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Dossier. « On doit à la fois intensifier et valoriser beaucoup d’herbe »

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Fourrages. Jean-Marie et Pierre Trinquart sont associés avec leur père Pascal. Ils cherchent un niveau élevé de lait par vache et optimisent la valorisation des fourrages pour réduire leur coût de production. © p. le cann

Au Gaec de la Bodinais, c’est le parcellaire qui dicte le système. L’objectif est de produire la référence de 1,2 million de litres avec 110 vaches en tirant parti d’une surface en prairie importante, mais non accessible.

« Nous disposons d’une référence laitière de 1,2 Ml et de 110 places dans le bâtiment pour les vaches en production. Nos terres sont très hétérogènes », résume Jean-Marie Trinquart. Associé avec son frère Pierre et son père Pascal, il a construit un système de production adapté à ces contraintes. Ils travaillent ensemble depuis trois ans. Jean-Marie a démarré...
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« Nous disposons d’une référence laitière de 1,2 Ml et de 110 places dans le bâtiment pour les vaches en production. Nos terres sont très hétérogènes », résume Jean-Marie Trinquart. Associé avec son frère Pierre et son père Pascal, il a construit un système de production adapté à ces contraintes. Ils travaillent ensemble depuis trois ans. Jean-Marie a démarré sa carrière en 2014 sur une autre ferme, avec un associé qui a pris sa retraite depuis. Les deux sites étant distants de 2 km, ils ont décidé de regrouper les exploitations.

Plusieurs projets ont été discutés. « Nous devons produire toute notre référence pour dégager trois revenus », souligne Jean-Marie. Le site où travaillaient Pascal et Pierre offrait une surface accessible importante pour le pâturage, mais pas de bâtiment adapté. Les associés ont envisagé d’en faire leur siège principal et d’investir dans un bâtiment neuf pour 130 à 140 vaches. Ils auraient pu tirer profit du pâturage et produire leur référence avec une productivité modérée des vaches. Mais la banque a refusé.

Restait donc l’option de rénover l’ancien sur l’autre site. Il ne peut accueillir plus de 110 vaches et la configuration empêche son agrandissement. La salle de traite 2 x 5 ne convenait pas pour traire un tel effectif. Il fallait investir. Le choix du robot s’est imposé d’autant plus facilement que les deux frères préparent aussi le futur départ de leur père à la retraite. Ils voulaient donc anticiper une conduite de l’exploitation à deux.

Le choix de ce projet prive l’élevage de l’accès au pâturage et impose une intensification du système. « Les prairies sont éloignées et ce sont des terres humides que l’on ne peut pâturer que tardivement au printemps. La saison dure au maximum deux mois, on estime que ça ne vaut pas la peine. De plus, la distance à parcourir est incompatible avec la traite robotisée. » Car pour pouvoir livrer toute la référence avec 110 vaches, il faut une production moyenne élevée, et donc une fréquentation régulière des deux stalles de traite. Par ailleurs, 40 ha sont en prairie permanente. Il s’agit de bas-fonds humides traversés par une rivière. Elles sont pâturées par les génisses et les vaches allaitantes et fauchées pour faire du foin. D’autres terres ont un potentiel insuffisant pour produire du maïs et des cultures et sont donc exploitées en prairies temporaires. « Il nous faut valoriser cette herbe puisqu’elle existe. Nous cherchons aussi à optimiser la production de fourrages pour réduire le coût de production. »

Cela a conduit les éleveurs à pratiquer l’affouragement en vert. Ils sèment 12 ha de mélange pour prairie de fauche dans ce but. Ils sont encore en recherche pour trouver les associations les plus productives sur leurs sols. 10 ha de luzerne sont aussi déshydratés dans une usine proche (Déshyouest). Au printemps, la ration se compose de 11 kg de MS d’ensilage de maïs, 3 kgMS d’ensilage d’herbe, 3 kgMS affouragement, 1,2 kg de luzerne déshydratée, 2,2 kg de maïs grain humide, 1,1 kg de soja, 420 g de bicarbonate, sel et minéraux et 50 g de Smartamine. En dehors de ces périodes, les quantités des autres ingrédients (hors minéraux et Smartamine) sont légèrement augmentées.

