Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail

Dossier. « Je me prépare à produire seul 700 000 l de lait »

réservé aux abonnés

 - -->
Équipements. David Perrinel utilise son quad pour faire rentrer des vaches quand c’est nécessaire. Plus globalement, il mise sur l’automatisation pour alléger le travail. © p.le cann

Installé en 2019, David Perrinel a doublé sa référence et met en place un système performant et automatisé pour anticiper le départ prochain de sa mère, sans renoncer au pâturage.

Sur l’élevage de David Perrinel, le choix de maintenir le pâturage renforce clairement la contrainte pesant sur la main-d’œuvre. Mais l’éleveur assume. « Je dispose de parcelles accessibles autour du bâtiment et je pense qu’on ne peut pas ignorer la demande des consommateurs vis-à-vis du pâturage », détaille-t-il. Soucieux du bien-être de ses animaux, il est convaincu des bienfaits du pâturage...
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
1%

Vous avez parcouru 1% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

Sur l’élevage de David Perrinel, le choix de maintenir le pâturage renforce clairement la contrainte pesant sur la main-d’œuvre. Mais l’éleveur assume. « Je dispose de parcelles accessibles autour du bâtiment et je pense qu’on ne peut pas ignorer la demande des consommateurs vis-à-vis du pâturage », détaille-t-il. Soucieux du bien-être de ses animaux, il est convaincu des bienfaits du pâturage sur le plan sanitaire. Sortir au champ est bénéfique pour la santé des pieds et permet aux vaches de profiter de la vitamine D. Enfin, David est vigilant sur la marge sur coût alimentaire. L’herbe pâturée favorise son augmentation.

David s’est installé en 2019 à Pipriac (Ille-et-Vilaine), en Gaec avec sa mère. Il a repris 300 000 1 de lait, portant la référence totale à 700 000 1. L’ancienne salle de traite ne convenait pas pour traire le nouveau troupeau. Il fallait investir et David s’est rapidement orienté vers la traite robotisée. « Je crois que c’est l’avenir. Quand ma mère prendra sa retraite d’ici quelques années, je me retrouverai seul. Il faut donc que je m’organise pour pouvoir assurer, en maîtrisant la charge de travail afin de préserver ma vie de famille. »

La stalle trait en moyenne soixante vaches par jour et n’est donc pas loin de la saturation. Tout l’enjeu réside dans la réalisation de la référence laitière sans toucher à l’effectif et donc en assurant une productivité individuelle élevée toute l’année. Dans ces conditions, la gestion du pâturage s’avère délicate, il ne faut pas qu’elle pénalise la fréquentation du robot. Conscient de cette difficulté, David a choisi un système de fonctionnement guidé. Avec une barrière « intelligente » et des portes anti-retour, les vaches sont orientées vers différentes zones (voir plan page suivante). Ainsi, elles doivent passer par cette porte intelligente pour aller vers la table d’alimentation. S’il est temps pour elles d’aller à la traite, elles seront d’abord dirigées vers le robot.

Gérer le pâturage avec une stalle saturée

En période de pâturage, elles ont accès à la sortie du bâtiment après la traite. « Je passe vers 14 heures et je fais sortir les dernières vaches si nécessaire, avant de refermer la porte et d’ouvrir celle qui est prévue pour le retour », précise David. Et quand elles reviennent à l’étable, elles devront de nouveau passer par la porte intelligente, et donc par la traite.

Des caméras disposées autour du robot permettent à l’éleveur de surveiller la fréquentation sur son téléphone. S’il se rend compte qu’aucune vache n’est présente dans le parc d’attente, il va en chercher avec son quad. Cela se produit fréquemment et de ce fait, la saison de pâturage est exigeante en temps de travail. « C’est le seul moyen de saturer la stalle et de produire la référence », analyse David.

Il garde toujours 6 ha de prairie à proximité du bâtiment pour les laitières. Elles commencent à sortir fin mars ou début avril, dès que l’éleveur juge la météo suffisamment favorable pour être sûr de ne pas devoir les faire rentrer de nouveau. La campagne laitière se terminant fin mars, il veut éviter les perturbations de livraison durant cette période charnière.

Fauche des refus pour éviter de gaspiller

La première semaine, les vaches ont accès à toute la surface et reffectuent un déprimage. Par la suite, l’éleveur avance le fil chaque jour. La ration n’est pas modifiée en saison de pâturage, mais le volume est réduit de 18 à 14,5 kg de MS/vache. La distribution s’opère le matin à 8 h et la porte vers les pâtures est ouverte à 10 h 30. Tout le troupeau rentre à 16 h 30 au plus tard. L’ingestion d’herbe est jugée hétérogène par l’éleveur, elle varie surtout en fonction de la météo. Eilyps l’évalue à 300 kg de MS par vache par an. Pour éviter le gaspillage, David fauche les éventuels refus. Le pâturage est interrompu mi-octobre. Car l’exploitation cultive des céréales de vente sur 45 ha. David se charge des semis et veut donc se rendre disponible pour ce faire.

