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« Je veux garder une exploitation à taille humaine »

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Maxime © Reportage photo : CÉDRIC FAIMALI / GFA

En vidéo. Installé depuis quinze ans, Maxime Léridon s’est consacré à l’optimisation de ses résultats économiques en renforçant son système herbager et son autonomie protéique. Ses prêts remboursés, il aspire désormais à investir dans son confort de travail.

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À 42 ans, après quinze ans d’activité, Maxime Léridon achève le premier chapitre de sa carrière d’éleveur laitier. Quand il reprend à l’âge de 26 ans la ferme de ses beaux-parents à Sainte­-Gemmes-d’Andigné, dans le Maine-et-Loire, il investit alors 315 000 euros, désormais remboursés.

« Mes parents étaient producteurs de lait, raconte-t-il. J’étais passionné par les animaux, mais j’ai décidé de m’installer sur le tard. » Après un Bepa, le jeune homme devient salarié agricole dans différents secteurs pendant dix-huit mois, puis obtient un CCTAR (certificat de capacité technique agricole et rurale). Il travaille ensuite quatre ans au service de remplacement.

« Je voulais voir ce qui se faisait dans différentes fermes : ce fut très riche. » Il est ainsi amené à remplacer pendant six mois un éleveur accidenté, son futur beau-père, par l’intermédiaire duquel il rencontrera son épouse. Ses beaux-parents produisent 330 000 litres de lait sur 67 ha avec un troupeau prim’holstein : le parcellaire groupé et la possibilité de s’installer de façon individuelle séduisent Maxime. En 2005, il est en stage de parrainage sur la ferme. « Cela permet notamment de préparer le changement de race. Mes parents élevaient des montbéliardes, et la découverte de la prim’holstein au service de remplacement m’a conforté dans le choix de la race rouge. »

Rapidement, le jeune éleveur constate le potentiel des terres pour un système fourrager davantage basé sur l’herbe. Une orientation que les échanges de résultats au sein d’un groupe lait de la chambre d’agriculture confirment. Il réduit la part des céréales et du maïs pour implanter des prairies multi-espèces à base de ray-grass anglais, trèfles blanc et violet, et fétuque des prés. Elles sont maintenues environ cinq ans en tête de rotation, suivies d’un premier maïs, d’une association ray-grass d’Italie et trèfle pour dix-huit mois, d’un second maïs, puis d’un blé, et enfin d’une orge ou d’un méteil récolté en grains.

Le silo de maïs fermé du 10 avril au 14 juillet

« Je vends le blé, le triticale que je cultive de façon exceptionnelle, et une partie de l’orge, explique Maxime. Je conserve 10 tonnes d’orge et 30 tonnes de méteil pour fabriquer de l’aliment concentré. Je réduis ainsi de 10 à 15 tonnes mes achats de correcteur azoté. »

Parmi les prairies, l’éleveur consacre 4 ha à la luzerne, également pour la production de protéines. Elle est associée à une fétuque des prés ou élevée pour éviter le salissement à l’automne ; et elle est récoltée en foin ou enrubannage, voire pâturée. « En 2021, septembre a été sec et la luzerne a alors pris le relais des prairies pour le pâturage. » La mise à l’herbe a lieu dès février-mars. La taille des parcelles est d’1,5 ha environ pour trois à quatre jours de pâturage géré quotidiennement au fil avant. En 2021, le silo de maïs a été fermé du 10 avril au 14 juillet. Il n’y a pas eu de correcteur azoté sur cette période, juste un peu de méteil, d’orge et de foin à l’auge en complément.

La ration hivernale est composée de 10 kg (MS) de maïs, 3 à 4 kg (MS) d’ensilage d’herbe, 1 kg de foin de luzerne, 3 kg de correcteur azoté (soja, colza, lin extrudé) ainsi que 8 à 10 kg brut de betterave fourragère.

« Les betteraves, c’est bon pour les taux »

« J’achète les betteraves à un voisin, indique Maxime. Mes besoins représentent seulement un hectare. J’en ai cultivé pendant quelques années mais j’ai arrêté à la suite d’un échec lié au désherbage. Mes parents en utilisaient pour leur troupeau, c’est bon pour les taux. » Maxime Léridon prépare et distribue la ration à l’aide d’un godet désileur. La complémentation individuelle des vaches au méteil est réalisée manuellement à l’auge.

La stratégie fourragère de l’éleveur se traduit au tank par une productivité moyenne de 7 500 litres de lait par vache et par an, un TB de 43,2 g/litre et un TP de 35,2 g/litre (résultats de la campagne 2020-2021).

« J’ai peu à gagner à la conversion en bio »

« Je pense que j’arrive au bout de l’optimisation de mon système fourrager du point de vue économique et de l’autonomie protéique. Pour aller plus loin sur la qualité des fourrages, il faudrait un séchoir. Je pourrais progresser aussi sur le volume de lait en faisant vieillir mes vaches car la race montbéliarde est peu précoce. » Maxime Léridon cherche donc à augmenter le rang de lactation moyen de son troupeau, actuellement à 3,2. « Il y a quelques années, j’élevais toutes mes génisses, ce qui ne favorise pas le vieillissement, constate-t-il. Désormais, je fais un peu de croisement en race à viande pour en élever moins. Mon objectif est de descendre à 20, voire 15. Depuis deux ans, je me sécurise avec des échographies sexées. J’ai aussi recours au génotypage systématique pour connaître le niveau du troupeau, préparer les plans d’accouplement, et vendre des animaux. »

