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« L’autonomie prend tout son sens avec le réchauffement climatique »

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Benoît © j.p.

Système. Dans un contexte séchant, face au choix de l’agrandissement, Benoît et Vincent Dechaux ont préféré celui d’une conduite économe pour viabiliser leur installation avec moins de 500 000 litres de lait en système AOP brie de Meaux.

Benoît et Vincent Dechaux reprennent l’exploitation familiale respectivement en 2008 et 2013, après une expérience de conseiller bâtiment et de conseiller de gestion, un poste que Vincent occupe toujours aujourd’hui à mi-temps. Pour sécuriser leur revenu, les deux frères vont développer l’atelier lait et une conduite d’élevage économe, au lieu de miser sur l’agrandissement. « C&rsquo...
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Benoît et Vincent Dechaux reprennent l’exploitation familiale respectivement en 2008 et 2013, après une expérience de conseiller bâtiment et de conseiller de gestion, un poste que Vincent occupe toujours aujourd’hui à mi-temps. Pour sécuriser leur revenu, les deux frères vont développer l’atelier lait et une conduite d’élevage économe, au lieu de miser sur l’agrandissement. « C’était déjà la philosophie de notre père, indique Vincent. L’agrandissement n’est pas une garantie de rentabilité. Notre objectif est d’optimiser l’outil existant, avec un système d’exploitation moins gourmand en main-d’œuvre qui me permet de conserver une activité extérieure. »

Sur la base d’un chargement de 1,2 UGB/ha, ils vont bâtir un système autonome, à travers une augmentation des surfaces en herbe au détriment des céréales et la culture de méteils. Résultat : 100 % d’autonomie fourragère, 95 % d’autonomie énergétique et 83 % d’autonomie protéique. Un choix stratégique conforme au cahier des charges du brie de Meaux et qui se révèle aujourd’hui plus résilient face aux aléas climatiques.

Maximiser le pâturage avant le coup de sec

Située sur le plateau du Barrois (Haute-Marne), l’exploitation repose sur des sols argilo-calcaires plus ou moins superficiels. La SAU est composée à 70 % d’herbe, dont 50 % de prairies temporaires multi-espèces. Les céréales­, implantées en semis direct depuis dix ans, représentent 65 % des concentrés utilisés (environ 50 tonnes de blé vendu/an). Malgré de longues périodes de sécheresses estivales, l’herbe pâturée pèse 37 % de la matière sèche ingérée par le troupeau. Le pâturage tournant dynamique, auquel les éleveurs se sont formés dans le cadre d’un GIEE, permet de valoriser au maximum la pousse d’herbe du printemps sur 24 ha de prairies temporaires accessibles depuis la stabulation (36 ares/vache) : après un déprimage rapide de toute la surface (30 à 35 jours) en sortie d’hiver, les 56 vaches traites en moyenne disposent de 21 paddocks de 1 à 1,3 ha. La surface débrayée pour la fauche dépend de l’intensité de la pousse d’herbe du printemps, mais aussi de la capacité à sortir les vaches tôt en saison. Pendant cette période de plein pâturage, seules les plus fortes productrices sont complétées : au-dessus de 25 kg de lait pour les primipares et de 33 kg pour les multipares, soit 900 g de blé et 250 à 300 g de tourteau de soja. Cette pratique permet de maîtriser le coût alimentaire entre 40 et 50 €/1000 litres. La période est plus ou moins longue selon les conditions météo : en 2018, le 100 % pâturage s’est étalé du 15 avril au 15 juillet ; un an plus tard, il n’y avait déjà plus d’herbe dès la mi-juin. « Il faut savoir s’adapter, souligne Benoît. Le temps de repousse entre chaque passage au printemps varie de 15 à plus de 30 jours, comme cette année. Nous utilisons toujours l’herbomètre, pour estimer la surface quotidienne à pâturer en fonction de la matière sèche disponible dans le paddock avec, comme repère, 250 kg de MS/cm au-dessus de 5 cm d’herbe. »

Des méteils riches en protéagineux sécurisent le bilan fourrager

En été, la complémentation est indispensable. Un silo de maïs de report est alors ouvert : 10 kg de maïs + 4 à 5 kg de foin de luzerne sont distribués. « Généralement, les pluies de fin d’été permettent de faire un nouveau cycle de pâturage en complément de la ration à l’auge jusqu’à mi-octobre. Au-delà, les sols argileux deviennent trop humides et il ne faut pas prendre le risque de pénaliser la campagne suivante. » La ration hivernale comprend 8 kg de MS de maïs ensilage, 1 à 2 kg de foin et 4 à 5 kg de méteil ou d’herbe enrubannée. « Dans nos sols superficiels, le stock fourrager ne peut dépendre uniquement du maïs ensilage, dont les rendements de plus en plus aléatoires n’excèdent pas 6 t de MS/ha depuis deux ans. » Au total, une trentaine d’hectares d’herbe sont enrubannés en première coupe.

