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« La croissance nous a apporté confort et revenu »

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Équipe. Christian Guillou © Reportage photo : THIERRY PASQUET

En Gaec depuis 2015, Christian Guillou et Maxime Blons sont passés de 710 000 l de lait à 1,17 Ml. Un agrandissement réfléchi qui a permis d’améliorer les résultats technico-économiques sans déraper sur la charge de travail.

Àla veille de démarrer l’ensilage, Christian Guillou et Maxime Blons prennent le temps de raconter leur parcours. Ils travaillent ensemble depuis six ans à Plouédern (Finistère) et leur organisation est visiblement bien rodée. La croissance en cours de l’élevage répond à des objectifs précis qu’ils partagent. Maxime s’est installé en Gaec avec Christian en 2015, après un stage sur la...
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Àla veille de démarrer l’ensilage, Christian Guillou et Maxime Blons prennent le temps de raconter leur parcours. Ils travaillent ensemble depuis six ans à Plouédern (Finistère) et leur organisation est visiblement bien rodée. La croissance en cours de l’élevage répond à des objectifs précis qu’ils partagent. Maxime s’est installé en Gaec avec Christian en 2015, après un stage sur la ferme. « J’ai travaillé en ETA avant de trouver cette opportunité. » Christian, lui, était déjà en Gaec mais son associé est parti. La rupture a entraîné la baisse de la référence de 950 000 à 700 000 l.

Lorsque le projet d’association est né en 2014, l’époque était au développement. L’élevage livrait à la laiterie Rolland (devenue Froneri depuis) qui a proposé de monter le quota à 1,2 Ml. « On savait qu’on était capables de produire 950 000 l de lait puisque je l’avais déjà fait », se souvient Christian. Maxime a pu acheter 15 ha sur la commune, portant la surface à 130 ha. L’effectif des vaches s’élevait à 110. Mais l’élevage se répartissait entre plusieurs sites distants de 1 à 3 km. « Il fallait tout regrouper, on perdait un temps fou sur la route. » Les associés décident d’agrandir le bâtiment. Ce choix stratégique et les options d’aménagement associées sont fondamentaux dans la réussite de la croissance. Ils ont permis de rester dans la continuité d’une conduite de troupeau qui fonctionnait, tout en ouvrant des perspectives de progrès.

Ils ont d’abord créé une aire paillée de 72 x 20 m pour les génisses et les taries, puis ajouté 20 logettes afin de monter à 125 places pour les vaches en production. Ils ont construit une plateforme de 1600 m2 pour stocker l’ensilage. Enfin, un bâtiment de stockage de 700 m2 a été érigé dans le prolongement de l’étable. Soit au total, 500 000 € de travaux. La salle de traite a été conservée. Construite en 1998 et agrandie en 2012, elle offre 2 x 12 postes en TPA avec des compteurs à lait et des podomètres.

Les couloirs en asphalte se lavent bien et ne glissent pas

L’aménagement répond à des objectifs clairs : un bâtiment lumineux et bien ventilé. « C’était le défaut de l’ancien », souligne Christian. Et ils ont cherché à réduire le travail. « Avant, il nous fallait trois quarts d’heure le matin pour pailler et racler au tracteur », se souvient Maxime. Les couloirs bétonnés avaient déjà été scarifiés en 2014 mais quelques vaches ont été perdues après des chutes. De plus, ils préféraient un système lisier à 100 %. Il fallait donc améliorer le logement des vaches. Ils ont choisi l’asphalte pour les couloirs et des matelas pour les logettes. Après un an, ils sont très satisfaits.

L’effectif des vaches est monté petit à petit par croissance interne. « On a limité les réformes, nos livraisons ont progressé, mais cela nous a coûté cher. » Certaines vaches ont fait une lactation de trop. L’usage de doses sexées sur les génisses a augmenté les naissances de femelles. Ils travaillent en ration complète et sont passés en quelques années de 4-5 à 10-11 kg d’ensilage d’herbe afin d’enrichir la ration en protéines produites sur l’exploitation. Cet ensilage d’herbe provient en partie de dérobées sur 60 ha appartenant à des voisins ne souhaitant pas gérer leurs intercultures. Mais les parcelles doivent être libérées début avril pour la préparation des semis. Cette date est suffisante pour faucher un mélange RGI-trèfles jeune et riche.

