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Hausse du prix du lait mais loin de celle des charges

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D’après notre observatoire, le prix du lait sur les huit premiers mois de l’année progresse dans la majorité des cas de + 1 à + 2 %… Loin du + 6 % de l’indice Ipampa.

À quatre mois de la fin de l’année, la question n’est pas de savoir si le prix du lait sera à la hausse, mais quel en sera le niveau. À l’évidence, d’après les tendances lues dans notre observatoire, pas à la hauteur des espoirs des exploitations pour faire face à l’accroissement des charges auquel elles sont confrontées. Depuis la mi-2020, l’Ipampa lait d’Idele, qui mesure les coûts des...
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À quatre mois de la fin de l’année, la question n’est pas de savoir si le prix du lait sera à la hausse, mais quel en sera le niveau. À l’évidence, d’après les tendances lues dans notre observatoire, pas à la hauteur des espoirs des exploitations pour faire face à l’accroissement des charges auquel elles sont confrontées. Depuis la mi-2020, l’Ipampa lait d’Idele, qui mesure les coûts des facteurs de production, ne cesse d’augmenter. Il avait atteint un niveau historique en décembre 2020, à 106,1 (base 100 en 2015). Il a été battu depuis. En juin, dernière statistique Idele connue, il pointait à 111,8 (114,6 pour l’aliment acheté, 117,4 pour l’énergie et les lubrifiants). Sur le premier semestre, l’indice Ipampa lait a augmenté de près de 6,4 % par rapport à la même période l’an dernier avec un coût des aliments achetés en hausse de 12,6 % et du poste énergie-lubrifiants de 9,8 %.

Hausse encore timide de la valorisation du lait sur le marché PGC France

Certes, en face, les trois indicateurs majeurs des marchés qui dictent aujourd’hui le prix du lait ont progressé, mais pas assez pour éviter l’effet ciseaux.

La valorisation beurre-poudre (30 % du prix Lactalis, 10 % du prix A Sodiaal et 100 % de son lait B) qui donne le tempo au marché des ingrédients s’est nettement redressée depuis le début de l’année (+ 72 €, entre le 278,6 €/1 000 l du prix de janvier et le 351 € de celui d’août). Mais le prix du lait allemand (20 % du prix Lactalis, 40 % du prix A Sodiaal), référence de la valorisation des PGC export, a progressé plus lentement (+ 14,8 € entre les prix références de janvier et d’août). Quant à l’indice Insee des prix de vente sortie usine (25 % du prix Lactalis, 40 % du prix A Sodiaal), thermomètre de la valorisation des PGC France, sa hausse apparaît plus laborieuse… Très loin des espoirs nés de la loi Égalim et de l’objectif à atteindre du plan filière d’un prix de revient TPQC de 408 €/1 000 l. L’indice Insee n’a crû que de 8 € entre la moyenne des prix références du T1, à 338,60 €/1 000 l (lait à 38/32), et mai, à 346,7 €, qui a servi à fixer le prix d’août.

Au-delà, l’activation par certains acteurs, comme Lactalis, de la clause de concurrence a joué l’effet d’un plafond de verre pour le prix du lait pratiqué jusqu’à présent. En 2020, ce correctif environnement avait déjà permis à Laval de garder en poche 2,5 €/1 000 l.

Hausse sensible d’Agrial-Eurial et Savencia, à lire dans le temps

À la lumière de notre observatoire, la hausse du prix du lait sur les huit ou neuf premiers mois de 2021 tourne dans la majorité des cas autour de + 1 % (Sodiaal, Laïta-Terrena­, Danone Jura-Bresse, Danone Sud-Est et Nord, Maîtres laitiers du Cotentin, ULM…) à + 2 % (Lactalis, Savencia, Danone Basse-Normandie, Alsace Lait…)

Le + 15 €, à 360,37 € (lait à 42/33, super A, tank en propriété (1)) d’Agrial-Eurial, de janvier à septembre – soit une progression de plus de 4 % –, est à mettre en pers­pective avec la baisse de près de 8 € sur cette période en 2020(/2019). Même constat pour Savencia. La hausse notable de près de 9 €, à 360,5 €, de l’OP Cleps sur les huit premiers mois (+ 2,5 %), n’a pas vraiment fait oublier à ses adhérents le franc recul de plus de 13 € en 2020 (/2019). Rappelons qu’en 2020, Savencia avait tiré le frein à main, après être passé en 2019 pour le bon élève d’Égalim avec son + 19 € sur l’année. Son prix du lait annuel était alors retombé de 15 €, recollant à ceux de Lactalis et Sodiaal (qui, en 2019, n’avaient gagné que + 10 € et en avaient reperdu la moitié en 2020). La hausse moitié moindre observée chez les Savencia FMB GO s’explique par l’accord noué après la médiation engagée par l’OP à la suite du non-respect par l’industriel de sa formule contractuelle. Il avait abouti au versement rétroactif en octobre, novembre et décembre 2020 de 7,51 € sur les volumes livrés aux trois premiers trimestres. S’y ajoutait, sur l’année 2021, le versement d’une prime mensuelle de 4 € : le niveau de la progression constatée sur les huit premiers mois…

Lactalis : hausse limitée sous prétexte du correctif « environnement »

Nul doute que le correctif environnement occupera les discussions du prix au T4 entre Lactalis et ses OP. Sans ce dernier, qui a réduit le prix de base de juin, juillet et août de l’ordre de 5,8 €, ses producteurs auraient vu leur prix sur les huit premiers mois de l’année progresser non pas de 7 €, mais de 9,2 €.