Avec cette conduite, la fréquence de traite s’élève à 2,65 par vache et par jour pendant la saison de pâturage, soit quasiment autant qu’en hiver (2,7). Deux ans après la mise en route du robot, David constate que les livraisons de lait ont progressé, avec un effectif de vache en légère baisse. La moyenne d’étable est passée de 8 900 kg à 10 500. La traite robotisée contribue à cette croissance.

Le travail réalisé avec Eilyps sur la ration joue aussi. En hiver, elle se compose de 11,7 kg de MS d’ensilage de maïs, 2,6 d’ensilage de RGI, 1,5 de luzerne déshydratée, 1 de betterave, 1 de maïs grain sec, 1,8 de correcteur azoté, et du foin à volonté. Le minéral est inclus dans le correcteur azoté. Au robot, les vaches reçoivent en moyenne 2,1 kg de correcteur azoté et 2,8 kg d’aliment de production.

Jouer sur tous les tableaux pour augmenter la production

David possède une mélangeuse dans laquelle il apporte tous les ingrédients de la ration. Il précise que les betteraves sont stockées sous abri. Il les charge d’abord à la main dans le godet ce qui évite le risque d’incorporer des cailloux. La terre tombe en poussière et ne vient donc pas salir le mélange. David mise sur un troisième axe pour améliorer la productivité des vaches : l’intervalle entre vêlages. Il est tombé en deux ans de 402 à 389 jours. L’objectif est de réduire le mois moyen de lactation. « J’ai adhéré au suivi de la reproduction proposé par mon vétérinaire. » Il s’appuie sur des colliers mesurant l’activité et sur l’observation des animaux pour détecter les chaleurs. Un protocole est mis en place pour les vaches qui ne sont pas vues en chaleurs. Il prévoit un traitement hormonal 70 jours après le vêlage.

L’âge au premier vêlage se situe aujourd’hui à 24,9 mois et David travaille pour le réduire. Cette amélioration est bien engagée puisque cette année, les génisses ont été inséminées en moyenne à 13,7 mois contre 15,5 pour la génération précédente. David vise un taux de primipares dans le troupeau de 30 à 35 %. Cela lui donne une petite marge pour trier. Toutes les femelles sont génotypées et les accouplements sont réalisés avec Innoval. Les génisses à haut Isu sont inséminées avec des doses sexées. La sélection est axée sur la qualité des membres et des mamelles ainsi que sur le volume de lait et les taux.

Pour garantir la santé du troupeau, David mise d’abord sur la prévention. On l’a vu avec le suivi de la reproduction mais c’est également le cas pour les pieds. Les vaches sont touchées par la dermatite. Un parage systématique est effectué tous les ans par le vétérinaire. En hiver, l’éleveur installe un pédiluve sec à base de chaux éteinte. Il s’agit d’un produit qui assainit et désinfecte. La qualité du lait est maîtrisée avec des taux cellulaires toujours inférieurs à 100 000. Les mammites sont rares, moins d’une dizaine par an.

Des équipements pour le bien-être

Plusieurs investissements ont été réalisés dans le but d’augmenter l’automatisation pour simplifier le travail, mais aussi pour améliorer le confort des animaux dans le bâtiment : un pousse-fourrage, un robot aspirateur de lisier, des ventilateurs et des brosses. L’ensemble a coûté 60 000 €. « Je pense que le prix de ces équipements ne va faire qu’augmenter, j’essaie d’anticiper. » David veut donner le meilleur à ses vaches mais il attend des performances laitières en retour. « L’automatisation me permet de bien suivre le troupeau sans y consacrer trop de temps. Ça fonctionne bien et je peux donc m’occuper aussi des travaux des champs », analyse-t-il. C’est un domaine qu’il maîtrise puisqu’il a été technicien en grandes cultures pendant quinze ans avant de s’installer. Il se charge de l’ensemble des travaux, à l’exception des récoltes.

Objectif : stabiliser les performances

Aujourd’hui, la structure est en place pour pouvoir produire la référence avec une charge de travail limitée. L’éleveur n’est pas peu fier du travail réalisé en deux ans. Il commence à en récolter les fruits mais il n’est pas encore tout à fait en régime de croisière. Il peut encore progresser sur la préparation des vaches pour le vêlage, ou encore sur la qualité des fourrages. L’ensemble devrait permettre de stabiliser la production autour de 35 kg/jour/vache traite, en maintenant le pâturage à son niveau actuel. La marge sur coût alimentaire devrait suivre.

Pascale Le Cann

    À Pipriac (Ille-et-Vilaine)

    Gaec à deux associés

    60 vaches traites

    32,3 kg de lait livré/jour/vache traite

    700 000 l de référence

    Une stalle de traite robotisée

    90 ha : 45 de céréales vendues, 30 ha de maïs (25 en ensilage et 5 en grain autoconsommé) et 15 ha de prairie

Confort. Entre les brosses et la ventilation, tout est fait pour que les vaches se trouvent bien dans leur bâtiment. © p.le cann
Circulation. Des portes anti-retour sont disposées entre les rangées de logettes et la table d’alimentation. © p.l ecann
Tri. Passage obligé dans le bâtiment, la porte « intelligente » oriente les vaches vers le robot ou vers la table d’alimentation, zone qui possède un accès à l’extérieur. © p.le cann
Imprimer Envoyer par mail
En direct
Afficher toutes les actualités