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[VIDÉO] « Notre credo : tout maîtriser et maximiser la marge au robot »

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Éleveurs : un vrai choix. Jérôme Goupy s’est installé en 2000 avec ses parents mais il a définitivement franchi le pas en 2003, à l’investissement de 290 000 € dans le bâtiment. Son frère, Arnaud, a quitté son travail salarié pour rejoindre le Gaec. Il a testé l’association avec Jérôme durant un an avant de s’installer en 2008. Tous deux ont l’envie de préserver leur vie familiale. Ils ont chacun un week-end sur deux et une soirée hebdomadaire libre et prennent trois  semaines de vacances. © CéDRIC FAIMALI / GFA

Arnaud et Jérôme Goupy veulent être les seuls maîtres à bord de leur exploitation. Ils saturent le robot par des vaches hautes productrices, s’équipent et s’organisent pour optimiser leur travail.

Les associés du Gaec de la Bruyère sont à la tête d’une référence de 756 000 litres, bâtie pierre après pierre ces quarante dernières années. Tout a commencé en 1984, à l’installation des parents d’Arnaud et Jérôme Goupy. « C’était l’année de l’instauration des quotas laitiers. Ils n’ont pu démarrer qu’avec 150 ...
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Les associés du Gaec de la Bruyère sont à la tête d’une référence de 756 000 litres, bâtie pierre après pierre ces quarante dernières années. Tout a commencé en 1984, à l’installation des parents d’Arnaud et Jérôme Goupy. « C’était l’année de l’instauration des quotas laitiers. Ils n’ont pu démarrer qu’avec 150 000 litres sur 47 hectares loués », racontent-ils. Un long processus s’engage alors, fait de récupérations de quotas via le foncier, de conversions de quotas vente directe et matière grasse en lait livré, et plus récemment de reprises de références : 100 000 l en 2016 et 60 000 l en 2019. En plus des 756 000 litres de références, ils conduisaient jusqu’à l’hiver dernier 77 ha de cultures de vente. Le Gaec vient de s’agrandir par la location de 70 autres hectares de cultures.

« Être performants tout en étant simples et efficaces »

Les équipements et le troupeau laitier sont stables depuis huit ans mais cela n’empêche pas les deux associés de continuer à faire bouger les curseurs. « Leur fil rouge est l’augmentation de la production mais de façon simple et efficace », relève Yann Martinot, leur conseiller nutrition Elvup. Vingt ans après, ils jugent encore bonne la décision de surdimensionner la stabulation laitière à 78 logettes lors de la mise aux normes. De même, ils ne feront pas marche arrière sur la traite robotisée lancée en 2013. « Nous fonctionnons sans main-d’œuvre extérieure car nous aimons maîtriser notre travail et anticiper les choses », disent les deux frères. Ils apprécient aussi d’être libérés de la traite pour consacrer matin et soir du temps à leurs enfants.

Le bâtiment n’est pas figé pour autant.

De l’autre côté de la table d’alimentation, l’extension de 55 logettes en 2014 pour les génisses et les bœufs autorise un possible développement laitier. De même, l’emplacement d’une deuxième stalle de robot de traite est prévu. « Mais ce n’est pas d’actualité », précisent-ils. Leur priorité est aujourd’hui de reculer les limites du robot pourtant saturé. « Sur la campagne 2021-2022, nous avons livré 790 000 litres sous l’impulsion des 5 % de rallonge de campagne de Lactalis. Nous ne pensions jamais atteindre ce niveau. »

Ce sont 53 100 litres de plus que 2020-2021 grâce à un double cliquet : une ou deux vaches en plus dans un troupeau pointé en moyenne à 11 299 kg brut sur avril 2021-mars 2022 et surtout une progression de 470 kg de lait brut par vache (résultat contrôle laitier). « Avec le même nombre de vaches, viser les 850 000 litres d’ici deux à trois ans nous paraît réaliste. » Yann Martinot voit même plus large et parle d’un potentiel à 900 000 litres sans augmenter le nombre de vaches traites.