Pour justifier ce coup de rabot, Laval argumente encore et toujours sur le prix payé par ces entreprises concurrentes qu’il a en ligne de mire. Sodiaal ou Laïta en sont. Le fait est que, d’après notre observatoire, de janvier à août, et malgré cet ajustement concurrentiel, les producteurs OPLGO ont été payés en moyenne en Bretagne-Pays de la Loire 357,47 €/1 000 l… 2,44 € de mieux que les Sodiaal, à 355,03 €, et 3,8 € de mieux que les Laïta-Terrena, à 353,7 €. Des leaders de l’industrie, Laïta-Terrena est l’acteur dont le prix du lait progresse le moins sur les huit premiers mois de 2021 par rapport à 2020 : + 1,2 €. Le prix Sodiaal, lui, gagne 3,1 €.

Danone : hausse disparate, + 3,6 à + 6,6 € selon les OP

La hausse qui se dessine chez les acteurs de l’ultra-frais de notre observatoire est aussi assez variable. Sur les huit premiers mois, Danone en Basse-Normandie a payé 6,6 € de plus, à 366,9 €. Mais pour son OP Jura-Bresse, la hausse n’est que de 5,1 €, à 371,7 €, et celle de son OP du Sud-Est de 3,6 €, à 362,7 €. Alsace Lait pointe sur les neuf premiers mois à 6 € de plus, à 360,76 €. Suit, avec un + 4,4 € sur huit mois, une autre coopérative, les Maîtres laitiers du Cotentin, à 366,3 €.

Hausse encore plus disparate chez les fromagers du Grand Est d’après notre observatoire : + 13,7 € chez Ermitage ULV, à 369,45 € de prix moyen mesuré sur huit mois (+ 3,9 %), + 8,6 € chez Mulin, à 369,10 € (+ 2,4 %), mais + 1,4 € pour Milleret sur neuf mois, à 366,50 € (+ 0,4 %).

Pour les deux coopératives de collecte de notre observatoire, la hausse pointée chez Laitnaa de + 6,7 €, à 356,13 € sur neuf mois, est le double de celle vue chez l’ULM : + 3,12 €, à 351,7 € sur huit mois.

Quelles perspectives du marché pour la suite ?

Depuis le début de l’année, les cours des commodités (beurre et poudres) n’ont cessé de grimper, pour atteindre des niveaux de prix élevés au printemps : 4 300 €/t sur le beurre (bien au-delà de 2019), 2 600 €/t pour la poudre (loin des 1 800 €/t post-Covid de 2020). Cette hausse des commodités s’est répercutée sur le prix du lait avec un décalage à partir d’avril (+ 2,2 %) annulant l’effet de la saisonnalité. Une progression du prix qui se confirme logiquement sur les mois suivants. Notons que la valorisation beurre-poudre de juin a atteint 359 €/1 000 l pour un prix du lait (estimé) à 342 €/1 000 l.

Cependant, les cotations ont marqué un fléchissement en juin et juillet. C’est la conséquence d’une production qui a progressé ce printemps dans tous les grands bassins exportateurs (+ 736 Ml en mai), en particulier aux États-Unis, mais aussi en Europe (+ 1,8 % en mai). Et la demande mondiale s’est trouvée ralentie cet été, comparé aux achats importants du début de l’année. Pour autant, il n’y a aucune inquiétude à avoir pour le troisième trimestre, qui est aussi celui du creux de collecte dans l’hémisphère Nord (USA, UE). D’autant que les faibles stocks des commodités à l’échelle européenne soutiennent les cours.

Et pour la fin de l’année et le début de 2022 ? Personne n’imagine aujourd’hui un retournement de la conjoncture. Il existe quand même un élément de fragilité sur ces marchés. C’est la demande mondiale qui tire les prix à la hausse, et la domination de la Chine dans les achats pose question : sur les six premiers mois de l’année, ses importations de poudre ont progressé de 47 % par rapport à 2020, + 21 % pour le beurre. Jusqu’où ira cet appétit à absorber une ressource en lait toujours dynamique ?

Soulignons aussi que cette demande profite davantage aux États-Unis et à l’Océanie qu’à l’Union européenne.

Autre facteur d’importance, les achats chinois de poudre de lait infantile se sont repliés. La crise de la mélamine s’est éloignée et le pays importe de plus en plus de lactosérum pour fabriquer chez lui. Les industriels français qui avaient investi sur ce produit en subiront-ils les conséquences ? Mais la valorisation beurre-poudre n’a qu’une importance partielle dans le mix-produit des collecteurs français, donc dans le calcul du prix du lait. Il est difficile d’évaluer quel pourra être l’impact de la loi Égalim 2. Sur les premiers mois de 2021, les données Insee ne montrent pas de hausse des prix de vente industriels­, sauf pour les fromages. Les prochaines négociations avec les GMS seront essentielles pour le prix du lait à venir. Les tarifs élevés des commodités et de l’aliment du bétail seront-ils des arguments suffisants dans un contexte de guerre des prix qui n’a jamais disparu ?

Jean-Michel Vocoret, Dominique Grémy et Jérôme Pezon

(1) Ce prix du lait figurant dans notre observatoire, pour des taux de 42/33, est un prix maximum atteint. Nous considérons en effet dans notre calcul que le lait livré est de qualité super A chaque mois de l’année ; situation qui est loin d’être le cas partout.

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