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« Réduire notre vulnérabilité par rapport à la charge de travail »

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Gaec du Champ de Lux. Après le départ de leur collègue associé Frédéric Guiton, Laurent Boivin et Emmanuel Moisson © reportage photo : michel Joly

Les associés du Gaec du Champ de Lux ont fortement accru leur production et leur productivité ces dernières années. L’objectif est désormais de sécuriser la main-d’œuvre et de préparer la transmission de l’exploitation.

Àcôté d’un atelier cultures conséquent (193 ha), le Gaec du Champ de Lux gère un troupeau de 120 laitières avec près de 1,1 Ml vendus (600 000 l seulement en 2000). Cette progression a été réalisée via une intensification à l’animal et à la surface fourragère (de 8 300 litres par ha de SFP en 2005 à environ 12 000 litres aujourd’hui). Cette évolution...
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Àcôté d’un atelier cultures conséquent (193 ha), le Gaec du Champ de Lux gère un troupeau de 120 laitières avec près de 1,1 Ml vendus (600 000 l seulement en 2000). Cette progression a été réalisée via une intensification à l’animal et à la surface fourragère (de 8 300 litres par ha de SFP en 2005 à environ 12 000 litres aujourd’hui). Cette évolution se retrouve dans les fermes voisines de la Bresse, zone de plaine et de polyculture élevage dans le nord de la Saône-et-Loire. Pour alimenter leur troupeau, les agriculteurs ont réduit la sole céréalière et développé les dérobées. Composées de ray-grass et de trèfle incarnat et implantées avant maïs, celles-ci constituent désormais le premier stock fourrager pour l’été et contribuent à l’alimentation hivernale. L’augmentation importante de la production laitière a permis de couvrir au mieux les charges fixes de l’exploitation. Un leitmotiv dans le Gaec.

« Saturer notre outil et maîtriser nos charges »

« Notre fil conducteur a toujours été de saturer nos outils de production et de maîtriser nos charges, celles de structure en particulier. En lait, cela passe par le volume, souligne Laurent Boivin. Pour autant, il n’est pas question de surinvestir : les coûts doivent rester en adéquation avec les quantités produites. » Une tranche d’investissement bâtiment est programmée tous les dix ans environ. En 2009, 250 000 € ont été mis dans l’extension de la stabulation (quatre travées, 35 places supplémentaires et création d’une vraie aire d’attente). Le bâtiment des génisses a également été agrandi de moitié avec la création de cases à veaux équipées d’un Dal. Le stockage de fourrages a été rallongé. « Nous manquions de place. Il fallait s’agrandir. Nous l’avons fait en intégrant une augmentation de production. Nous avons optimisé l’agrandissement nécessaire. » Côté matériel, les machines, achetées d’occasion, sont entretenues régulièrement par Laurent, ce qui leur permet de vieillir avec des coûts très raisonnables. La désileuse-mélangeuse automotrice distribue ainsi l’alimentation depuis treize ans. Une grande partie des travaux des champs est réalisée avec le matériel de la Cuma, Ensil’vit : les ensilages, la fenaison (groupe foin en commun), le travail du sol superficiel, l’épandage des fumiers et des lisiers, le transport et la manutention.

En décembre dernier, un robot Lely deux stalles a été installé en même temps que la réfection des logettes (tubulures, matelas). Les caillebotis ont été recouverts de caoutchouc. « La robotisation n’est pas envisageable tant que les vaches ne disposent pas d’un espace de circulation confortable qui leur donne envie de venir se faire traire au robot », estiment les éleveurs.

Une part d’herbe importante dans la ration

Une porte intelligente permet aux vaches d’accéder aux pâtures environnantes. « Le maintien du pâturage était une condition sine qua non de l’implantation du robot compte tenu de son intérêt économique et sanitaire. » Avec seulement 3,2 tMS de maïs par vache et par an, l’exploitation conserve une part d’herbe importante dans sa ration. Conduites­ et fertilisées avec le même soin que les cultures, les prairies temporaires, des mélanges de graminées et légumineuses, sont ensilées avant épiaison, mi-avril, avec l’objectif d’optimiser le rendement et la qualité (5 à 7 tMS en ensilage, 8-12 tMS/ha sur l’année en conditions climatiques « normales »). Les repousses sont pâturées.