Des multipares à 14 430 kg

« La première condition, ce sont des vêlages bien étalés toute l’année », précise-t-il. Or, actuellement, le nombre de vaches tombe en été à 55 traites. Les livraisons de juin à septembre représentent 29 % du total. Les deux associés n’y planifient pas de vêlages pour se consacrer plus sereinement à la moisson. Ils ne souhaitent pas pour l’instant modifier cette organisation, d’autant plus que le Gaec récoltera 70 ha de plus cet été. « L’autre condition consiste en un peu moins de primipares, reprend Yann Martinot. Elles composent aujourd’hui un tiers du troupeau et ont la capacité de rejoindre le niveau de production des multipares qui est de 14 436 kg de lait brut (5,1 mois de lactation) au dernier contrôle de performance fin mars. » Cela se traduit par des laitières à plus de 50 litres par jour. Mi-avril, sur les 67 traites, elles étaient 22 à ce niveau (donnée robot) dont 4 à plus de 65 litres pour 91 jours de stade de lactation moyen. « Nous avons gagné aussi en vitesse de traite : 8 vaches à l’heure, voire 9, contre 7 ces dernières années. » Malgré les 10 % à 12 % de temps libre moyen, le robot peut ainsi accueillir leur surplus de lait et en moyenne une ou deux vaches de plus chaque année. « En février, l’arrivée des génisses monte leur nombre à 70. Nous savons que c’est une période tendue. Nous nous organisons en conséquence. »

Parallèlement à la hausse du lait par vache, les éleveurs redressent petit à petit les taux et en particulier le TB qui n’était pas leur priorité du temps des quotas (infographie ci-dessus). Moins de matière grasse signifiait plus de lait à produire. Arnaud et Jérôme Goupy s’étonnent eux-mêmes des niveaux de performance de leurs vaches. « Nous sommes entrés dans un cercle vertueux qui nous pousse toujours plus loin. » Le déclencheur est l’abandon du concentré de production du commerce pour des matières premières, dont le profil énergétique s’adapte mieux à l’amidon du maïs plus ou moins digestible. Ils introduisent en 2017 le maïs épi dans la ration semi-complète et au Dac du robot, un concentré fait sur mesure par le fabricant d’aliments (actuellement 40 % de corn gluten feed, 40 % d’orge aplatie et 20 % de drèches de blé en granulés). « La dernière impulsion est donnée en 2020 par un second mélange à la carte », dit Yann Martinot. Les éleveurs mélangent à la main le tourteau de soja tanné aux sucres, à l’huile de palme et à un peu de méthionine. Un kilo est distribué jusqu’à 50 jours de lactation puis un demi-kilo aux plus de 50 litres « pour soutenir les taux des très hautes productrices et maintenir les vaches en état ». Leur niveau d’étable a progressé de 100 kg/vache entre les années civiles 2020 et 2021 mais surtout il a fait un bond de 2,5 points de TB et de 0,9 point de TP. « Cette progression n’aurait pas été possible sans les améliorations sur la conduite des veaux et des vaches taries. » La plus visible est la ventilation dynamique de la nurserie et un ventilateur au-dessus des taries. Les deux frères partagent la même vision de leur entreprise et le même mode de prise de décision. C’est ce qui fait leur force. « Nous aimons avoir la main sur l’ensemble de l’exploitation. Tout est discuté et pesé en amont. Nous essayons d’anticiper au maximum pour désamorcer les problèmes », résument-ils. Ne pas dépendre de la main-d’œuvre extérieure, qu’elle soit salariale ou en délégation de travaux culturaux, fait partie de cette stratégie. Le robot de traite, la désileuse automotrice de 16 m3 en propre et la possession de presque tous leurs matériels de cultures en sont l’application concrète. « Cette stratégie a un coût que nous assumons. Il est au bénéfice de notre confort psychologique et de travail. »

Le matériel récent et performant sécurise également les interventions culturales, en particulier celles sur les cultures fourragères qui sont déterminantes pour la bonne marche­ de l’atelier laitier. Certains investissements ont même des répercussions inattendues. « Vu la flambée du prix des intrants, nous ne regrettons pas l’achat, en avril 2021, de la tonne à lisier de 11 m3 équipée de 12 disques polyvalents d’injection pour mieux valoriser l’azote organique et gagner 8 à 9 ha d’épandage. Cette année, nous n’apportons pas d’azote minéral sur les prairies. Nous gardons ce qui était prévu pour les cultures de 2023. »

