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Innoval redessine le paysage

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La fusion de BCEL-Ouest, Copavenir, Évolution et GDS Bretagne dans Innoval débouche sur la création d’une méga-coopérative de services. Un vrai défi et de gros enjeux.

ce sont 30 000 éleveurs français qui ont désormais accès à une offre inédite de services touchant à la génétique, au conseil et à la santé. La coopérative Innoval est opérationnelle depuis le 1er juillet. Ce nouveau géant compte sur sa taille et sur la richesse de ses compétences pour réussir à devenir le « groupe de référence des services en amont...
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ce sont 30 000 éleveurs français qui ont désormais accès à une offre inédite de services touchant à la génétique, au conseil et à la santé. La coopérative Innoval est opérationnelle depuis le 1er juillet. Ce nouveau géant compte sur sa taille et sur la richesse de ses compétences pour réussir à devenir le « groupe de référence des services en amont de l’élevage ». L’ambition est clairement assumée. Elle concerne d’abord les 25 départements dans lesquels se trouvent ses adhérents aujourd’hui mais Innoval ne s’interdit rien pour le futur. Cette assurance s’appuie sur le potentiel offert par le croisement des expertises des quatre fondateurs qui couvrent l’essentiel des besoins des éleveurs.

Sur le papier, la mariée est belle. Les éleveurs ont maintes fois critiqué le manque de restructuration de leur environnement quand eux ne cessaient de voir le nombre de fermes diminuer. Ils ont dénoncé les doublons existant entre les diverses organisations d’élevage et les surcoûts qu’ils engendraient. La création d’Innnoval répond indiscutablement à ces préoccupations. Le détricotage de la loi sur l’élevage et la suppression des monopoles qu’elle instituait visaient, entre autres, à créer une libre concurrence dans le domaine des services. Nous y sommes.

En pratique, tous les adhérents vont recevoir un catalogue listant les services disponibles. Innoval tient compte des histoires différentes selon les secteurs géographiques et édite trois catalogues cette année pour la Bretagne, la zone de Copavenir et les autres départements. Mais à court terme, l’objectif est de déployer l’ensemble des services auprès de tous.

Nouvelle étape en 2022 avec Arcowin

Dans l’immédiat, peu de changement en ce qui concerne la génétique puisque la zone d’influence d’Innoval se cale sur celle d’Évolution. Les choses vont bouger dès 2022 avec la création d’Arcowin. Cette coopérative résultera de la fusion d’une partie des activités d’Évolution, Masterrind (Allemagne) et Viking Genetics (Scandinavie). La recherche, la création génétique ou encore la production de semences sont vouées à sortir du champ d’Innoval, mais tous les services aux éleveurs s’y maintiendront. Et ils auront accès à l’ensemble des taureaux du groupe Arcowin. « Si les trois partenaires ont le même poids dans la gouvernance, Évolution représente la moitié du volume d’activité d’Arcowin », tient à rassurer Vincent Rétif, ex-président d’Évolution. La course à la taille s’explique très bien dans la génétique holstein, toujours dominée par les États-Unis. La concurrence s’accroît en France avec l’arrivée annoncée, en avril, d’une filiale commerciale de ST Genetics pour vendre des doses. Évolution vient aussi de créer sa propre filiale, One Genetics, pour commercialiser les taureaux du groupe Urus (Alta Genetics, Genex, Jetstream). À l’heure où le nombre de vaches laitières tend à baisser, cet enrichissement de l’offre pourrait bien un jour conduire à une baisse des prix. Les grands troupeaux américains ont accès à des doses vendues autour de 5 $. On est loin des tarifs français. Une aubaine pour les éleveurs sans doute, mais les entre­prises de sélection sont habituées à des prix plus élevés et pourraient se trouver déstabilisées.

Dans le domaine du conseil en élevage, l’offre de BCEL-Ouest va s’étendre à l’ensemble de la zone. Innoval minimise le risque de concurrence frontale avec les acteurs en place. « Les éleveurs restent libres de leurs choix, affirme Patrice Guiguian, ex-président de BCEL-Ouest. Nous faisons le pari qu’Innoval fera la différence grâce à un réel retour sur investissement du conseil. »

L’OVS n’a pas sa place dans Innoval

Yann Lecointre, directeur d’Innoval, détaille une stratégie en trois axes pour y parvenir. Faire mieux, innover et maîtriser les coûts. La collecte des données est fondamentale pour construire de nouveaux conseils plus performants. Un sujet sensible, notamment dans le domaine de la santé. Mais là aussi, Innoval tient à rassurer en rappelant son statut coopératif. Les données ne seront utilisées que dans l’intérêt des éleveurs pour améliorer les services.

C’est sans doute dans le domaine sanitaire que la création d’Innoval pose le plus de questions. GDS Bretagne était agréé OVS (organisme à vocation sanitaire) par l’État. Or, cette délégation ne peut être accordée qu’à une entreprise indépendante. Il restera donc une entité autonome issue de GDS Bretagne pour assurer cette mission. Mais sachant que la totalité des salariés passent dans le giron d’Innoval, on peut s’interroger sur la réelle indépendance de l’OVS.

« L’administration a accepté ce montage. L’OVS garde sa propre gouvernance et certains salariés conserveront la délégation avec un engagement d’impartialité », précise Thierry Le Druillennec, ancien président de GDS Bretagne. Il garantit aussi que les données OVS ne seront pas partagées avec Innoval.

