour le mener à bien, un fil électrique est déplacé au quad toutes les douze heures. Un ancien chemin communal est utilisé pour conduire les vaches dans les champs. Une alimentation en eau est assurée dans les pâtures. En 2021, le Gaec a investi dans un forage et un système de traitement de l’eau, une source d’économies à venir. © J.-F. Marin
. Équipée de tapis antidérapant, elle est accessible de l’extérieur du bâtiment. © J.-F. Marin
Le recours à une demi-douzaine de vaches nourrices améliore la croissance des veaux et réduit la charge de travail : il n’y a plus de veau à faire têter. © J.-F. Marin
Didier mesure la hauteur de l’herbe à l’herbomètre. Depuis 2021, les éleveurs attendent que l’herbe ait de 3 à 3,5 feuilles pour la faire pâturer. Le planning de pâturage est établi et enregistré sur l’application HappyGrass, disponible sur smartphone. Chaque jour, des informations permettant d’établir précisément le rendement en herbe de la parcelle y sont saisies : nombre de vaches mises dans la parcelle, alimentation éventuelle apportée en plus à l’auge, fourrage récolté (enrubannage, par exemple). © J.-F. Marin
Elles ont été entièrement refaites en 2021. Les logettes creuses initiales ont été abandonnées à cause de la charge d’entretien (rechargement tous les quinze jours). Elles ont été bétonnées et recouvertes de matelas confortables à poches à eau (30 000 € d’investissement). Elles sont paillées une fois par semaine. © J.-F. marin
Le cadre

À Relevant (Ain)

Gaec familial 2 associés

113 ha de SAU : dont 20 à 25 ha de céréales (des méteils grain avec du pois, de l’orge ou de l’épeautre pour équilibrer la ration herbe)

Sols : des anciennes terres à étang, des limons battants, plats, faciles à travaille­r mais qui gardent l’humidité

Parcellaire groupé et drainé à 90 %

87 vaches à 5 900 kg de lait, à 41,7 g/l TB, 32,1 g/l de TP et 137 000 cellules (bilan technique annuel 2021)

Quantité de concentré par litre de lait : 125 g

Vêlages toute l’année

Objectif. Réduire la charge de travail

Se libérer davantage, surtout le week-end, était l’une des priorités d’Alexandre. Un objectif partagé par son père. « De 40 vaches avec 80 truies en engraissement sur paille à deux associés et un salarié, nous étions passés en 2015 à 70-80 vaches avec les truies. C’était la course au boulot et aux quotas. » Aujourd’hui, après l’arrêt de l’atelier porcs et la modification du système de production laitière, les éleveurs s’accordent un matin libre par semaine, un vrai week-end, ainsi que trois semaines de vacances par an. Père d’un bébé, Alexandre prend des demi-journées en semaine. Il aimerait avoir une semaine de vacances supplémentaire l’été. Didier réfléchit à une organisation qui éviterait de travailler le dimanche, en embauchant peut-être une personne pour l’astreinte. Depuis 2021, les éleveurs ont augmenté leurs prélèvements (de 1 600 à 2 200 € par mois). Ils ne comptent pas s’arrêter là malgré la baisse du prix du lait bio. « Nous maîtrisons nos charges et notre trésorerie est bonne. Ce n’est pas parce qu’on est dans le monde agricole qu’on ne doit pas gagner sa vie. »

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