« Au printemps, l’herbe est bonne et les vaches aiment être dehors, pointent les éleveurs. L’apport de concentré est alors réduit à 150 g par 1000 l, au lieu de 220 g en moyenne sur l’année. À partir de juin, tenir les vaches à l’herbe devient compliqué. Le maïs permet de sécuriser l’alimentation en énergie et en volume. » Initialement réticents au robot du fait des coûts de fonctionnement, les éleveurs avaient préalablement étudié les alternatives. Compte tenu de la configuration de la stabulation, la solution roto était plus coûteuse et elle ne résolvait ni la question de l’astreinte ni celle de la pénibilité. « Notre 2 x 4 tandem n’avait pas évolué depuis 1996. Nous avions alors 60 vaches. Avec 115 vaches, et deux heures et demie de durée de traite sans le nettoyage, l’astreinte devenait trop lourde à gérer, même avec une salariée dédiée. Le système de traite traditionnelle ne correspondait plus à notre troupeau qui avait grossi. Nous n’avons pas investi dans le robot pour économiser des heures de salarié, mais pour réduire la vulnérabilité de l’entreprise par rapport à la main-d’œuvre, accrue après le départ de Frédéric Guiton, en avril dernier, l’associé qui s’occupait de l’élevage. Dans le développement de notre exploitation, nous avons augmenté les volumes sans perdre en compétitivité. Par contre, nous n’avons pas suffisamment prêté attention à la charge de travail. Après quinze à vingt ans de gros troupeau, et passé la cinquantaine, nous en prenons pleinement conscience. C’est un aspect difficile à appréhender tant qu’on n’a pas vécu au quotidien avec une taille de cheptel et d’exploitation importante par UMO. »

La robotisation permet de passer le cap, mais avec d’autres inconvénients, comme celui de la charge mentale. Celle-ci est liée à la gestion des alarmes. Les pannes de courant, expérience un peu stressante vécue récemment lors d’une intervention d’Enedis sur le transformateur du secteur, sont heureusement beaucoup plus rares.

À 51 ans, Laurent Boivin et Emmanuel Moisson commencent également à penser à la transmission de leur outil. Dans un premier temps, il s’agit de trouver un nouvel associé pour faire le lien entre les générations. Emmanuel, Laurent et Frédéric s’étaient installés en tant qu’HCF au même âge. Temporairement, Emmanuel et Laurent ont repris les parts de Frédéric, et l’ont remplacé en embauchant un salarié à temps plein, et en recrutant un apprenti, fils d’agriculteur. Mais ces jeunes motivés ont encore besoin de formation, et les salariés ne remplacent pas un associé : ils ne reprennent pas sa part de responsabilité au sein du Gaec.

Outre le robot de traite, équipement innovant susceptible d’intéresser des repreneurs, les agriculteurs se sont impliqués fortement dans la construction d’un méthaniseur collectif (120 Nm3/h de biométhane injecté dans le réseau). Correspondant à la consommation énergétique d’une petite ville de 2 000 habitants, l’installation a réclamé un investissement de 6,4 M€ (aidé à hauteur de 1,5 M€ par l’Ademe et la Région). Il fonctionne avec des lisiers, des fumiers, des issues de céréales et des Cives. Avec cette unité construite par six exploitations de polyculture-élevage, dont quatre laitières, et sans investisseur extérieur, les agriculteurs entendent mieux valoriser leurs effluents d’élevage et réduire leurs achats d’engrais.

La méthanisation, outil de résilience économique

À ce titre, c’est un outil de résilience économique. L’unité doit également apporter une valeur ajoutée supplémentaire via la production d’énergie renouvelable. La neutralisation des odeurs lors des épandages était également un objectif, alors que les communes du secteur sont de plus en plus peuplées de néo-ruraux. Opérationnel depuis le début de l’année, le méthaniseur a été inauguré le 10 septembre. Huit ans ont été nécessaires pour en arriver là. Pourtant très attentifs aux nuisances potentielles, les agriculteurs avaient dû faire face à une opposition locale. Les 1 800 visiteurs qui se sont pressés aux portes ouvertes, et les retours plutôt satisfaisants des riverains, les confirment dans le bien-fondé de leur projet.

Anne Bréhier
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