Un risque de durcissement de la concurrence

Mais les éleveurs bretons sont très attachés à l’excellence sanitaire qui a fait leur force et qui résulte clairement de l’action des GDS. Ils craignent de la perdre. L’autre conséquence de cette division du GDS est l’apparition d’une ligne claire entre les missions OVS et le reste. Ils seraient nombreux à ne vouloir rester fidèles qu’à la première, d’autant plus que le coût des services de GDS Bretagne est jugé trop élevé. « À nous de leur montrer l’intérêt de conserver l’ensemble des services sanitaires, qui incluent notamment des indemnisations en cas de gros problèmes », lance Thierry Le Druillennec. La création d’Innoval bouscule un ordre établi et suscite bien évidemment des critiques, au-delà des questions sanitaires. Certaines portent sur la liberté des adhérents. Auront-ils vraiment le choix de leurs partenaires ou Innoval fera-t-elle pression sur eux pour qu’ils adoptent au maximum ses propres services ? Patrice Guiguian s’en défend et précise qu’il n’existe pas de lien entre les offres et donc pas d’incitation à en prendre un maximum. L’obligation de travailler avec la coopérative pour les services qu’elle propose figure bel et bien dans les statuts. Certes, elle est généralement peu respectée, mais elle peut servir d’argument.

Les OCL en place sur la zone d’Innoval, tels Eilyps ou Seenergi, sont dans l’expectative. S’ils respectent le projet, ils se tiennent prêts à réagir si la concurrence devient trop agressive. Innoval se veut ouverte à d’autres partenaires mais sa voie ne convainc pas tout le monde. « Notre conseil d’administration a refusé d’entrer dans Innoval il y a trois ans », rappelle Hubert Deléon, directeur d’Eilyps. Pour lui, la génétique ne constitue pas la principale porte d’entrée dans les élevages. Son entreprise a investi dans les compétences et le digital. Elle offre aujourd’hui des services pointus qui lui valent d’être sollicitée par des éleveurs installés au-delà de son fief d’Ille-et-Vilaine.

Seenergi souhaite une relation constructive avec Innoval mais il semble que les conditions ne soient pas aujourd’hui réunies. « Nous sommes dans une logique de partenariats non exclusifs dans le but d’apporter de la plus-value dans les élevages, précise son président, Thierry Ulmer. C’est le sens de notre travail avec Gènes Diffusion. »

La génétique, dominante au sein d’Innoval

La domination d’Évolution dans la nouvelle coopérative interpelle aussi. D’ailleurs, si Innoval parle d’une fusion, la réalité est un peu différente puisque les trois partenaires d’Évolution lui ont apporté leur capital. Ce sont les anciens président et directeur d’Évolution qui prennent les commandes d’Innoval. C’est aussi son siège social qui devient celui de la nouvelle coopérative. Il est vrai que sa localisation près de Rennes (Ille-et-Vilaine) est assez centrale par rapport à la zone. Mais surtout, contrairement au conseil en élevage ou au suivi sanitaire, la génétique se situe clairement dans une logique commerciale. D’où un risque de « dérive libérale » dans des secteurs jusque-là à but non lucratif.

Par ailleurs, l’intérêt d’un regroupement réside aussi dans la réalisation d’économies d’échelle. Face à la réticence des représentants des salariés, Innoval s’est engagé à ne pas effectuer de plan social. Yann Lecointre estime qu’Innoval a besoin de tous ses salariés pour mettre en œuvre le regroupement. « Nos quatre entreprises fondatrices sont saines et disposent d’une trésorerie généreuse », ajoute-t-il. De plus, le turn over actuel conduit à recruter 100 à 120 techniciens de terrain par an. Un niveau suffisant pour donner de la souplesse à la gestion future des effectifs, et faire face à la réduction du nombre d’éleveurs. Ensuite, la simplification et la massification devraient permettre de réduire les coûts. Tous les fournisseurs de services mettent en avant l’agilité et la proximité qu’ils veulent préserver afin d’offrir le meilleur service à leurs adhérents. La dimension d’Innoval pourrait bien constituer un obstacle à cet impératif mais ses dirigeants ont clairement identifié l’enjeu et construisent une organisation pour contourner l’écueil. « Nous mettons en place 80 agences sur le terrain, soit environ une pour 500 adhérents », explique Patrice Guiguian. Chaque adhérent aura son propre référent qui le renverra sur d’autres personnes en fonction de ses demandes. L’objectif est d’apporter à chacun un conseil personnalisé qui pourra être global sur tout le territoire du fait de la diversité des compétences d’Innoval.

La clé du succès dans les mains des éleveurs

La gouvernance s’appuiera sur 300 délégués élus dans les différents territoires, 46 administrateurs et un bureau composé de 14 personnes. Les dirigeants d’Innoval sont confiants dans leur capacité à relever le défi. Il leur faudra d’abord construire leur organisation et celle d’Arcowin, puis convaincre les éleveurs qu’elle permet effectivement de leur apporter un service rentable. Là se trouve la clé du succès. Car les éleveurs n’ont plus les moyens d’entretenir des structures vivant à leurs dépens. Ils ont en revanche besoin de services performants à des prix abordables. Une nouvelle histoire commence dans le monde des services. Souhaitons simplement qu’elle profite aux éleveurs.

pascale le cann
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