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Dossier. Des bienfaits qui se méritent

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De multiples stratégies permettent de faire pâturer les vaches traites au robot tout en maintenant un haut niveau de production. Cela exige beaucoup de doigté, et de temps. Un dossier de Pascale Le Cann

Les bonnes raisons de conserver le pâturage quand on passe en traite robotisée ne manquent pas. Mais il est souvent bien plus simple d’y renoncer ! Consultant robot et nutrition chez Eilyps, Jean-Pierre Viel observe qu’en dépit de leurs intentions de départ, bon nombre d’éleveurs valorisent moins d’herbe pâturée cinq ans après l’installation d’un robot de traite.
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Les bonnes raisons de conserver le pâturage quand on passe en traite robotisée ne manquent pas. Mais il est souvent bien plus simple d’y renoncer ! Consultant robot et nutrition chez Eilyps, Jean-Pierre Viel observe qu’en dépit de leurs intentions de départ, bon nombre d’éleveurs valorisent moins d’herbe pâturée cinq ans après l’installation d’un robot de traite.

Aujourd’hui en Ille-et-Vilaine, 70 % des éleveurs investissant dans une nouvelle installation de traite choisissent un robot. On peut donc prévoir un recul du pâturage au moment où les attentes sociétales se concentrent sur son maintien. Cependant, cette tendance varie avec la taille du troupeau. Avec 150 vaches, il devient objectivement difficile de faire consommer un gros volume d’herbe pâturée. Car il faut forcément accéder à des parcelles distantes de plus d’un kilomètre du bâtiment. Cela implique d’investir dans des chemins adaptés, mais surtout, la fréquentation du robot se trouve pénalisée. Or, l’investissement dans un robot coûte cher et son amortissement implique de livrer beaucoup de lait, de préférence en saturant les stalles. Un objectif difficile à concilier avec le pâturage qui réduit forcément le temps de présence dans le bâtiment. De plus, le manque de main-d’œuvre constitue une motivation importante dans le choix de cet équipement. Les éleveurs concernés manquent donc de temps pour gérer le pâturage. Enfermer les vaches et leur fournir une ration identique toute l’année permet à la fois de simplifier le travail et de sécuriser la production.

Malgré tout, un certain nombre d’éleveurs réussissent à valoriser de l’herbe pâturée en quantité importante avec un robot de traite. Certains disposent d’une surface accessible conséquente et veulent conserver cette pratique pour réduire le coût alimentaire. D’autres n’imaginent pas de priver leurs vaches d’un accès aux prairies, pour leur bien-être.

Quelques-uns sont convaincus que cette pratique deviendra obligatoire à terme. Pas question, donc, de s’en détourner. Ils doivent jongler avec les temps de sortie pour garantir la fréquentation du robot et assurer la production. Il leur faut aussi réfléchir au rythme de distribution de la ration pour pousser les vaches à consommer l’herbe. Et bien sûr, ils doivent gérer le pâturage afin de fournir une herbe de bonne qualité. Car si la production décroche au printemps, cela demande beaucoup de temps, et de concentrés, pour remonter la pente. Les bénéfices économiques du pâturage disparaissent.

Faire consommer un maximum d’herbe en un minimum de temps

« Il faut aimer ce type de système. Ceux qui ne sont pas à l’aise avec l’herbe auront du mal à mettre en place l’organisation adéquate et à tenir dans la durée », remarque Jean-Pierre Viel. Cela demande de la motivation et du temps. La souplesse gagnée grâce au robot peut être réinvestie dans cette gestion. Mais force est de constater que de moins en moins d’éleveurs ont envie de s’investir dans le pâturage. Par ailleurs, vouloir conserver le pâturage n’est pas forcément une bonne idée si la stalle est saturée. Les livraisons de lait seront forcément pénalisées au printemps. Il faudra ensuite compenser à coups de concentrés, ce qui n’est pas rentable.