La réalisation de deuxièmes coupes de foin devient de plus en plus aléatoire, sauf dans les prairies temporaires avec 50 % de luzerne qui autorisent jusqu’à trois coupes. Afin de sécuriser le bilan fourrager, 4 ha de méteils sont implantés à l’automne en semis direct et fauchés au mois de mai à un stade précoce (floraison des protéagineux), avec un rendement de 4 à 7 t de MS/ha. L’objectif est de récolter en brins courts (Rotocut) un fourrage équilibré en azote et en énergie, avec des mélanges prêts à semer riches en protéagineux (80 % à la récolte). Par exemple, 180 kg/ha d’un mélange composé de 5,5 % d’avoine blanche et noire, 39 % de féverole, 22 % de pois, 11 % de vesce, 5,5 % de seigle, 17 % de triticale. Dans la rotation, le méteil précède le semis d’une prairie, « car la double culture méteil-maïs est risquée sous [ces] conditions pédoclimatiques ». À noter que 1 ha de mélange céréalier est battu en grain pour la complémentation des veaux.

Baisse du chargement et croisement 3 voies pour réduire les besoins

La génétique est un autre levier actionné pour bâtir un système plus résilient. Depuis 2006, les éleveurs inséminent selon le principe du croisement Procross : holstein x montbéliarde x rouge suédoise. Un moyen de limiter les besoins énergétiques et le niveau d’ingestion, comparé à un troupeau holstein. Les études menées à l’université du Minnesota, aux États-Unis, ont en effet démontré que ces vaches croisées produisent autant de matière utile, avec une moindre ingestion (-6,3 %). Autres intérêts du croisement : une amélioration de la fécondité, une baisse de la mortalité et une plus grande résistance aux maladies (voir L’Éleveur laitier n° 305) qui concourent à améliorer la longévité et donc à limiter le besoin de renouvellement. Partis pour conserver 30 % de vaches holsteins « pour faire du lait », les éleveurs­ évoluent vers le tout-croisement au fil des réformes. « Nous en sommes à la deuxième génération de croisées, des vaches à 3,15 lactations de moyenne. Cette capacité à mieux vieillir permet de ne plus subir les réformes et d’élever moins de génisses (20,9 % de primipares), contribuant ainsi à maintenir un niveau de production entre 7 500 et 8 000 litres et à réaliser notre droit à produire avec 56 vaches traites pour 62 places en stabulation (469 644 litres livrés en 2019-2020). » En revanche, la vente de génisses croisées n’apportant pas de plus-value, les éleveurs font également 40 % de croisement viande. Sur la ferme, les génisses sont aussi conduite en pâturage tournant. Elles vêlent en moyenne à 27 mois, principalement en fin d’hiver et au printemps pour se caler sur la qualité de l’herbe, ce qui implique une légère saisonnalité des livraisons de lait.

Continuer d’améliorer les performances de l’existant

Ces orientations techniques se traduisent par une très bonne maîtrise du coût alimentaire (80 €/1000 l). « Ces résultats technico-économiques valident les choix des éleveurs au moment de leur installation, souligne Daniel Coueffe, conseiller à la chambre d’agriculture (voir infographie page précédente) : au lieu de chercher à s’agrandir, améliorer les performances de l’existant en vue de dégager assez de revenu pour deux. » Ils ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin et ont encore d’autres projets pour augmenter les performances de leur système face à des aléas climatiques qui deviennent récurrents : réduire la part de maïs ensilage dans l’assolement, ou aller vers une récolte de grain humide très complémentaire de l’herbe, semer les prairies sous couvert de méteil à l’automne ou encore développer le recours aux médecines alternatives.

jérôme pezon
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