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Au Gaec du Bas Villiers : « Notre priorité est de renouveler les associés »

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© THIERRY PASQUET

Transition. Deux des quatre éleveurs du Gaec du Bas Villiers, en Mayenne, prennent bientôt leur retraite. Les deux plus jeunes souhaitent recruter deux remplaçants pour maintenir les ateliers de la ferme et leur organisation actuelle, qu’ils apprécient.

Travailler en groupe est dans l’état d’esprit des associés du Gaec du Bas Villiers depuis plus de quarante ans. La société a été créée en 1981 quand Paul et Guy Garnier, frères jumeaux, rejoignent leur aîné, Luc, installé trois ans plus tôt à la ferme familiale. Les trois frères reprennent alors une exploitation voisine de 20 hectares, venant s’additionner aux 38 ha de...
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Travailler en groupe est dans l’état d’esprit des associés du Gaec du Bas Villiers depuis plus de quarante ans. La société a été créée en 1981 quand Paul et Guy Garnier, frères jumeaux, rejoignent leur aîné, Luc, installé trois ans plus tôt à la ferme familiale. Les trois frères reprennent alors une exploitation voisine de 20 hectares, venant s’additionner aux 38 ha de leurs parents. Limités à 360 000 litres de lait avec la création des quotas en 1984, ils décident de démarrer une activité d’engraissement. En 1992, la reprise de la ferme des beaux-parents de Guy apporte 52 ha supplémen­taires et 200 000 litres de lait.

Puis, en 2002, Daniel Rivaux, un voisin veuf, les rejoint avec 60 ha et 235 000 litres en plus. À la suite au décès de Luc, en 2000, François Vandenbroucke, le neveu de Paul et Guy, s’installe en 2004 : le Gaec compte alors quatre associés.

« Nous nous adapterons aux candidats sérieux »

En 2018, enfin, Loïc Froissard, contrôleur laitier de l’élevage depuis plus de vingt ans, remplace Daniel à l’heure de sa retraite. Aujourd’hui, c’est au tour de Paul et Guy de préparer leur départ, dès que des candidats seront prêts à les remplacer.

C’est aujourd’hui la priorité numéro un de l’exploitation. « Dans l’idéal, nous aimerions trouver deux nouveaux associés, ou éventuel­lement un associé et un salarié, indiquent François et Loïc. Notre volonté est d’être tous à égalité en matière d’implication dans l’entreprise : nous n’avons pas tellement envie d’encadrer des salariés. C’est pourquoi nous préférons recruter des associés. »

Inscrit il y a trois ans au Répertoire départ installation de la Mayenne, le Gaec n’a pas encore trouvé les candidats ad hoc. « La ferme fait peut-être peur en raison de sa dimension, avancent les associés. Cependant, il ne faut pas simplement regarder la taille globale, mais aussi le nombre de travailleurs engagés. Les porteurs de projet craignent peut-être aussi d’avoir à s’intégrer dans un groupe et de ne pas s’y retrouver. Nous savons que nous serons amenés à nous adapter pour prendre en compte les souhaits de candidats sérieux. »

Pour Guy et Paul, l’agrandissement de la structure depuis quarante ans n’était pas une fin en soi mais avait pour objectif de rationaliser l’organisation et de gagner en efficacité. « Nous avons cherché à maîtriser nos charges et à amortir plus facilement le matériel, même si nous avons principalement investi dans des outils d’occasion, résument les deux frères. Et puis, il fallait faire vivre trois associés ! »

Cette envie de travailler en groupe repose sur plusieurs motivations : le partage des responsabilités et des risques pour sécuriser les personnes, la possibilité d’avoir du temps libre et de prendre des engagements en dehors de l’exploitation. Par exemple, chaque associé peut prendre trois semaines de vacances et un week-end sur deux en moyenne sur l’année, en tenant compte du planning des épouses.

Autre point fort de l’exploitation : la renta­bilité de la production. Une stratégie de maîtrise des charges a toujours été appliquée sur les investissements dans les équipements et les bâtiments. Par exemple, malgré l’augmentation de la taille du troupeau, l’adaptation de la stabulation construite en 1981 pour 80 vaches a toujours été privilégiée ; autre illustration, l’extension des toitures a été couplée à des projets de production d’électricité par panneaux photovoltaïques .

« Nous n’étions pas particulièrement pro-robot »

Côté équipement, les éleveurs achètent du matériel d’occasion et le font vieillir. Toutefois, après un agrandissement de la salle de traite à 2 x 8 postes en 2003, deux robots sont mis en place en 2020. « Nous passions cinq heures par jour à la traite avec une à deux personnes, c’était beaucoup trop. Nous n’étions pas particulièrement pro-robot. L’investissement était similaire pour un manège ou une salle de traite par l’arrière, mais selon nous, ces deux solutions nécessitent deux trayeurs. Cela nous freinait un peu en cas de difficulté à trouver de la main-d’œuvre. De plus, les robots s’intégraient mieux dans notre bâtiment au regard de la place disponible. » C’est finalement Loïc qui fait définitivement pencher la balance en faveur des robots, puisque c’est selon lui une condition pour s’engager dans le Gaec.

Malgré l’arrivée des robots, les éleveurs ont tenu à maintenir le pâturage pour son avantage économique. La maîtrise du coût alimentaire des animaux est en effet un atout de l’exploitation.

