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« Optimiser plutôt que maximiser le lait produit »

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Geert Mazereel est éleveur en Belgique, à une vingtaine de kilomètres de la frontière française. © Reportage photo : CéDRIC FAIMALI / GFA

Dans un système laitier très spécialisé, sur 37 hectares, à rebours de la course à l’agrandissement menée par de nombreux éleveurs flamands, Geert Mazereel parie sur l’optimisation de son outil dans un contexte de prix bas.

Après un diplôme de technicien agricole obtenu à 18 ans et une année de spécialisation en élevage laitier aux Pays-Bas, Geert Mazereel a travaillé pendant dix ans en exploitations agricoles avant de reprendre la ferme familiale au départ à la retraite de ses parents. En 1996, l’exploitation de 30 ha de SAU dispose alors d’un quota de 370 000 litres de lait qui la situe parmi les 10 % les plus productives en Flandre-Occidentale...
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Après un diplôme de technicien agricole obtenu à 18 ans et une année de spécialisation en élevage laitier aux Pays-Bas, Geert Mazereel a travaillé pendant dix ans en exploitations agricoles avant de reprendre la ferme familiale au départ à la retraite de ses parents. En 1996, l’exploitation de 30 ha de SAU dispose alors d’un quota de 370 000 litres de lait qui la situe parmi les 10 % les plus productives en Flandre-Occidentale. « Dès le début des années 1970, mon père a fait le choix de la spécialisation laitière, souligne Geert. Il fut l’un des premiers à bâtir une stabulation sur caillebotis avec salle de traite, en 1971, et aussi un précurseur de la sélection en race holstein à l’aube des années 1980. »

L’éleveur va poursuivre dans la voie de la spécialisation. À 53 ans, sur 37 hectares dédiés à la production fourragère, il produit aujourd’hui 650 000 litres, ce qui le place dans la moyenne des élevages régionaux. « La fin des quotas a donné lieu ici à une course à l’agrandissement. Entre 2014 et 2020, les volumes ont progressé de 40 %. Les coopératives belges ont beaucoup investi dans la fabrication de produits basiques pour absorber cet afflux de lait. Elles y ont perdu en rentabilité et le prix du lait se trouve soumis à une forte volatilité. »

« Limiter l’agrandissement à mes capacités de travail »

Lors de la première phase de sa carrière, Geert va mettre en œuvre une série d’investissements pour accroître sa production : salle de traite en 1997 et rénovation complète de la stabulation en 2003 ; parallèlement, dans un contexte de quota figé, il va acheter l’équivalent de 83 000 litres de droit à produire (1,30 €/litre) pour atteindre 500 000 litres, tout en saisissant quelques opportunités de reprise de surfaces en herbe qui portent la SAU à 37 ha.

Puis, à partir de 2014 et de la fin des quotas, la voie privilégiée sera celle de l’optimisation technico-économique. Bien que sa coopérative LDA (Laiterie des Ardennes, 1,4 milliard de litres transformés) accorde une totale liberté sur les volumes livrés, pas question de s’embarquer dans une logique d’agrandissement irraisonné, dans un environnement où le prix des terres labourables peu atteindre 60 000 à 75 000 €/ha. Sans reprendre de terres, Geert va enregistrer des gains de productivité lui permettant de produire pas moins de 175 00 litres/ha à partir d’un assolement très simple (herbe + maïs) complété par l’achat de 2 à 3 ha de maïs sur pied et environ 20 tonnes de foin/an. Des échanges de parcelles avec des voisins autorisent la mise en place de rotations avec des céréales à paille, mais pas de développer des cultures dérobées. Le parc matériel se limite aux outils de fenaison (barre de coupe, faneuse, andaineur) ainsi qu’une mélangeuse et un godet coupe-cube.

