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Dossier. Osez acidifier vraiment la ration pour franchir un cap

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Pilotage. Dans l’Orne, Elvup propose un kit d’analyse destiné au protocole de suivi. Il permet de réaliser deux mesures en toute autonomie : le pH urinaire et le taux de calcium sanguin. © Elvup

Le passage d’une acidification partielle à une acidification totale de la ration de préparation au vêlage est une voie d’optimisation du démarrage en lactation des vaches hautes productrices. Sous réserve d’un protocole de suivi rigoureux.

Il est désormais largement acquis que les trois semaines qui précèdent la mise-bas et les trois semaines suivantes sont des étapes clés de la conduite du troupeau. À cette période, le statut calcique des vaches laitières est déterminant. C’est pourquoi, parmi les mesures de pilotage du péripartum, l’acidification partielle ou totale de la ration des vaches taries durant la phase de préparation au vê...
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Il est désormais largement acquis que les trois semaines qui précèdent la mise-bas et les trois semaines suivantes sont des étapes clés de la conduite du troupeau. À cette période, le statut calcique des vaches laitières est déterminant. C’est pourquoi, parmi les mesures de pilotage du péripartum, l’acidification partielle ou totale de la ration des vaches taries durant la phase de préparation au vêlage est une voie d’optimisation du début de lactation.

« Il s’agit d’un moyen de prévention de l’hypocalcémie et, indirectement, de l’ensemble des pathologies du post-partum. Un enjeu essentiel lorsque l’on cherche à atteindre de hauts niveaux de production », souligne Jean-Louis Hérin, consultant indépendant en nutrition des ruminants (Hérin nutrition).

Une Baca négative stimule la disponibilité du calcium

L’intérêt premier de cette acidification est la prévention des fièvres de lait, ou hypocalcémie, un trouble métabolique lié à un faible niveau de calcium sanguin. En début de lactation, l’hypocalcémie subclinique concernerait 20 à 25 % des animaux et plus de 40 % des multipares. Elle est à l’origine de troubles post-vêlages ayant un impact sur la reproduction : vêlages difficiles, rétentions placentaires, métrites…

Classiquement, la prévention repose sur un déficit nutritionnel en calcium lors de la préparation au vêlage (< 50 g/jour), afin de stimuler la mobilisation du calcium osseux. Mais depuis quelques années, une autre stratégie se développe. Elle consiste à miser sur une ration à Baca (bilan alimentaire cations-anions) négative, ce qui a pour conséquence une acidification sanguine. L’organisme mobilise alors son calcium corporel pour rééquilibrer le pH grâce à une parathormone (PTH). Ainsi, pendant trois semaines, on incite l’animal à puiser dans son calcium pour être capable de répondre à la forte demande de l’organisme au moment du vêlage.« Cette mobilisation du calcium corporel, dont une partie est évacuée dans les urines, doit impérativement être compensée par un apport complémentaire de calcium dans la ration. Mais attention, cet apport de calcium à des vaches taries n’est valable qu’avec une ration à Baca négative, au risque d’une multiplication des fièvres de lait dans le troupeau », prévient Emmanuel Pichon, vétérinaire à la clinique des Alouettes (Maine-et-Loire). Les bénéfices attendus portent sur une amélioration du tonus musculaire, pour des vêlages rapides, une bonne délivrance et une meilleure expression du pic de lactation.

Objectif : un pH urinaire inférieur à 6,5 en acidification totale

Pour rappel, la Baca est l’équilibre sanguin acido-basique et se calcule selon le rapport (Na + K) – (Cl + S) exprimé en milliéquivalent ou meq/kg de MS. L’excès de cations (Na et K) par rapport aux anions (Cl et S) serait le premier responsable de l’apparition des fièvres de lait. Pendant le tarissement, l’obtention d’une ration à faible Baca passe d’abord par le choix des fourrages. L’ensilage de maïs (+133 meq/kg), la paille (+177 meq) ou le colza (-54 meq) ont des Baca limitées. Il faut en revanche restreindre l’emploi d’aliments riches en potassium tels que l’herbe jeune, les regains, la luzerne… Le chlorure de magnésium, sur une base de 100 grammes par vache par jour, est intéressant et de plus en plus utilisé, voire directement incorporé à la formule minérale. À travers leur utilisation, il s’agit notamment de prévenir les non-délivrances. Mais ces minéraux à Baca négative ne sont pas suffisants pour aller vers une acidification totale de la ration.

Selon les objectifs de l’éleveur, deux stratégies sont en effet possibles : l’acidification partielle ou l’acidification totale. La première correspond à un bilan Baca de la ration entre -20 et + 50 meq/kg de MS.