Les éleveurs ont investi dans une autochargeuse et deux faucheuses (latérale et frontale) pour l’affouragement et pour l’ensilage d’herbe. Cela leur permet d’être autonomes et de faucher au bon moment. L’apport d’herbe à l’auge ne dépasse jamais 5 kg/jour. « Sinon, elles se goinfrent puis vont toutes se coucher, ce qui pénalise la fréquentation du robot. » Au départ, l’affouragement était apporté le soir. Mais l’ingestion était difficile à évaluer. Parfois il en restait le lendemain, mais pas toujours. Or, les éleveurs souhaitent que l’auge ne soit jamais vide. Désormais, ils distribuent l’herbe à midi et peuvent surveiller la consommation. L’autochargeuse permet la pesée et donc l’ajustement des quantités aux besoins. Le reste de la ration est distribué le soir. Un pousse-fourrage permet de garantir que les vaches peuvent manger toute la nuit.

« Quand les vaches produisent beaucoup, c’est que tout va bien : un vrai plaisir ! »

L’affouragement démarre au printemps et les éleveurs arrêtent dès que la qualité de l’herbe fléchit pour ne pas pénaliser la production de lait. La distribution reprend en octobre et novembre, toujours en fonction de la qualité de l’herbe. Chaque vache consomme ainsi 0,9 t d’herbe fraîche par an. « Avec ce système, on peut monter à 37 kg de lait/vache/jour. Et là, c’est un vrai plaisir ! Les vaches sont en forme, elles ont le poil brillant. » Il ajoute que c’est quand les vaches produisent le plus que la marge sur coût alimentaire est la plus élevée. À l’inverse, si la ration est mal calée, le lait diminue, les vaches se portent moins bien, et les éleveurs ont davantage de travail. Leur objectif est donc de se maintenir à ce niveau, ce qui implique de fournir toujours des fourrages de bonne qualité.

Ils constatent aussi un lien fort entre leurs résultats économiques et la qualité des fourrages. L’affouragement en vert rehausse les coûts de mécanisation qui sont relativement élevés sur l’élevage (198 000 €). Les semis et récoltes de maïs sont effectués par une entreprise. Les éleveurs font eux-mêmes l’essentiel des autres travaux avec leur propre matériel ou en louant à la Cuma (épandeur­). Les vaches apprécient le fourrage­ frais. Aux yeux des éleveurs, cela compense un peu l’absence de pâturage en matière de bien-être animal. Elles sortent néanmoins deux à trois heures par jour, selon la météo, pour se dégourdir. Les éleveurs estiment que cela est important pour la santé des pieds. Et ils aiment bien les voir dehors. Le troupeau est affecté par la dermatite ce qui est également susceptible de pénaliser la production. Le Gaec a pris le taureau par les cornes pour redresser la situation. Chaque semaine, du désinfectant dilué dans de l’eau est mis dans le pédiluve. Cela leur prend une heure mais l’amélioration est très nette. « L’an dernier, on a été un peu moins vigilants pendant la moisson et on a tout de suite vu les problèmes revenir. » Les vaches sont parées systématiquement au tarissement. Lorsque le pareur vient, il soigne aussi les vaches qui en ont besoin.

Réduire le mois moyen de lactation pour faire plus de lait

Les éleveurs jouent aussi sur la réduction de l’intervalle entre vêlages pour diminuer le mois moyen de lactation et augmenter la production laitière quotidienne. Ils se basent sur les informations du robot et notamment le dosage de la progestérone (Herd Navigator) pour repérer les vaches à problèmes. Ils continuent à vérifier les gestations par échographie.

Le système fonctionne bien mais rien n’est figé. L’affouragement en vert prend trente à quarante-cinq minutes par jour. S’ils voulaient gagner du temps, les éleveurs pourraient tout récolter en ensilage. Il faudrait simplement qu’ils augmentent leur capacité de stockage. Mais pour le moment, ils estiment leur charge de travail acceptable, surtout en hiver quand toutes les bêtes sont rentrées. Si le pâturage devenait obligatoire : « On s’adapterait ! », rétorque Jean-Marie.

Actuellement, ils construisent un bâtiment pour les taries à proximité de celui des laitières. Car elles sont hébergées sur l’autre site et les éleveurs perdent du temps sur la route. De plus, les déplacements en bétaillère créent du stress. Deux bonnes raisons de regrouper les vaches au même endroit.

Pascale Le Cann

    À La Chapelle-Thouarault (Ille-et-Vilaine)

    Gaec à trois associés

    1,2 Ml de référence laitière

    110 vaches traites

    2 stalles de traite robotisée

    148,5 ha : 35 en maïs, 18 en blé, 14 en orge, 7 en triticale, 12 en luzerne, 12 en prairie de fauche pour affouragement en vert, 5 en trèfle violet, 40 en prairie permanente et 5,5 en bandes­ enherbées

    10 charolaises conduites en extensif

Affouragement en vert. Le parcellaire interdisant le pâturage, les éleveurs distribuent de l’herbe à l’auge en veillant à ce qu’elle soit toujours de qualité. © j.-m.trinquart
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