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« Notre objectif : produire 1 Ml à deux, sans maïs »

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Le site. Le parcellaire est bien regroupé, avec 15 ha de pâtures accessibles. L’année dernière, les éleveurs ont fait construire leur maison d’habitation sur site. © M.J.

Huit ans après son installation, face à des aléas climatiques à répétition, Nicolas Haeflinger a su presque doubler sa production laitière en remettant en cause l’élevage allaitant et la place du maïs dans son système fourrager.

Faire le choix de l’installation individuelle en élevage laitier conventionnel lorsque l’on n’a aucune attache agricole n’est pas chose si courante. C’est pourtant le pari de Nicolas Haeflinger. Le 1er janvier 2014, à l’âge de 19 ans, il a concrétisé un rêve d’enfant en s’installant sur la commune d’Odival dont il est originaire.
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Faire le choix de l’installation individuelle en élevage laitier conventionnel lorsque l’on n’a aucune attache agricole n’est pas chose si courante. C’est pourtant le pari de Nicolas Haeflinger. Le 1er janvier 2014, à l’âge de 19 ans, il a concrétisé un rêve d’enfant en s’installant sur la commune d’Odival dont il est originaire.

Depuis l’âge de 8-10 ans, ce fils de commerçants aimait venir sur la ferme de Raymond et Nicole Quentin à la sortie du bourg. Le couple lui cédera finalement l’exploitation. Nicolas va d’abord suivre un cursus scolaire agricole : BEPA, puis Bac Pro, suivis d’un CS en mécanique agricole. « Depuis tout gamin, j’ai toujours voulu être paysan, avant tout, par passion pour les animaux, se souvient-il. À la fin de ma scolarité, en juin 2013, ma décision était prise. J’ai donc entamé le parcours à l’installation. Les cédants ont fait le tour des propriétaires fonciers et le fait d’être un enfant de la commune a facilité le transfert des fermages. »

La banque rassurée par  les garanties familiales

L’exploitation reprise se composait d’une stabulation aire paillée sans mise aux normes, d’un hangar à fourrages, de 25 holsteins et 25 charolaises sur 118 ha de SAU. Le coût prévisionnel d’installation s’élevait à 400 000 € et incluait la reprise du cheptel, du matériel et des bâtiments, mais aussi le prolongement de la stabulation de deux travées, avec transformation de l’aire paillée en 54 logettes, la mise aux normes (fumière et fosse pour le jus de fumier et les eaux blanches), un tracteur d’occasion et l’achat de 5 ha sur site, en prévision de constructions futures. « Mes parents étaient un peu inquiets. Mais ils m’ont aidés et se sont portés garants vis-à-vis de la banque auprès de laquelle mon projet est passé sans difficulté. J’ai bénéficié de la DJA zone de plaine, de prêts bonifiés à 2,5 %, d’une aide de 9 000 € de la région et de 1 500 € du département. Depuis, le site d’exploitation est passé en zone défavorisée, ce qui m’a permis d’accéder à l’ICHN. »

En s’installant, la volonté du jeune éleveur a toujours été de faire du lait. Mais le quota initial de 270 000 litres chez Lactalis était figé, sans possibilité de rallonge. Aussi, afin de maximiser le produit d’exploitation pour faire face au coût de reprise, Nicolas va d’abord miser sur le développement du troupeau allaitant, avec atelier d’engraissement de taurillons et de génisses. Il profite en 2016 d’une subvention PCAE de 60  % pour construire un bâtiment de 930 m², d’une capacité de 60 vaches allaitantes et un hangar de stockage de 1 080 m².

« D’un point de vue technique et économique, il fallait arrêter le maïs »

Le troupeau allaitant va ainsi monter en deux ans jusqu’à 45 mères charolaises (27 PMTVA). Mais, en 2016, Nicolas subit la crise du lait, suivie de trois années catastrophiques pour le maïs. Une situation qui a bien sûr fragilisé sa situation financière, en raison d’achat important de fourrage et de coproduits pour maintenir la production.

En 2019, il saisit l’opportunité de reprendre un contrat chez Savencia, soit 375 000 litres de lait et une rallonge de 100 000 l accordée par la laiterie. Avec Julien Homand, conseiller au contrôle laitier, il repense alors totalement son système fourrager. Dans le même temps, il initie l’agrandissement du cheptel laitier aux dépens des allaitantes et arrête les taurillons, remplacés par du broutard. « D’un point de vue technique et économique, il fallait arrêter le maïs, explique-t-il. Car, à la sécheresse dans des sols superficiels, s’ajoutent ici les problèmes de corbeaux et surtout de sangliers [NDLR : la ferme est proche du Parc national de forêts]. Or l’assurance récolte ne suffit pas à compenser des rendements de moins de 5 t MS, d’une plante parfois récoltée sans épis. »

Le nouveau système fourrager élaboré avec le conseiller reposera sur le triptyque prairies naturelles, méteil et association RGH/TV semée pour trois ans. Les 15 ha de pâtures accessibles autorisent ici une demi-ration d’herbe pâturée pendant six à huit semaines. Après le 15 juin, la pousse de l’herbe est aléatoire. « L’idée est donc de faire du stock avant le coup de sec, c’est-à-dire produire 80 % des fourrages avant le 1er juillet. »

« La récolte de l’herbe représente beaucoup de travail »