Ceux qui souhaitent faire pâturer leur troupeau doivent le décider avant l’installation du robot. Car sa localisation dans le bâtiment est importante pour y parvenir. Le choix du type d’équipements compte aussi. Les portes de tri ou de pâturage constituent de bons outils pour aiguiller les animaux vers la sortie. Miser sur un tri via le robot ne représente pas la meilleure option car cela implique que des vaches mobilisent la stalle inutilement, ce qui va à l’encontre d’un objectif de production élevé. Les chemins d’accès aux pâtures font partie des aménagements à mettre en place. Mieux vaut aussi apporter de l’eau au champ, les vaches en ont besoin pour produire. Ensuite, l’enjeu est de réussir à faire consommer un maximum d’herbe en un minimum de temps. Les vaches comprennent vite qu’elles ne resteront pas longtemps au champ. Si elles ont faim et si l’herbe est appétente, elles brouteront activement dès leur entrée dans la parcelle et rentreront ensuite. Il existe plusieurs types de conduite pour gérer ce temps passé en pâture. Certains sortent tout le troupeau deux fois par jour pour une durée limitée à deux ou trois heures. D’autres trient et ne font sortir que celles qui viennent de passer à la traite, ou alors, ils adoptent une conduite en lots. Presque tous investissent dans une porte de pâturage. « Toutes ces techniques fonctionnent à condition de disposer de suffisamment de main-d’œuvre », remarque Jean-Pierre.

Beaucoup décalent le moment de la distribution de la ration pour motiver les vaches. Ils réduisent bien évidemment les volumes distribués. Faucher les refus contribue à stimuler la repousse d’une herbe jeune et de qualité. Pour maintenir un haut niveau de production laitière, Jean-Pierre Viel conseille de reconcentrer la ration en saison de pâturage. « Il est important d’apporter de l’énergie supplémentaire, sous forme de maïs épi par exemple, en plus de l’ensilage de maïs. »

Les éleveurs qui parviennent à s’organiser pour continuer le pâturage peuvent faire consommer plus d’une tonne de MS d’herbe par vache et par an. Cela a un impact positif sur le coût alimentaire. D’une manière générale, sortir est bénéfique sur le plan de la santé. Tous ceux dont les troupeaux souffrent de dermatite le constatent. D’ailleurs, Jean-Pierre remarque que beaucoup de ceux qui ont complètement renoncé au pâturage ressortent leurs vaches au bout de quelques années. « Elles ne pâturent pas vraiment et cela ne règle pas le problème des boiteries. Mais ces moments passés dans les prairies améliorent l’état des pieds. » Certains éleveurs renoncent à une production laitière élevée et misent d’emblée sur une valorisation maximale du pâturage. Ils ne peuvent donc pas saturer la stalle. Cette stratégie fonctionne si les investissements restent limités, en achetant des robots reconditionnés, par exemple.

L’affouragement en vert peut casser le rythme des vaches

Ceux qui choisissent de valoriser l’herbe en affouragement en vert ne récoltent pas les mêmes avantages. « Je vois beaucoup d’éleveurs investir pour distribuer de l’herbe à l’auge dans les deux ans suivant l’installation d’un robot », remarque Jean-Pierre Viel. Certes, les vaches profitent d’un aliment frais qu’elles adorent, et l’éleveur peut ainsi valoriser ses prairies, même si elles sont éloignées. Mais cette pratique est elle aussi gourmande en temps. Elle crée une astreinte supplémentaire et nécessite de disposer du matériel. Il n’est pas facile de fournir un fourrage de qualité régulière en affouragement en vert. Il faut donc s’attendre à voir le volume de lait fluctuer dans le tank. De plus, cette pratique peut pénaliser la fréquentation du robot en replaçant toutes les vaches sur un rythme identique. En effet, toutes viennent à l’auge au moment de la distribution et ont tendance à aller se coucher ensuite. Il faut limiter les volumes pour ne pas buter sur cette difficulté.

Les laiteries doivent prendre conscience des investissements nécessaires, aussi bien en temps qu’en équipements, pour les éleveurs qui conservent le pâturage. Si elles veulent un jour imposer cette pratique, une compensation financière sera indispensable.

Pascale Le Cann, en collaboration avec Eilyps
Jean-Pierre Viel, consultant robot et nutrition : « Les éleveurs qui misent sur le pâturage bénéficient clairement d’un avantage sur le coût alimentaire. Nos chiffres montrent qu’ils restent minoritaires et qu’ils possèdent des troupeaux un peu moins grands. Leur productivité laitière est aussi plus faible et ils dégagent une marge sur coût alimentaire moins élevée en moyenne. Leur efficacité alimentaire est affectée et cela n’est pas compensé par le coût alimentaire. Cependant, ces élevages se montrent aussi plus résilients par rapport aux variations de prix. Avec des consommations de concentrés réduites, ils souffrent moins aujourd’hui de la flambée des prix des aliments. » © p.lecann
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