Autour du bâtiment laitier, 25 ha y sont consacrés, découpés en parcelles de 3 ha où le troupeau reste jusqu’à une semaine (une parcelle de jour et une parcelle de nuit). Les vaches sortent et entrent librement, sauf le soir où elles sont toutes ramenées au bâtiment pour passer au robot. « Nous pou­vons mieux valoriser le pâturage en réorga­nisant les prairies, reconnaissent François et Loïc. Notre objectif est de faire des paddocks d’un hectare. Nous avons déjà les plans et nous nous en occuperons cet hiver. »

En complément du pâturage, qui représente environ 30 % de la ration au printemps, les laitières reçoivent une portion complète de maïs, ensilage de luzerne et tourteaux de colza. Ces derniers constituent aussi le concentré utilisé au robot. La désileuse-mélangeuse arpente chaque matin les deux couloirs d’alimentation du bâtiment laitier et se déplace tous les deux jours sur les deux sites contigus des génisses laitières et des génisses viande qui reçoivent la même ration (ensilage de ray-grass d’Italie et trèfle violet, paille, un peu de maïs et de tourteau de colza et pâturage de mars à novembre). Le site taurillons est quant à lui équipé d’un tracteur avec un godet désileur ; les animaux sont nourris au maïs, blé broyé (échangé contre des céréales) et tourteaux de colza. Ces trois autres sites de l’exploitation comptent chacun des surfaces pâturables et des moyens de stockage.

« Nous travaillons, nous réfléchissons et nous gérons ensemble »

Le fonctionnement actuel entre les quatre associés est bien huilé, et si aucun d’entre eux n’est officiellement responsable d’un atelier, la répartition des tâches tient compte des affinités respectives. « Nous nous retrouvons en général une à deux fois par jour de manière informelle ; l’arrivée des robots a un peu bousculé un rythme bien établi… Notre conception du Gaec n’est pas seulement la mise en commun de moyens de production : nous travaillons ensemble, nous réfléchissons et nous gérons ensemble. »

Pour François et Loïc, la volonté de conserver quatre associés se justifie par ce confort du partage du travail, de l’astreinte ainsi que de la charge mentale, avec une marge de sécurité en cas d’absence de l’un des membres. En fonction des nouveaux travailleurs présents demain et de leur capacité à reprendre les capitaux du Gaec, ils savent que leur organisation peut évoluer et qu’ils seront peut-être contraints de faire davantage appel à des prestations extérieures, voire d’envisager de réduire leur activité.

Nathalie Tiers
Bâtiment des vaches. Des panneaux photovoltaïques ont été installés sur le bâtiment laitier à l’occasion d’une extension de toiture. Une partie de l’électricité est autoconsommée © THIERRY PASQUET
Pour Loïc, les robots étaient une condition pour s’engager dans le Gaec.
Malgré l’arrivée des robots, les éleveurs ont maintenu le pâturage pour son avantage économique. La maîtrise du coût alimentaire est un atout de l’exploitation.
En fonction de sa disponibilité, la luzerne est présente dans l’alimentation des vaches presque toute l’année. Elle permet de diversifier la ration et de limiter l’achat de tourteaux protéiques. © THIERRY PASQUET
Après avoir racheté l’ensileuse de la Cuma © THIERRY PASQUET
L’atelier des génisses viande valorise 50 ha de prairies et emploie peu de concentrés. Sa marge à l’hectare est identique à celle de l’atelier  © THIERRY PASQUET
Depuis 2018, le Gaec est en contrat non-OGM et se fait livrer un camion de 30 tonnes de tourteaux de colza toutes les six semaines pour toutes les catégories d’animaux, soit plus de 500 bovins. © THIERRY PASQUET
Le cadre

À Ernée en Mayenne, 4 sites dans un rayon de 5 km : vaches laitières, génisses laitières, génisses à viande, taurillons

4 UTH : les frères Paul et Guy Garnier (62 ans), leur neveu François Vandenbroucke (38 ans) et l’ancien contrôleur laitier Loïc Froissard (47 ans)

246 ha de SAU dont 67 ha de cultures de vente (60 ha de blé + 7 ha de colza) ; 75 ha de maïs ; 25 ha de mélange ray-grass d’Italie et trèfle violet ; 11 ha de luzerne ; 68 ha de prairie (dont 58 ha de mélange ­
ray-grass anglais, trèfles blanc, géant et nain et 10 ha de prairies naturelles)

135 vaches prim’holstein,

1,3 Ml de lait livré à Lactalis, 9 650 l bruts/vache/an

TB = 42,5 g/l et TP = 34,3 g/l

100 taurillons et 135 génisses à viande

Méthanisation. Un double projet en réflexion

Parmi les engagements pris par les associés en dehors de l’exploitation, François Vandenbroucke est président de l’association Agrimétha Ernée créée en 2020 pour développer la méthanisation sur le secteur. « Il y a une pression sociétale et médiatique contre les émissions de gaz à effet de serre par l’élevage. Nous souhaitons montrer que cette activité peut être vertueuse et diversifier notre ferme par la production d’énergie. » Une réflexion commune est engagée pour deux méthaniseurs distants de 15 kilomètres, rassemblant chacun de 10 à 12 éleveurs (de bovins principalement) apporteurs de 30 000 tonnes d’effluents et 5 000 tonnes de végétaux. Ce double projet pourrait être accepté plus facilement qu’un méthaniseur plus gros. Le site d’Ernée injecterait le biogaz dans le réseau de Fougères à 22 km et le site de Châtillon-sur-Colmont dans le réseau de Mayenne à 7 km. Les communautés de communes de l’Ernée et du Bocage mayennais sont impliquées dans la réflexion. L’investissement estimé pour chaque projet est de 7 millions d’euros. GRDF prendrait en charge 60 % du coût de raccordement (réfaction).

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