« C’est une stratégie pertinente dans la prévention des non-délivrances et des fièvres de lait, si tout est bien géré par ailleurs, c’est-à-dire l’accès à l’auge et à l’eau, le confort de couchage, l’absence de tri à l’auge…, explique Jean-Louis Hérin. Mais si l’on cherche à associer des performances élevées et le sanitaire, on visera alors l’acidification totale et un bilan Baca de -100 à -150 meq/kg de MS. »Réduire fortement la Baca se fait alors en apportant des sels anioniques : des sulfates ou des chlorures (de magnésium, de calcium ou d’ammonium). Le nutritionniste recommande d’y aller par palier, en passant d’abord par une phase d’acidification partielle.« C’est une technique plus compliquée qu’il n’y paraît et qui ne doit pas être mise entre toutes les mains. Elle requiert d’abord une ration équilibrée, la plus régulière et la plus homogène possible. Mais aussi la mise en place d’un protocole de suivi rigoureux qui repose sur la mesure du pH urinaire, corrélé au Baca de la ration. » L’objectif : un pH inférieur à 6,5, idéalement entre 5,5 et 6,5 en acidification totale, contre plus de 7 en acidification partielle.

Une ration la plus homogène possible pour éviter le tri

Les chlorures sont des acidifiants très puissants (-16 000 meq) utilisés pour réduire la Baca à des niveaux entre - 100 meq et -150 meq. Plus la quantité de sels anioniques distribuée est grande, plus la ration est acidifiée, plus la PTH est active et plus la calcémie sanguine sera haute au moment du vêlage. Toute la difficulté est de faire consommer aux animaux des quantités importantes de solutions nutritionnelles très inappétentes. C’est pourquoi la ration doit être homogène pour éviter autant que possible le tri à l’auge. Le hachage fin des fibres (paille) est à ce titre un prérequis, qui contribue par ailleurs à renforcer l’ingestion. Selon les situations, des quantités importantes de sels anioniques peuvent néanmoins poser un vrai problème de baisse de l’ingestion et donc un risque métabolique en début de lactation. Aussi, lorsque les dosages atteignent ou dépassent les 400 g/vache/jour, des formules commerciales enrichies avec des supports appétents, telles que Animate (Phybro) ou Bio-Chlor (Arm & Hammer), permettent d’augmenter les quantités distribuées, tout en évitant le tri avec un produit clé en main (voir pages 36 à 38). La mesure régulière du pH urinaire est un point de contrôle nécessaire pour ajuster les dosages. Un excès d’acidification sanguine pourrait en effet aller jusqu’à la décalcification. Cette mesure se fait l’après-midi, cinq ou six heures après la ration du matin, au moins une fois par semaine, voire davantage. « Il ne faut pas tomber dans la routine et renforcer les contrôles dès que l’on change un ingrédient de la ration. Par exemple, une paille issue d’une culture ayant reçu beaucoup de lisier peut avoir des teneurs en potassium élevées et modifier les équilibres. Gare également à la qualité du matériel : les bandelettes de papier pH sont périssables si elles ne sont pas conservées à l’abri de l’humidité et de l’ammoniac. »

L’acidification implique une complémentation en calcium et magnésium

Une forte acidification sanguine exige donc un apport de calcium dans la ration, 120 à 180 g/vache/jour. Cela d’autant plus qu’en stimulant le démarrage en lait, on accentue le déficit de calcium. L’insuffisance des apports de calcium est d’ailleurs la principale cause d’échec de cette pratique.

« Viser 1 à 1,5 % de calcium/kg de MSI de la ration, rappelle Emmanuel Pichon. Pendant cette phase de trois semaines de préparation au vêlage, il faut aussi veiller aux apports de magnésium, soit 0,35 % de la ration. » Le recours à des produits comme les chlorures de magnésium ou de calcium contribue à cette complémentation. La mesure du calcium sanguin lors des trois premiers jours suivant le vêlage via une prise de sang est un autre point de contrôle des bonnes pratiques : il doit être supérieur à 0,86 g/l. Cet apport de calcium contribue à l’immunité de la vache qui la transmettra à son veau à travers le colostrum.