À l’automne 2020, Nicolas sème 11 ha de RGH/TV, puis 8 ha un an plus tard. Comparée aux prairies naturelles parfois inondables ou à des semis de luzerne, cette association permet de miser sur des premières coupes précoces de qualité. Cette année, la production est estimée à 10 t de MS/ha sur cinq coupes. Avec le méteil (6 t MS/ha) et la fauche de 20 ha de prairies naturelles, ce sont ainsi dix-huit mois de stocks qui ont été récoltés et stockés, soit l’équivalent de 75 ha de fauche. « La récolte de l’herbe représente beaucoup de travail. Mais je suis conforté dans l’idée que ce système peut assurer l’autonomie du troupeau. Désormais, il faut renforcer la qualité. Je ne ferai donc pas de méteil cet automne, car il déconcentre trop la ration des laitières. Je vais semer encore 15 ha de RGH/TV, soit un total de 35 ha + 4 ha de TV et faire un essai de betterave fourragère sur 2 ha. »

Parallèlement, l’éleveur est passé de l’achat de concentré du commerce au gré des besoins, à la livraison anticipée de matières premières par camion de 30 t. Il n’a pas hésité a recourir au génotypage systématique, aux semences sexées et à la transplantation embryonnaire sur les meilleures souches pour accélérer à la fois la croissance du troupeau et le progrès génétique. C’est lui qui réalise les inséminations et les échographies, « ce n’est pas qu’une question d’argent, précise-t-il. C’est la volonté de tout maîtriser et d’inséminer au plus près des chaleurs ». Résultat, un IVV qui a baissé de 51 jours depuis l’adoption de l’IPE (376 J).

À l’évocation de ces huit années d’installation, on comprend bien ici que la main-d’œuvre est une contrainte forte. Surtout avec une salle de traite 2 x 4 postes qui représente trois heures d’astreinte matin et soir. Nicolas reconnaît n’avoir pris aucun congé depuis son installation. Heureusement, Raymond Quentin, le cédant, est là quasi quotidiennement pour donner un coup de main. Et, depuis six ans, Nicolas peut compter sur Ophélie Darbot, sa compagne. Ils ont bâti leur maison cette année au pied de la ferme.

« 110 vaches bien calées à 9 000  litres de lait »

Ophélie est titulaire d’un BTS PA, a cinq ans d’expérience en service de remplacement et une licence en comptabilité et fiscalité agricole. Son emploi saisonnier à l’ASP (Agence de services et de paiement) lui laisse la pos­sibilité de seconder Nicolas. « Je souhaite m’installer d’ici à deux ans, tout en conservant un complément de revenu extérieur », explique-t-elle. Dans l’attente, une nouvelle salle de traite 2 x 8 postes est en cours de construction, avec l’achat d’un tank de 9 000 litres.

Aujourd’hui, le troupeau compte 75 hols­teins pour une production attendue de 634 275 litres au terme de l’année 2022, avec une ration sans maïs. Les dernières charo­laises ont été vendues en juin, ce qui va libérer de la place en bâtiment et permettre de gérer le troupeau laitier en deux lots, avec une conduite au pâturage des fins de lactation : « Notre objectif est de monter à 110 vaches autour de 9 000 litres de lait, pour produire 1 Ml à deux », confie Nicolas, espérant atteindre un rythme de croisière dans un ou deux ans.

Jérôme Pezon
Nicolas Haeflinger et Ophélie Darbot, sa compagne, passionnés de génétique, présentent la candidate du concours Holstein d’Agrimax, à Metz. © Réportage photo : Michel Joly
Le couchage compte 54 logettes équipées de matelas paillées quotidiennement. Actuellement, la stabulation est surchargée (65 vaches traites). L’arrêt des vaches allaitantes va permettre de libérer de la place afin de mettre en place une conduite des vaches laitières en deux lots et en même temps améliorer le confort et l’ambiance. © M.J.
Nicolas réalise les inséminations et les échographies lui-même. Les vaches après vêlage et les génisses à partir de 11 mois sont équipées d’un collier de détection de chaleurs et toute les données sont saisies sur le logiciel i.connect. Résultat : un délai vêlage IA fécondante de 87 jours ; un taux de réussite en IA 1 de 49 %, pour un IVV de 376 jours, avec 1,9 paillette et un âge au premier vêlage de 26,7 mois. © M.J.
Raymond Quentin, le cédant, est présent quasi quotidiennement pour aider. Ici, il aide dans la cuisine, une aire de stockage dédiée à la livraison de matières premières en vrac par camions de 30 tonnes. © M.J.
près 6 mois, place à l’enrubannage, sans tourteau. La mise à la reproduction commence à 13-14 mois. Les génisses ne sortent qu’une fois confirmée pleine ou reçoivent en bâtiment une ration à base d’enrubannage. © M.J.
Pour répondre au besoin de croissance du troupeau et de progrès génétique 60% des laitières sont inséminées avec des doses sexées et le reste avec des doses Bleue Blanc Belge. Les veaux sont élevés en niches extérieures jusqu’à 15 jours. Puis, les génisses passent en case collective où elles reçoivent deux repas/ jour d’un aliment d’allaitement à 50% de PLE distribué en MilkBar, pour un sevrage programmé entre 70 et 80 jours. © M.J.
Avec une salle de traite 2 x 4 postes couplée à une aire d’attente trop petite pour toutes le vaches, le temps de traite et de lavage représente près de 3 heures de travail matin et soir. L’extension du bâtiment en cours doit permettre de réduire l’astreinte de moitié : elle inclue l’installation d’une TPA 2 x 8 postes, avec une porte de trie commandée par une boucle électronique afin de diriger les vaches en sortie de traite vers un box de soin et une cage de parage. © M.J.
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