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Deuxième tentative de percée sur le lait

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Assurance.Le marché à terme est un dispositif assurantiel qui pourrait intéresser les producteurs de lait B, débouché soumis à une forte volatilité des prix. Exemple : en avril, j’engage 20 % de mon lait B de novembre à un prix fixé par le marché à terme à 320 €. Quand ces 20 % de lait B sont payés, je touche 320 € (moins une commission de 5 €/1 000 l), que le prix du marché réel en novembre soit de 305 € ou de 335 €. © JC Gutner/Gutner archive

La dernière tentative d’installer un marché à terme des produits laitiers avait tourné court. La renaissance de la Bourse EEX en Allemagne le remet au goût du jour.

Les céréaliers vivent depuis longtemps au rythme des marchés à terme. Plus d’un les utilise pour assurer le prix de vente d’une partie de sa récolte à venir et sa marge. Dans le secteur des produits laitiers, les initiatives en ce sens ont pour l’instant toutes tourné court. La première date de 2010 : Eurex, plateforme installée à Francfort, en Allemagne, avait proposé des contrats de beurre...
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Les céréaliers vivent depuis longtemps au rythme des marchés à terme. Plus d’un les utilise pour assurer le prix de vente d’une partie de sa récolte à venir et sa marge. Dans le secteur des produits laitiers, les initiatives en ce sens ont pour l’instant toutes tourné court. La première date de 2010 : Eurex, plateforme installée à Francfort, en Allemagne, avait proposé des contrats de beurre et poudre. Sans grand succès.

Euronext, autre place boursière de la zone euro avait tenté de l’imiter, sans plus de réussite. Voyez dans cet échec un nombre insuffisant de participants, et notamment de laiteries. Les défenseurs du marché à terme disent qu’elles n’ont pas d’intérêt à le voir se développer, ce dernier donnant aux producteurs une visibilité sur le prix du lait sur plusieurs mois.

Options d’achat et de vente de beurre, poudre et lait de consommation

EEX, nouvelle plateforme implantée à Leipzig, en Allemagne, a pris récemment le relais d’Eurex. Cette Bourse, la seule dédiée aux produits laitiers et active de la zone euro, propose des options d’achat ou de vente à terme sur les marchés du beurre et de la poudre de lait, écrémée ou grasse. Et, plus récemment, du lait liquide.

Cette renaissance a pour raison majeure l’effet de la crise de 2016. Pour limiter l’impact de la volatilité sur le prix du lait de leurs sociétaires, plusieurs coopératives allemandes, très impliquées dans les produits industriels, se sont intéressées au dispositif assurantiel qu’est, pour tout dire, le système du marché à terme.

Le lobbying d’INTL FCStone Inc. a également pesé. Ce géant mondial du courtage financier et du conseil a investi, de concert avec Eurex/EEX, dans le développement du marché à terme des produits laitiers depuis sa création. Il a visiblement réussi à convaincre des transformateurs laitiers et des IAA d’être actifs sur cette Bourse, pour y sécuriser une partie de leurs ventes ou leurs achats. « 90 % des volumes traités sur le marché à terme, listés ou de gré à gré, passent par INTL FCStone. En équivalent lait, environ 3 milliards de litres s’échangent par an, et désormais 50 millions de litres de lait ou 2 000 t de beurre trouvent leur contrepartie dans la journée », explique Stefan Nether, responsable du développement France pour INTL FCStone. C’est un début.

L’expérience des coops allemandes inspire Sodiaal pour son lait B

Plusieurs coopératives allemandes travaillent avec EEX : Ammerland, NordSeeMilch­, HochWald et bientôt DMK. Y sont aussi actives l’irlandaise Kerry, et la filiale britannique du privé allemand Müller. La SA belge Solarec (filiale de coopératives) vient de démarrer. « L’engouement pour cette approche se multiplie un peu partout dans l’UE », affirme Stefan Nether. Le fait est que Sodiaal va aussi entrer dans la danse. À l’instar des coops allemandes, il servira d’intermédiaire pour que ses sociétaires accèdent au marché à terme. Il est en effet difficile, pour un producteur seul, de fournir la quantité minimale d’un lot mensuel sur EEX : l’équivalent de 5 t de beurre et 10 t de poudre, soit 110 000 l de lait/mois.

