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« SÉCURISER LE REVENU EN TRAVAILLANT SUR LE MARCHÉ À TERME »

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Damien Thiéblemont (à droite) s'est installé dans le Gaec familial en 1999, Franck, son frère, en 2003. Bernadette, leur mère, est toujours associée et Jean-Paul, leur père, à la retraite active depuis trois ans.© JEAN-MICHEL VOCORET

À l'instar de ce qu'il fait avec son blé, le Gaec de Savry rêve d'un marché à terme ouvert au lait. Objectif : se garantir un prix de vente minimum tout en gardant un intéressement à la hausse.

CE N'EST PAS EN ROGNANT ENCORE SUR LES CHARGES OPÉRATIONNELLLES que le Gaec de Savry pense vivre avec la volatilité des cours. Sur ce terrain, l'essentiel est déjà fait pour cette exploitation de polyculture-élevage engagée de longue date dans les économies d'intrants. En 2008-2009, elle tournait à 41 % d'EBE sur un chiffre d'affaires de 600 000 €. « Pour le désherbage, nous passons sur le maïs au tiers du minimum autorisé...
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CE N'EST PAS EN ROGNANT ENCORE SUR LES CHARGES OPÉRATIONNELLLES que le Gaec de Savry pense vivre avec la volatilité des cours. Sur ce terrain, l'essentiel est déjà fait pour cette exploitation de polyculture-élevage engagée de longue date dans les économies d'intrants. En 2008-2009, elle tournait à 41 % d'EBE sur un chiffre d'affaires de 600 000 €. « Pour le désherbage, nous passons sur le maïs au tiers du minimum autorisé, parfois même juste avec un binage. Sur les autres cultures, nous sommes allés aussi loin avant de revenir à 70-80 % voire, dans certains cas, à la dose, les champs se salissant trop. En fongicides et insecticides, nous traitons au tiers de la dose depuis au moins cinq ans », précise Damien Thiéblemont. Le Gaec a su aussi tirer parti de la complémentarité de ses productions animales et végétales. La mise aux normes réalisée dès 1997 a été l'occasion de mieux valoriser les fumiers.

Le Gaec n'en manque pas avec ses 95 vaches laitières en logettes paillées, ses génisses et ses jeunes bovins conduits sur paille. Avec la rotation choisie sur cinq ans et l'apport de fumier devant le colza ou le maïs, toutes les parcelles même éloignées reçoivent 25 t/ha tous les deux à trois ans… une économie sur les engrais de fond estimée à 90 €/ha sur 350 ha de culture. Pas d'achat d'UF non plus pour les bovins, les 140 ha de blé et les 80 ha d'orge les fournissent. Ainsi, le kilo de céréales quotidien distribué aux vaches se compose de déchets de blé ou d'orge triés au moment du stockage. Le Gaec en produit 130 t/an. Difficile en revanche pour les Thiéblemont de s'affranchir du maïs-ensilage distribué à volonté et de l'achat de complémentaire azoté qui va avec. « Impossible ici de pâturer. Trop séchant. Nous n'avons que quinze jours d'herbe par an. Nous avons aussi renoncé à l'ensilage d'herbe pour les laitières à cause des problèmes de butyriques liés aux dégâts de sangliers », note Franck. Ce n'est pas pour rien que toutes les cultures en bordure de bois sont protégées par des clôtures électriques.

« Nous avons bien essayé le lupin, source d'azote extra pour les laitières, mais abandonné au bout de trois ans. Impossible d'en maîtriser la culture », rajoute Damien. Et la luzerne ? « Pas évident de l'introduire dans notre assolement. » Pour limiter la facture de complémentaire azoté, le Gaec n'a que la solution de travailler avec ce qu'il y a de plus économique : du tourteau de colza en l'occurrence, cela depuis dix ans, acheté par contrat deux à trois fois par an et livré par semi-remorque toutes les six semaines. Les laitières à 9 500 kg de lait en reçoivent 5,5 kg/jour, qui s'ajoutent à 1 kg de céréales. Achat à l'avance aussi, mais en une fois à la morte-saison, pour l'azote liquide ou l'ammonitrate.

« Cette stratégie est globalement payante, mais n'empêche pas les ratés, explique Franck. En 2007, nous avons travaillé avec du tourteau acheté à 120-130 quand il valait 220-230 €. Dans la foulée, nous en avons acheté à 240 et les cours sont redescendus à 180 €. »