Enfin, la performance optimale des vaches en acidification totale ne sera obtenue que si tous les autres éléments sont pris en compte : les apports recommandés en microéléments, en particulier le sélénium et la vitamine E, mais aussi l’équilibre de la ration. Le praticien insiste notamment sur la complémentation azotée et recommande une teneur minimale de 14 % de MAT/kg de MS. « Le veau à naître est un gros consommateur d’acides aminés et donc de protéines circulant dans le sang maternel. Avec des teneurs en calcium et en protéines élevées, le nouveau-né sera plus dynamique et le colostrum de meilleure qualité, ce qui contribuera à renforcer son immunité. » Le contrôle de la qualité du colostrum est donc un autre point de vigilance dans les bonnes pratiques d’acidification. Citons également la mesure des corps cétoniques pendant les trente premiers jours suivant le vêlage.

jérôme pezon
L’avis de…
« La prévention la plus efficace contre les fièvres de lait » L’avis de… Yann Martinot, directeur technique chez Elvup

« La prévention des fièvres de lait repose sur deux approches : soit, classiquement, apporter très peu de calcium au tarissement pour inciter la vache à mobiliser son calcium osseux, soit acidifier la ration tout en apportant un complément de calcium. Cette dernière apparaît non seulement la plus pratique, mais aussi la plus efficace comme moyen de prévention contre les fièvres de lait. Mais elle n’est pas sans risques : physiologiquement, la vache est en effet programmée pour fonctionner avec une Baca positive. Il a été démontré qu’une trop forte acidification génère plus de problèmes de santé après la mise-bas. Chez les primipares, par exemple, l’excès de sels anioniques augmente le risque d’œdèmes.

C’est pourquoi, dans un esprit de pilotage du troupeau, encore insuffisamment développé chez nous, contrairement aux grands troupeaux d’Amérique du Nord, des examens de contrôle doivent être mis en œuvre.

Mesure du pH urinaire : ne pas descendre en dessous de 5,5, idéalement­ viser 6, pendant trois semaines au maximum.

Contrôle de l’ingestion : les sels anioniques ont une forte amertume, ils sont difficiles à faire consommer aux animaux. Aussi, dès que les quantités apportées deviennent importantes, il faut impérativement contrôler l’ingestion (12 kg de MS au minimum pour des multipares).

Complémentation en calcium : dès que le pH urinaire est inférieur à 6,5, il faut apporter du calcium, 150 g pour 12 kg de MSI (120 à 180 g/vache/jour). Mais surtout pas d’apport de calcium, sans baisse de pH, au risque d’une multiplication des fièvres de lait. L’hormone de mobilisation du calcium osseux est aussi dépendante du magnésium, il faut ainsi un minimum de magnésium (> 4 g/kg de MS et un rapport Ca/Mg inférieur à 3).

Dans les trois quarts des élevages adhérents où les performances sont au rendez-vous, l’acidification des vaches en préparation vêlage est désormais mise en œuvre. Elle n’est parfois pas suffisante : chez des hautes productrices, un apport de calcium pendant les vingt-quatre heures suivant le vêlage peut être nécessaire.

On misera sur des formes acides plus assimilables (propionate, acétate), en solution buvable ou en bolus (un premier au moment du vêlage, suivi d’un second à douze heures d’intervalle). Cet apport peut être systématisé pour les 3e et 4e lactations et générer un gain de 2 à 3 litres de lait en début de lactation qui n’est pas négligeable. »

l’avis de…
« Éleveur impatient : s’abstenir !  » l’avis de… Germain Néré, consultant nutrition Seenovia

« La forte acidification de la ration des taries est une pratique pertinente pour prévenir les pathologies post-partum et optimiser le démarrage en lactation. Mais elle ne doit pas être systématisée : elle s’adresse à des producteurs ayant des objectifs de production élevés, en système de croisière, et prêts à suivre un protocole qui demande du temps et de la précision. C’est un peu la cerise sur le gâteau pour qui souhaite franchir un cap dans l’expression du potentiel de son troupeau. En revanche, elle ne se justifie pas, ou n’est pas prioritaire, pour des niveaux de production plus modestes, ou chez des éleveurs qui reconnaissent ne pas avoir assez de temps à y consacrer.

Le préalable : une ration finement­ calée à l’aide d‘analyses­ de fourrages prévoyant au moins leur profil minéral, en plus des valeurs alimentaires classiques. Car il s’agit en parallèle de respecter les apports de macro-éléments. Cette pratique appelle aussi une ration de début de lactation calée précisément pour des vaches qui démarrent à plus de 50 litres de lait, afin d’éviter des carences­ pouvant entraîner des problèmes métaboliques, la dégradation de la reproduction et, au final, une baisse de production. C’est pourquoi je recommande de se faire accom­pagner par un intervenant ayant du recul sur cette pratique. Car il est important de prendre la dimension de tout ce qu’il faut maîtriser et du temps à y consacrer.

Éleveur impatient : s’abstenir de mettre en place ce type de programme ! »

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