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Dossier. Éviter les mauvais coûts

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Optimiser. Acheter en Cuma ou déléguer le chantier offre aux éleveurs la solution pour accéder à du matériel plus large et plus pointu. © Denis Lehé

Tous les spécialistes le disent : les coûts de mécanisation sont insuffisamment pris en compte dans les stratégies des éleveurs. Ce poste pèse pourtant de plus en plus dans le bilan comptable. Des solutions existent pour le gérer efficacement.

Dans une étude (1) réalisée en 2021, l’Institut de l’élevage (Idele) s’est intéressé aux coûts de production en élevages bovins lait avec une question sous-jacente : quels facteurs expliquent les fortes disparités rencontrées d’une ferme à une autre ?
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Dans une étude (1) réalisée en 2021, l’Institut de l’élevage (Idele) s’est intéressé aux coûts de production en élevages bovins lait avec une question sous-jacente : quels facteurs expliquent les fortes disparités rencontrées d’une ferme à une autre ?

Un des volets explorés portait notamment sur les charges de mécanisation : « les exploitations françaises se distinguent de celles d’Europe du Nord par une plus grande autonomie en matière d’alimentation, commente Aubin Lebrun de l’Idele. Mais celle-ci a un coût et elle n’est pas spécifiquement rémunérée par un meilleur prix du lait. En Allemagne, au Danemark ou aux Pays-Bas, les producteurs achètent davantage de concentrés à l’extérieur. Jusqu’à un passé pas si éloigné, ces aliments étaient relativement bon marché, mais la situation est en train de changer. Malgré un niveau d’autonomie alimentaire comparable, la France se démarque également de l’Irlande par la nature des fourrages produits. Avec plus de frais de récolte, de stockage et de distribution, les producteurs français ont un handicap, comparé à leurs homologues irlandais qui recourent davantage au pâturage, une technique moins coûteuse. »

Des coûts de mécanisation variant du simple au double

En France, les charges de mécanisation sont essentiellement liées à la traction et à la production du fourrage. On inclut ici toutes les étapes, de l’implantation jusqu’à la distribution à l’auge. S’ajoutent à cela les coûts d’épandage des effluents qui sont proportionnels au temps passé par les animaux dans les bâtiments. Les études montrent toutefois de grandes disparités, pouvant aller du simple au double, entre des éleveurs parfois très proches en termes de structures (SAU, nombre d’animaux, niveaux de productions…). Cette variabilité s’explique par divers critères liés à l’historique de l’exploitation, au parcellaire qui peut être plus ou moins éloigné, à la main-d’œuvre disponible, à la part d’équipements détenus en propriété et au nombre de chantiers délégués à des prestataires. Les forts investissements dans du matériel peuvent en effet s’expliquer par une stratégie fiscale spécifique. Attention toutefois à la défiscalisation qui peut être source de suréquipement et d’endettement à long terme. Certains exploitants en fin de carrière ont un coût de mécanisation très faible, lié à un parc matériel fortement amorti. Pour le repreneur potentiel, une remise à niveau sera parfois nécessaire. Inversement, un coût de mécanisation élevé n’est pas toujours signe d’un revenu faible. Dans une exploitation très intensive, les forts investissements peuvent être justifiés, s’ils sont suffisamment dilués par le volume produit.

Investir ou déléguer

« Le coût de mécanisation se décompose en plusieurs postes dont les deux principaux sont souvent l’amortissement du matériel et les frais liés à la délégation de travaux, ajoute Aubin Lebrun. En théorie, augmenter l’un doit faire baisser l’autre. Mais parfois, faute de main-d’œuvre, des éleveurs sous-traitent des chantiers alors qu’ils possèdent le matériel pour le faire. Ce n’est pas une situation durable. »

Autre constat : Pour pallier un manque de main-d’œuvre disponible et améliorer le confort de travail, les exploitants optent de plus en plus pour une robotisation de certaines tâches : raclage, repousse fourrage, alimentation, traite… Dans ce domaine, les investissements souvent élevés ne sont intéressants que si l’éleveur gagne du temps qu’il peut consacrer à une autre activité. C’est en valorisant ce temps gagné que l’investissement initial devient rentable.