UN COUP DE TRÉSORERIE INTELLIGEMMENT GÉRÉ

À défaut de pouvoir encore serrer les boulons des charges, le Gaec met beaucoup d'espoir dans l'utilisation de l'outil marché à terme pratiqué depuis deux ans. Et plus précisément des options (Call ou Put) qui permettent, sur le blé, de se fixer un prix plancher, tout en gardant un intéressement à la hausse ou en s'assurant contre une baisse. Ici, le coût de production hors revenu est estimé à 115-120 €/t sur le blé et autour de 200 €/1 000 l pour le lait (le bâtiment VL amorti depuis 2004). « Cela nous intéresserait d'avoir le même type d'outil adapté à la production laitière », expliquent les deux frères. Car, si au cours de l'exercice clos en mars dernier, le Gaec n'a pas eu besoin d'un prêt à court terme, c'est en grande partie grâce au coup réalisé en 2008 et intelligemment géré. Conseillé par ODA (Offre et demande agricoles), le Gaec vend sa moisson 2007 à 220 €/t avec un Call. L'option à la hausse se réalise et le Gaec la débloque début 2008 à 266 €/t. Résultat : une marge de 40 €/t (les 6 €/t du Call déduits) sur 140 ha de blé. Le Gaec ne change pas pour autant sa stratégie de renouvellement. Pas de prélèvements privés exceptionnels non plus. La manne de trésorerie est placée.

Le choix s'avère judicieux. Pris dans l'euphorie 2008 des cours du blé, le Gaec ne suit pas, cette fois, le conseil de vendre avant la moisson à 220 €/t avec une option à la baisse (Put). Ils se contentent de le faire sur un quart de leur blé. Résultat : une marge de 30 €/t, mais seulement sur 35 ha avec une vente finale à 160 au lieu de 136 €/t. Le reste du blé restera stocké jusqu'au début 2010, financé par l'excédent de trésorerie 2007-2008. C'est ainsi que le Gaec a quasiment vendu deux moissons sur 2009-2010. Cela lui a permis de ne pas souscrire de court terme, notamment pour payer les annuités de ses deux derniers gros investissements : une unité de stockage de céréales en 2006 (32 000 €/an jusqu'en 2011) et une moissonneuse en 2009 (3 487 €/mois sur trois ans).

« Les options sur le marché à terme ne sont pas un outil pour spéculer. C'est une assurance pour le revenu, un moyen de lisser les baisses », insiste Franck. Pour se prémunir contre la volatilité des cours, le Gaec mise aussi sur un revenu hors agriculture. Réactif, il a saisi au bond la balle du photovoltaïque sur la base avantageuse de la convention de 2003. Le projet en cours de réalisation table sur 1 662 m2 de panneaux : 1 010 m2 sur un nouveau bâtiment de stockage de paille (20 x 60 m) et 650 m2 sur la stabulation VL datant de 1996. Investissement total géré par une SARL créée pour l'occasion : 1,185 M€ financés à 100 % par l'emprunt (sur treize ans à 3,75 %) sans aides.

Avec les anciens tarifs (0,60 €/ kWh), ce projet dégagera une trésorerie positive à partir de la quatorzième année et un cumul de 535 000 € sur vingt ans… De quoi encaisser quelques coups durs du marché.

JEAN-MICHEL VOCORET
La toiture au sud de la stabulation des laitières sera équipée de 650 m2 de panneaux solaires. S'y ajouteront 1 010 m2 sur le bâtiment de stockage de paille en construction.
Chaque investissement est judicieusement amorti au maximum. Ainsi, il n'y a pas de tracteur attelé à demeure à la mélangeuse. Ce dernier intervient aussi dans les champs quand c'est nécessaire.
En 2006, le Gaec a investi 285 000 € dans un bâtiment de stockage et un pont-bascule. Sans l'autoconstruction, ce coût aurait été multiplié par trois. Le Gaec peut stocker dans ses cinq cellules 150 % de sa moisson.
L'EXPLOITATION

- À Bouzancourt (au nord de la Haute-Marne)

- Gaec à 5 UTH, dont 2,5 salariés

- 380 ha de SAU, dont 140 ha de blé, 80 ha d'orge d'hiver, 80 ha de colza, 55 ha de maïs (40 ha ensilés) et 25 ha de prairies naturelles

- 920 000 l de quota

- 95 prim'holsteins à 9 500 kg de lait en ration maïs toute l'année

- Élevage et vêlage de toutes les génisses

- Engraissement en jeunes bovins de tous les veaux mâles nés sur l'exploitation et, depuis cette année, de 75 veaux achetés.

COMMENT VOYEZ-VOUS LA SUPPRESSION DES QUOTAS SUR VOTRE EXPLOITATION ?

« Pas question d'arrêter le lait. Tout simplement parce que sans la complémentarité élevage et cultures, nous ne dégagerions pas autant de revenu. Notre bâtiment VL est amorti depuis six ans et nous sommes prêts à réinvestir. Nous saurons être réactifs mais, pour l'heure, nous sommes dans l'attente. Tout dépendra des besoins exprimés par les laiteries. Il y a dix ans, nous étions attractifs avec 300 000 l de quota. Aujourd'hui, avec 920 000 l, nous nous demandons si, demain, l'industrie sera toujours intéressée pour nous collecter. Livreur chez Entremont, nous voyons d'un bon oeil le projet de reprise par le groupe coopératif Sodiaal. Même si prendre des parts sociales demandera un effort conséquent, c'est une certaine garantie de pérenniser le lait à long terme sur l'exploitation. »

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