La rusticité de la race montbéliarde et l’attention portée par l’éleveur à la santé du troupeau permettent également d’obtenir une bonne qualité sanitaire du lait avec un niveau de cellules sur l’année à 180 000/ml. Quant à la mixité de la race, elle est un moyen de compléter le revenu du lait avec une bonne valorisation de la viande. « La finition des vaches de réforme a un coût, mais ça en vaut la peine », considère Maxime. Il a étudié la possibilité de se convertir à la production biologique. « J’ai peu à y gagner, assure-t-il. Cela exigerait de passer plus de temps sur les cultures, or je travaille seul. Je parviens néanmoins à réduire les traitements grâce à ma rotation, et en utilisant la herse étrille pour remplacer un désherbage en maïs. »

« Je ne veux pas faire face à des remboursements supérieurs »

Pour poursuivre son métier d’éleveur laitier dans de bonnes conditions les quinze prochaines années, le projet de Maxime Léridon est de gagner en confort de travail tout en conservant « une exploitation à taille humaine ». À son installation en 2006, il investit peu, améliore juste l’existant en mettant aux normes la fosse à lisier et en couvrant le parc d’attente. En 2012, il renouvelle le matériel de la salle de traite et passe de 2 x 5 à 2 x 6 postes. « Je réfléchis depuis deux ans à la construction d’un nouveau bâtiment pour remplacer celui de 1975, qui a fait son temps, déclare-t-il désormais. L’aire de couchage est à peine assez grande et je souhaite une aire d’exercice couverte pour limiter le volume de lisier. Le nettoyage de la nurserie est également compliqué : je dois faire appel à un voisin équipé d’un mini-chargeur. »

Pour un nouveau bâtiment vaches laitières sur aire paillée (l’ancien serait utilisé pour les génisses), bien isolé avec des panneaux sandwich, équipé d’un bloc de traite de 2 x 7 voire 2 x 8 postes, d’un Dac et d’une fumière non couverte, l’éleveur a chiffré il y a plusieurs mois un investissement de 500 000 euros. « J’ai pris le temps de mûrir mon projet, de faire des visites. La banque m’a donné son accord. Mais en revenant vers les artisans l’automne dernier, il a fallu revoir les tarifs en raison de la hausse des matériaux, notamment le bois de charpente. Et le budget s’est alourdi de 30 000 euros. » Déçu, Maxime a mis son projet en attente. « Je suis prudent vis-à-vis du prix du lait. Je ne souhaite pas faire face à des remboursements supérieurs à ceux des quinze premières années. Je ne suis pas dans l’urgence mais je me fixe l’âge maximum de 45 ans pour réaliser un tel investissement. L’objectif est que je puisse en profiter, que je préserve ma santé, et que l’exploitation reste transmissible. »

Nathalie Tiers
Prairies. Sur 85 ha, 75 sont groupés autour du bâtiment, facilitant le pâturage. En saison, les vaches passent jusqu’à vingt heures par jour dehors, ce qui exclut, selon l’éleveur, le choix d’un robot de traite. Si l’opportunité se présentait, la reprise de quelques hectares lui permettrait d’être plus autonome en paille. © C. FAIMALI/GFA
.La ferme est équipée de trois tracteurs, dont l’un attelé à la pailleuse, un autre dédié au désilage, chargement et raclage, et le troisième aux travaux des champs. L’éleveur a acquis une faucheuse en copropriété afin de garantir sa disponibilité, et possède le reste du matériel de récolte de l’herbe (fenaison, pressage). Il fait appel à une ETA pour l’épandage du lisier, les traitements phytosanitaires, les ensilages et la récolte des céréales. © C. F./ GFA
. En dehors de la pleine période de pâturage, Maxime Léridon passe chaque jour une heure et demie à l’alimentation des vaches à l’aide d’un godet désileur. L’auge creuse carrelée a fait ses preuves pour ce qui est de limiter les repousses : elle est conservée dans le projet de nouveau bâtiment. © C. F./ GFA
Avec une installation de 2 x 6 postes, le temps quotidien consacré à la traite est d’une heure et demie le matin et une heure et quart le soir, en incluant le nettoyage et les soins aux veaux. © C. F. / GFA
L’aire d’exercice actuelle n’est pas couverte, générant un important volume de lisier. Maxime Léridon la nettoie une fois par jour avec un tracteur équipé d’un racleur. © C. F./ GFA
Les vaches sont logées sur aire paillée durant les quatre mois d’hiver. Elles dorment dehors le reste de l’année. L’aire de couchage, de 300 m © C. F./ GFA
Avec son stagiaire, Matthis, Maxime Léridon réalise un aliment concentré à partir de 10 tonnes d’orge et 30 tonnes de méteil produits sur l’exploitation. Il économise ainsi 10 à 15 tonnes d’achat de correcteur azoté. © C. F./ GFA
.Afin de réduire ses coûts, l’éleveur souhaite passer de 25 génisses élevées par an à 20, voire 15. Il ferait ainsi davantage vieillir ses vaches de façon à optimiser le volume de production, la montbéliarde étant une race peu précoce. © C. F. / GFA
Accompagner les futurs éleveurs aide à rester connecté

Maxime Léridon accompagne chaque année le parcours à l’installation de trois à quatre futurs producteurs laitiers. Avec un conseiller de la chambre d’agriculture, ils réalisent avec les candidats « l’entretien 3P » (plan de professionnalisation personnalisé). Cela permet notamment de faire le point sur les compétences et les éventuels besoins en formation, et d’apporter des conseils sur l’avant-projet d’installation. De plus, il participe parfois à l’évaluation finale du projet en présence des banques. « Cela me permet de rester connecté aux évolutions du secteur : à ce qui se fait en matière d’investissements, à la façon dont les jeunes voient les choses et s’orientent. C’est intéressant de garder un œil sur ces nouveaux projets. Je ne suis pas encore concerné par la transmission mais cela apporte des pistes de réflexion. »

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