Dès ce printemps, Sodiaal devrait proposer à ses sociétaires de se positionner chaque mois, via une plateforme internet, par rapport à un prix du lait mensuel annoncé à l’avance. Ils pourront y engager une partie du lait B des mois à venir pour un prix indexé sur les marchés beurre-poudre d’EEX… Prix dépendant des offres d’achat faites pour les mois futurs correspondants. On trouve chez EEX des contrats à 12 mois, voire 18 mois.

« L’intérêt majeur pour le producteur est de sécuriser le prix auquel sera payé son lait dans plusieurs mois, cela indépendamment du prix du marché. Il garantit ainsi sa marge », résume Stefan Nether, d’INTL FCStone. Il y a toutefois un préalable, afin de ne pas creuser sa tombe : avoir correctement évalué son prix de revient.

Une fois connus les volumes offerts par ses sociétaires, Sodiaal les informera du volume retenu, directement lié au total des offres d’achat correspondantes enregistrées à la Bourse. Le producteur qui, en avril, aura engagé X % de son lait B de novembre, pourra le mois suivant s’engager pour d’autres mois ou accroître la part d’un mois sur lequel il est déjà positionné. Le volume de lait correspondant au contrat signé devant être livré, Sodiaal, afin d’éviter le cas échéant d’avoir à rogner sur le lait A du mois, mise sur l’information des candidats. Le service ne sera accessible qu’à ceux qui auront suivi la journée de formation prévue. Au moment de prendre une option, une alerte avertira celui qui engagerait un volume B dépassant celui du même mois de l’année précédente. Charge ensuite à lui, en toute responsabilité, de se positionner par rapport au volume proposé.

Un coût de 5 €/1 000 l

Pour sécuriser une part de leur lait B et ainsi lisser la volatilité de la cotation beurre-poudre, il en coûtera aux sociétaires Sodiaal un ticket d’entrée de 150 €. S’y ajoutera une commission de 5 €/1 000 l sur le prix du lait payé, engagés pour les frais de gestion, de finance et de courtage. Ce sont ces frais de courtage (0,70 €/1 000 l) qui servent à rémunérer des sociétés comme INTL FCStone ou des courtiers, entre les laiteries et EEX.

De son côté, l’entreprise aura à gérer le risque des variations de ce qui, dans le jargon des courtiers, se nomme « la base ». Traduisez, l’écart entre le prix sur le marché à terme et celui du marché réel. Au moment du débouclage de la position prise sur le marché à terme, c’est-à-dire la vente sur le marché physique, ces variations de base peuvent se traduire par un gain ou une perte qui peut atteindre 10 à 15 €/1 000 l .

Une possibilité ouverte aux OP commerciales

Les organisations de producteurs ont-elles la possibilité d’offrir ce service à leurs adhérents ? « Oui, mais à la condition expresse d’avoir le statut d’OP commerciale, les volumes de lait engagés devant être la propriété de celui qui les propose sur le marché à terme », explique Stefan Nether. Pour contourner l’obstacle, une OP non commerciale peut en revanche créer une SAS. C’est ce qu’à fait l’OP Danone dans le Nord, pour effectuer un test via un courtier sur EEX. Cette première n’a pas été à la hauteur des attentes, et l’option marché à terme a été mise pour l’instant en stand-by pour les adhérents de l’OP.

Si les laiteries ont bien la possibilité de travailler en direct avec la Bourse, il leur faut pour cela obtenir un agrément en tant qu’acteur financier… Un choix qui peut se révéler très coûteux. Dans ce cas également, les options qu’elles prennent pour leurs producteurs sont limitées aux seules offres d’achat faites sur la Bourse. Avec un courtier comme intermédiaire, s’y ajoutent tous ses clients travaillant avec des contrats de gré à gré. Le panel d’acheteurs est donc potentiellement plus vaste ; un détail d’importance, quand on travaille avec une Bourse qui démarre, comme EEX. Elle doit encore grossir pour faire sa place, gagner en crédibilité et refléter le marché physique, bien distinct mais relié. Il faudra pour cela qu’il y ait suffisamment d’acteurs côté offre comme côté demande… Ce qui avait manqué par le passé.

Jean-Michel Vocoret
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