Recherche d’autonomie et fourrages de qualité

La ration d’hiver se compose de 23 kg brut d’ensilage d’herbe, 17 kg d’ensilage de maïs, 2,5 kg de maïs grain sec, 3 kg de blé traité, 1 kg de soja, 700 g de paille et des minéraux. « On raisonne en nombre de parts, explique Christian. À l’auge ou à l’herbe, la part est toujours équilibrée. D’octobre à mars, on donne 120 parts de ration complète pour 120 vaches. Quand elles pâturent nuit et jour, on descend à 50. » L’herbe d’automne est distribuée en affouragement en vert, soit environ 5 kgMS de RGI jusqu’en novembre. Ensuite, le colza fourrager prend le relais à raison de 3-5 kgMS. Les éleveurs utilisent du matériel amorti depuis longtemps. Pour limiter le temps de travail, ils fauchent deux repas en une fois et distribuent le premier dans la foulée, vers 16 h, et le second le lendemain matin. Le fourrage n’a pas le temps de chauffer en hiver. « Les vaches adorent les aliments frais et le colza permet de limiter le soja. » Maxime et Christian sont polyvalents : le premier se réserve l’entretien du matériel et Christian, la partie administrative. Il trait le matin pour que Maxime s’occupe de ses enfants et commence sa journée par l’entretien des logettes et l’alimentation des génisses et taries. Il trait le soir. Les associés sont rigoureux sur l’hygiène. Les logettes sont désinfectées une fois par semaine. À la traite, ils utilisent des lavettes individuelles et du savon désinfectant. La dermatite est présente dans le troupeau et les éleveurs lavent les pieds une fois par semaine en salle de traite. Ils font un parage en novembre et des soins curatifs quand c’est nécessaire. Toutes ces précautions allongent le temps de traite de quinze à vingt minutes. Mais en cinq ans, ils sont passés d’une soixantaine de mammites par an à environ 25.

Ils travaillent sur la ration des taries mais ne sont pas encore tout à fait au point. Les fièvres de lait sont rares et les retournements de caillette ont disparu. Les vaches rejoignent un box collectif trois semaines avant le vêlage et c’est là qu’elles mettent bas, pour éviter le stress de l’isolement : 98 % des vêlages se passent bien. « On fait attention à la facilité de vêlage quand on choisit les taureaux. » Les fraîches vêlées restent sur l’aire paillée deux semaines pour limiter le stress. Regroupées ainsi, elles sont plus faciles à surveiller. « En un coup d’œil, on voit toutes les vaches les plus fragiles. On risque moins de passer à côté d’un problème. » La moitié des vaches a un IVV inférieur à 365 jours mais un quart dépasse 400 jours. Là aussi, l’insuffisance des réformes a dégradé les performances.

En triant les vaches, gagner 200 000 l devrait être possible

Grâce à la hausse de l’effectif et au maintien de la productivité laitière, le volume de référence a été presque atteint en cinq ans. Depuis, la laiterie leur a proposé d’augmenter la référence. Ils ont accepté pour disposer d’une marge de progression. L’objectif est de monter à 9000 l lait/vache et de stabiliser l’effectif autour de 150. « À la traite, c’est déjà lourd tout seul. On ne veut pas aller au-delà. » Actuellement, certaines vaches produisent 50 l par jour quand d’autres plafonnent à 35. Désormais, ils vont pouvoir trier les animaux et donc relever le niveau moyen. « On va se fixer des seuils et s’y tenir. Par exemple, une vache vide à 150 jours ou une multipare à 25 l de lait devront partir. » Avec un troupeau plus homogène et des vaches plus productives, ils estiment pouvoir réduire les coûts opérationnels de 20 €/1000 l et augmenter la production d’environ 200 000 l.

Des marges de progrès

Ce lait en plus se fera à charges de structures constantes. Reste à produire les fourrages. Les éleveurs hésitent à réduire la surface en céréales dont les ventes rapportent. « Ici, on a des conditions idéales pour faire du lait. Le climat sécurise nos rendements et on n’a pas besoin de 180 % de stocks. Mais l’élevage recule au profit des cultures, de légumes surtout. Le lait ne paie pas assez », regrette Maxime.

Les éleveurs s’interrogent sur la conduite du troupeau en lots. Le bâtiment en longueur avec la salle de traite à une extrémité n’est pas très adapté et il faudrait être deux pour la traite. Si la réflexion se poursuit, l’élevage entre en phase de croisière et tout est en place pour que les performances technico-économiques, la production, et donc le revenu, continuent de s’améliorer. Reste une inquiétude. La laiterie abandonne la collecte au 31 décembre 2021. Fin octobre, l’OP était toujours en négociation et confiante sur un aboutissement favorable aux producteurs.

Pascale Le Cann
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