Attention aussi aux coûts indirects ! Acheter, par exemple, une faucheuse frontale pour travailler en combiné avec la faucheuse arrière est un choix qui fait gagner du temps. Mais le calcul du surcoût ne doit pas se limiter au prix de la faucheuse. Il faut intégrer celui d’un tracteur plus puissant, plus gourmand en GNR, avec un relevage et une prise de force à l’avant… Si l’éleveur investit dans ce gros tracteur uniquement pour le fauchage, alors cela ne sera pas rentable, car le reste de l’année, il sera suréquipé. Utiliser un gros tracteur de Cuma ou le louer pour tracter le combiné de fauche serait sans doute plus judicieux. Les concessions proposent ce service de location intéressant en périodes de pointe et il existe aussi des sites spécialisés favorisant le partage de matériels entre exploitants (WeFarmUp, VotreMachine.com…). Des pratiques qui se popularisent en grandes cultures mais restent toutefois encore peu courantes en élevage.

Viser la cohérence de l’organisation

Vincent Lefer, d’Eliance, s’est lui aussi penché sur les coûts de mécanisation avec un groupe d’experts économiques du réseau. « Dans un système de production basé essentiellement sur l’herbe, les charges en matériels sont souvent moins élevées qu’en système maïs, constate-t-il. L’objectif de notre étude n’est pas de comparer les deux, mais surtout de s’intéresser à la cohérence de l’organisation. Chaque exploitation est particulière, avec des gérants ayant leurs stratégies et leurs manières de travailler. Avant de remettre en cause toute une organisation, il faut se demander en priorité quelle est la motivation de chacun : forte performance technique, réduction des astreintes, optimisation de la rentabilité… ? Des marges de progrès sont néanmoins possibles quel que soit le type de système. »

Le travail résulte d’un constat : le coût de mécanisation est un critère rarement pris en compte. Pourtant ce poste de dépenses arrive souvent en deuxième position, derrière la main-d’œuvre. La profession manque d’indicateurs fiables pour comprendre et analyser ces charges. Pire encore : les centres de gestion ne travaillent pas de manière similaire dans la définition des coûts de mécanisation. C’est le cas parfois avec le matériel de traite ou avec d’autres équipements, comme les robots d’alimentation ou de raclage, inclus soit dans les charges liées aux bâtiments, soit affectés au poste matériel. Cela fausse les comparaisons.

« Nous travaillons sur la mise en place d’indicateurs fiables par système fourrager, par culture et par mode de distribution, explique Vincent Lefer. Nous préférons calculer des coûts de mécanisation ramenés à la tonne de matière sèche produite, plutôt qu’à l’hectare. L’objectif est de permettre à nos adhérents de calculer des coûts de rationnement intégrant la mécanisation des fourrages et des concentrés autoproduits. Ces indicateurs, ramenés aux rendements des cultures, permettent de prendre du recul sur le système d’alimentation. C’est un thème essentiel pour l’adaptation des élevages au réchauffement climatique, par exemple. » Disposer de montants précis et comparables est indispensable pour comprendre les différences de performances entre exploitations et estimer à partir de quand le suréquipement devient réellement pénalisant.

Denis Lehé

(1) Structure et évolution des coûts de production en élevages laitiers : identification des leviers de maîtrise des charges (Idele/ BTPL/chambre d’agricultures des Pays de la Loire/FranceAgriMer/Cniel).

Robotiser. L’investissement dans de tels systèmes permet de dégager du temps à valoriser sur une autre activité. © Denis Lehé
Déléguer. Sous-traiter un chantier peut faire baisser les charges de mécanisation et réduire la charge mentale de l’exploitant. © Denis Lehé
Comparer. Avant d’acheter un équipement en propriété, l’agriculteur doit toujours calculer le coût réel d’un matériel et le mettre en regard avec les tarifs des Cuma et ETA du secteur. © Denis Lehé
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