« Il faut un prix du lait d’au moins 402 € en 2022-2023 »

Les deux associés sont moins sereins par rapport aux correcteurs azotés. Ils viennent de se couvrir jusqu’à la fin 2022 par la contractualisation de 30 t de tourteau de colza à 460 €/t et 30 t de tourteau de soja à 570 €/t. Selon Elvup, il faudra 402 €/1000 l de prix du lait moyen en 2022-2023 pour absorber 50 % de hausse de coût de concentrés, + 40 % de coût fourrager et + 20 % pour les autres charges hors amortissements, dont 2 Smic de rémunération. Le Gaec de la Bruyère autofinance ses achats d’intrants mais il sait pouvoir compter sur la ligne de crédit court terme de 40 000 € ouverte il y a quatre ans. Il sait aussi pouvoir compter sur les prix élevés des cultures de ventes. Deux autres leviers pour ne pas subir les événements.

claire hue
Le cadre

À Bures (Orne), dans le Perche normand, 80 % de la surface est en terres limoneuses à bon potentiel

Gaec depuis peu à 3 associés dont 2 frères

756 000 l de référence et 790 000 l livrés en 2021-2022 (autorisés)

72 holsteins à 11 299 kg brut, 40,0 g/kg de TB et 33,72 g/kg de TP (contrôle laitier avril 2021-mars 2022)

Intervalle vêlage-vêlage : 392 jours

250 ha dont 65 ha de prairies perma­nentes (8 ha pâturés par les laitières), 41 ha de maïs (dont 5 en maïs épi), 103 ha de céréales­, 16 ha de pois verts, 22 ha de colza et 3 ha de luzerne. 20 ha de ray-grass d’Italie en dérobé du maïs

Robot de traite depuis 2013

392 © CEDRIC FAIMALI / GFA
Réchauffement climatique. Le maïs semé mi-avril

Même si leurs terres limoneuses sont une bonne réserve utile, il n’est plus question pour Jérôme et Arnaud Goupy de semer le maïs jusqu’à la mi-mai. Il l’est entre les 15 et 30 avril. Leur crainte est de subir un printemps sec qui pénalise le rendement ensilé. Dans ce but, les 20 ha de ray-grass d’Italie en dérobé font désormais l’objet d’une seule coupe fin mars contre une à l’automne et une autre en avril il y a encore deux ans. « Le RGI est semé la troisième semaine de septembre après la céréale. Il l’était auparavant juste après la moisson. » Face à l’incertitude climatique d’une année sur l’autre, ils sécurisent les fourrages par quinze à seize mois de stocks. « C’est un investissement de 25 000 €. Nous en prenons soin. Nous ne confions pas leur tassage à un tiers et nous ajoutons un conservateur à tous les fourrages, maïs épi compris. »

Long de 60 m, © CEDRIC FAIMALI / GFA
, disent les associés. © CEDRIC FAIMALI / GFA
Hormis les ensilages, le Gaec réalise tous les travaux des champs avec son matériel. Il vient même d’acheter une tonne à lisier à injecteurs. Le hangar à matériels possède un atelier de réparation dans lequel Arnaud Goupy crée ses nombreuses solutions astuces. © CéDRIC FAIMALI / GFA
Un ventilateur au-dessus de leur case limite le stress thermique l’été. Le Gaec s’est aussi organisé pour offrir 10 m² par tarie. Depuis l’an passé, elles sont en effet gérées dans un lot à part. Un concentré spécifique (2 kg/vache) est distribué à la main sur la ration commune à toutes les taries et les génisses proches du vêlage : foin et paille en brins de 2 cm + maïs ensilage + tourteau de colza. Elle est préparée pour trois jours. La case est équipée d’une caméra de surveillance. Les vaches peuvent vêler dans un pré de 1 ha adjacent. © CéDRIC FAIMALI / GFA
Les laitières peuvent aller et venir à leur guise du bâtiment à l’une des cinq parcelles qui composent les 8 ha de pâturage. Il se déroule du 20 mars à la mi-juin. « © CéDRIC FAIMALI / GFA
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