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Dossier. « Pas de croissance soutenue sans détection rapide des diarrhées »

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Jean-Marc Héliez est vétérinaire nutritionniste au cabinet du Chêne Vert (Ille-et-Vilaine) spécialisé dans le suivi d’élevage laitier. © j.pezon

Le manque de lait et les diarrhées récurrentes sont les principaux facteurs de retard de croissance. Dans la majorité des cas, un dépistage précoce et la réhydratation constituent une prise en charge efficace des diarrhées néonatales.

Peut-on combiner des objectifs de croissance élevés et des plans lactés­ d’un repas par jour ?
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Peut-on combiner des objectifs de croissance élevés et des plans lactés­ d’un repas par jour ?

Jean-Marc Héliez : Plutôt non. Mais c’est possible sous certaines conditions. La plupart du temps, les croissances observées sont trop faibles en début de vie. Des GMQ moyens de 500 g/jour sont fréquents au cours des quatre semaines suivant la mise bas, là où l’on voudrait 850 à 900 g. Or, à cet âge, cela a déjà un impact sur le développement du tissu mammaire et les futures performances de l’animal (+ 220 kg de lait en 1re lactation par tranche de 100 g de GMQ gagné). Idéalement, pour obtenir des croissances soutenues, on cherchera à apporter au veau le plus de lait possible et le plus vite possible lors du premier mois de vie : par exemple, 8 litres de lait entier ou 1100 g de poudre/jour dès la deuxième semaine jusqu’à 1 mois. Au cours de cette phase, on peut quasiment distribuer le lait à volonté (jusqu’à 20 % de son poids), mais sans oublier que si un veau ne veut pas boire, il ne faut pas le forcer. Après un mois, on plafonnera ces quantités : 8 litres maximum en 2 repas, ou 1000 g de poudre. Surtout, on veillera à réaliser un sevrage suffisamment progressif (sur au moins deux semaines) et pas trop précoce (entre 8 et 10 semaines d’âge), pour laisser le temps à l’ingestion d’aliments de se mettre en place.

Si un plan lacté amélioré est très favorable à la croissance en phase démarrage, il est important que les veaux mangent au moins 2 kg d’aliments avant d’être sevrés ! On peut aussi, assez facilement, passer à 1 repas/jour après 1 mois d’âge. Mais cela sous réserve de maintenir un volume de lait suffisant au départ : 10 % du poids du veau, soit 6 litres en un repas pour un veau de 60 kg. Avec des objectifs de croissance élevés, passer à un repas de lait plus tôt est plus difficile, mais possible avec une excellente maîtrise technique (hygiène, confort, ambiance, abreuvement, qualité de l’aliment…).

Sur le terrain, quels facteurs expliquent les défauts de croissance lors de la phase lactée ?

J-M.H : Souvent, les objectifs de GMQ élevés butent sur les diarrhées ou sur des quantités de lait trop faibles au démarrage. Avoir une bonne croissance au départ implique déjà une bonne distribution colostrale, suivie d’une montée en lait rapide. C’est à cette période que l’on se heurte souvent aux diarrhées. Cela explique la tendance à restreindre les volumes de lait distribués : l’apport de 4 litres de colostrum laisse fréquemment la place à la distribution de 2 repas de 2 litres. Il faudrait démarrer directement à 3 litres par repas ! Les volumes de lait importants ne sont pas en soit la cause des diarrhées. Le problème est souvent ailleurs : colostrum, hygiène, stress thermique, température du lait… Or, les diarrhées ne sont pas compatibles avec l’obtention de croissances soutenues. Pour les maîtriser, il faut investir à la fois dans la prévention et dans une prise en charge adaptée des malades.

Quelles sont les règles de base d’une prise en charge efficace des diarrhées ?

J-M.H : Détection précoce et réhydratation. Avec une prise en charge précoce, 90 % des diarrhées pourront être gérées uniquement par la réhydratation sans traitement spécifique, c’est-à-dire sans antibiotiques, qu’elles soient d’origine infectieuse, parasitaire ou alimentaire.

La bonne gestion de l’hydratation du veau en diarrhée est la clé de voûte du traitement. Tout d’abord, il est recommandé de ne pas arrêter complètement le lait, quel que soit le type de diarrhée. Car les meilleurs réhydratants ne couvriront pas les besoins énergétiques du veau ! Par contre, il faut baisser la quantité (1 à 1,5 litre/repas). En complément, du réhydratant sera distribué pour atteindre sans hésiter un volume total de buvée quotidien de 6 litres par jour, voire plus. Par exemple : 2 x 1,5 litre de lait et 2 x 2 l de réhydratant. Idéalement, on attendra une demi-heure après le repas de lait pour distribuer le réhydratant, afin de ne pas perturber sa digestion. C’est une contrainte organisationnelle forte. Si l’on arrête quand même le lait, on ne doit pas le faire plus de vingt-quatre à trente-six heures ! Passé ce délai, il faut reprendre la distribution de lait même si le veau a toujours la diarrhée.

Parallèlement, on s’assurera que le veau est au sec et au chaud pour limiter le stress thermique : cela commence par une bonne litière ! Enfin, les apports de pansements intestinaux à base d’argile ou de ferments lactiques et vitamines seront un plus. Mais traiter une diarrhée bénigne avec un antibiotique est un non-sens qui reste encore trop souvent le premier réflexe !

Comment savoir si la cause de la diarrhée est infectieuse et si elle réclame un antibiotique ?

J-M.H : Je le répète, même s’il s’agit d’une diarrhée d’origine infectieuse, il n’y a pas forcément besoin d’antibiotiques.

En tout cas, la seule façon de faire un diagnostic précis en la matière est de réaliser des analyses de laboratoire. L’examen des selles donne une orientation, mais n’est pas fiable pour dire si le germe en cause est une bactérie, un virus ou un parasite. La prise de température est un bon réflexe de base : la fièvre est un signe d’infection, c’est-à-dire au-dessus de 39,5 °C pour le jeune veau (des températures de 39 ou 39,5 °C ne sont pas anormales à cet âge). Mais attention, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de fièvre que la diarrhée n’est pas infectieuse. Il faudrait faire des analyses dès que l’on est confronté à des cas graves difficiles à traiter, mais aussi face à des diarrhées bénignes mais récurrentes.

Dans l’urgence, le kit de diagnostic rapide (photo) peut permettre de mieux cibler le pathogène, mais il n’est pas exhaustif. Face à des signes cliniques graves tels que de l’abattement, une perte d’appétit (voire une perte du réflexe de succion), des yeux creux, un pli de peau persistant lorsqu’on la pince, la bonne réaction reste d’appeler son vétérinaire ou d’appliquer les soins prévus avec lui dans le cadre du protocole de soins. Pour les cas les plus graves, notamment lorsque le veau ne boit plus, une perfusion par le vétérinaire ou par l’éleveur sera nécessaire. On le voit, dans tous les cas, la réhydratation est indispensable.

Propos recueillis par Jérôme Pezon
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