La délégation des travaux de plaine à une ETA lui permet de se consacrer pleinement au troupeau. Ainsi, au quotidien, Geert accorde beaucoup de temps aux soins des veaux, il met en route la cage de parage dès les premiers signes de boiterie, nettoie les logettes manuellement au moins deux fois par jour, comme les abords des silos qui ne sont jamais débâchés à l’avance, et même en pleine nuit, il s’astreint toujours à distribuer à la tétine une buvée de 2 à 4 litres de colostrum aux veaux dès la naissance… « Cela n’est possible que si l’on n’est pas débordé, insiste-t-il. J’ai toujours voulu assumer seul la conduite de la ferme, c’est pourquoi j’ai limité l’agrandissement à mes capacités de travail. Sinon, il aurait fallu investir dans l’automatisation. »

« Miser sur la capacité d’ingestion des fourrages »

Geert évalue son travail d’astreinte à six heures par jour. Son épouse, Peggy, institutrice à Bruxelles, n’hésite pas à donner un coup de main pour le soin des veaux. Ils s’accordent chaque année, en famille, une semaine de vacances en été.

Ici, la conduite du troupeau de VHP à près de 11000 litres de lait de moyenne s’articule autour de 3 axes prioritaires : la génétique, la valorisation de l’herbe et la qualité du lait. À rebours des pratiques locales courantes, les laitières ont un accès quotidien au pâturage d’avril à octobre et la stabulation est prévue pour 1 logette/vache. « Je suis en accord avec l’objectif de maximiser le lait par vache. Mais maximiser le lait au mètre carré m’a toujours paru trop risqué pour la santé du troupeau. Je préfère parler d’optimisation. » Cela ne signifie pas la fin des investissements, mais ils sont désormais ciblés sur le confort : logement des taries en 2014, rénovation de la salle de traite et agrandissement de l’aire d’attente (20 000 €) ; plus récemment, installation d’un filet amovible et de trois ventilateurs (15 000 €). Ainsi, les vaches sont réformées en moyenne à 6 ans et trois mois, après avoir produit 46 534 kg de lait. Cette capacité à faire vieillir les vaches, grâce aussi à une très bonne maîtrise des infections mammaires, permet de limiter le renouvellement autour de 20 %. Cela laisse l’opportunité de vendre 10 à 12 génisses par an de haute valeur génétique.

Les vêlages se concentrent sur une période de mai à octobre. Les mâles sont vendus au plus vite, certains comme reproducteurs. Geert a en effet su profiter de la forte demande locale pour développer la vente de génétique. Il mise aussi sur la visibilité offerte par la participation aux concours holsteins. Une passion transmise à son fils, actuellement en école d’agriculture. Depuis quatre ans, l’éleveur utilise exclusivement la génétique canadienne (Semex) et cible les reproducteurs les plus hauts en conformation. Son troupeau, dont la note au pointage est de 87 points, se caractérise par son homogénéité, la qualité des mamelles et surtout beaucoup d’éclatement dans l’avant-main. « C’est un critère à mettre en lien avec la capacité d’ingestion des fourrages et la production. Mais la génétique ne suffit pas : la qualité du lait commence dès la phase d’élevage des génisses, qui doit assurer un bon développement du rumen. »

L’alimentation du troupeau laisse en effet une large place à l’herbe pâturée et ensilée. À proximité des bâtiments, les terres froides et en grande partie inondées chaque hiver ne peuvent être exploitées avant mi-avril. Mais la pousse de l’herbe se maintient l’été. Même si, depuis deux ans, les conditions météo sont plus séchantes, le troupeau ne reste jamais sans herbe pâturée jusqu’au mois d’octobre.

Jusqu’à 5 coupes d’ensilage préfané à 45 % de MS

Les coupes précoces permettent de faire 4 et parfois jusqu’à 5 coupes d’ensilage préfané : « Il ne faut pas se focaliser sur la date de récolte, mais sur l’appétence du fourrage. C’est-à-dire prévoir une fenêtre météo de trois jours pour réussir un préfané de qualité entre 40 et 45 % de MS. » Les coupes de printemps sont réservées aux laitières, les suivantes aux génisses. Cette ingestion de fibres à la fois très appétentes et très digestibles assure un haut niveau de TB qui contribue à l’excellence de la recette laitière.

S’il admet s’approcher de ses limites en matière d’efficacité technique, Geert se déclare cependant optimiste quant à l’opportunité pour l’un de ses trois enfants (de 16, 20 et 22 ans) de reprendre la ferme à la fin de sa carrière, dans une dizaine d’années. « Le facteur déterminant restera le coût du foncier. Même si la spéculation est naturellement moins forte dans le cadre d’une reprise familiale, il ne faudra pas léser les frère et sœur. Cela passera peut-être par la diversification. »

jérôme pezon
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