Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail

Dossier. « Une stabulation d’abord conçue pour les vaches »

réservé aux abonnés

 - -->
Bardage bois. Seule la façade exposée au vent de pluie est fermée par un bardage ajouré. © j.p.

Les associés du Gaec de la Goëlle, dans le Nord, ont pris l’option d’une stabulation largement ouverte pour des raisons à la fois sanitaires, de confort mais aussi d’économie de coûts de construction.

La visite de l’exploitation d’Emmanuel Hecq, le 10 février dernier, tombait à point nommé pour avoir un aperçu des conditions d’élevage hivernales dans une stabulation largement ouverte, par une température ambiante de - 8 °C (-11 °C pendant la nuit) et avec un fort vent du nord réduisant encore davantage la température dite « ressentie ». Conséquences directes ...
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
1%

Vous avez parcouru 1% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

La visite de l’exploitation d’Emmanuel Hecq, le 10 février dernier, tombait à point nommé pour avoir un aperçu des conditions d’élevage hivernales dans une stabulation largement ouverte, par une température ambiante de - 8 °C (-11 °C pendant la nuit) et avec un fort vent du nord réduisant encore davantage la température dite « ressentie ». Conséquences directes : les quatre racleurs mis volontairement à l’arrêt en raison d’un sol où les déjections étaient gelées et des abreuvoirs également gelés en surface.

« Le cumul du vent du nord et de la neige, qui a alors tendance à entrer dans le bâtiment, est la principale contrainte d’une stabulation que nous avons voulue très ouverte, avec des grands volumes d’air afin de mieux maîtriser l’ambiance sous un toit où se concentrent plus de 200 vaches », souligne Emmanuel. Ce matin-là, la couche de glace sur les abreuvoirs a été cassée manuellement et le dispositif hors gel des racleurs a permis d’éviter la rupture des câbles : les racleurs équipés d’une sonde thermique sont mis en mouvement toutes les dix à quinze minutes en cas de gel. « C’est une situation qui devient de plus en plus rare. À peine trois ou quatre jours dans l’année qui ne remettent pas en cause les bénéfices d’une bonne ventilation sur les résultats sanitaires et la lutte contre le stress thermique en été. À nous de nous habiller un peu plus chaudement, car le bâtiment est d’abord conçu pour les vaches qui tolèrent très bien ces températures basses. »

« L’absence de bardage et de portes coulissantes : une économie de 15 000 € »

Le chantier de cette stabulation a démarré au printemps 2018, pour une mise en service au mois de novembre de la même année, dans le cadre d’un regroupement de troupeau consécutif à la création du Gaec entre tiers. Elle compte 212 places, réparties en quatre rangées de logettes équipées de matelas, sur lesquels sont saupoudrés moins de 200 g/jour de paille finement hachée (5 mm). Sur son long-pan exposé nord-est, la stabulation a été accolée à un bâtiment existant qui sert à la fois d’aire paillée modulable pour les génisses de plus de 1 an, grâce à un jeu de barrières, et de stockage de paille, soit une largeur totale de 45,7 mètres. Afin d’assurer un renouvellement de l’air efficace dans cette structure de grande largeur, le plan prévoyait une hauteur sous faîtière de 8,75 mètres. Cela a permis de concevoir un décrochage de la toiture, qui offre une ouverture haute de 1,50 m sur toute la longueur du bâtiment (78 mètres). Seule la façade opposée, exposée sud-ouest, face au vent dominant ( « le vent de pluie ») est entièrement fermée par un bardage en bois ajouré. « Face aux vents dominants, il est préférable de fermer ou, idéalement, de prévoir une option modulable comme l’installation d’un rideau amovible. Elle offre une option de confort supplémentaire permettant d’adapter l’ambiance en modulant l’ouverture selon les conditions météo, mais a un coût non négligeable, souligne Bertrand Flament, conseiller bâtiment à la chambre d’agriculture. Prévoir un décrochement de toiture et une claire-voie est une option plus économique qui laisse, en outre, la possibilité de reproduire ce modèle dans la largeur en vue d’un agrandissement futur. »

Le pignon nord-ouest est entièrement ouvert, alors que le pignon sud-est est bardé mais dénué de portes (photo page précédente). Dans son prolongement, une aire d’exercice extérieure de 6 x 24 mètres a été aménagée. Celle-ci offre la possibilité aux animaux et à l’ensemble du bâtiment de profiter des premiers rayons de soleil du matin. « Les vaches y passent du temps et nous aurions sans doute dû la prévoir un peu plus grande, observe, a posteriori, l’éleveur. L’absence de bardage et de portes coulissantes est aussi un moyen de réduire les coûts de l’ordre de 10 000 à 15 000 €. » Ici, le gros œuvre (bétons, armatures) a été confié à des professionnels, de même que la pose des matelas Deru. Les éleveurs ont pris part au terrassement, tiré les câbles électriques, fait les logettes, posé les cornadis et les abreuvoirs. Au total, un investissement de 2 600 € par place, hors salle de traite. Six mois en amont des travaux, un dossier PCAE, déposé avec la chambre d’agriculture du Nord, a permis d’obtenir une aide financière sur les investissements concernant la maçonnerie, l’électricité, les matelas, les cornadis, les quatre racleurs et sur l’isolation de la laiterie.

Une meilleure maîtrise de l’ambiance et du taux cellulaire 

Les associés ont conservé la salle de traite (TPA 2 x 14 postes) située dans l’ancienne stabulation aire paillée. Les vaches y accèdent par un couloir bétonné d’une douzaine de mètres. Sous ce bâtiment, une aire paillée de 10 places pour les vaches les plus fragiles et les box de vêlage ont également été aménagés. Lorsque l’on y pénètre par temps de grand froid, l’atmosphère apparaît d’abord plus « chaleureuse », mais aussi beaucoup plus sombre et chargée en odeur d’ammoniac. « Dans ce bâtiment plus bas de plafond et fermé des quatre côtés, le défaut de renouvellement de l’air engendrait une ambiance malsaine caractérisée par une hygrométrie élevée. Cette situation était favorable à l’apparition d’épisodes de grippe et surtout, malgré un curage hebdomadaire, nous étions toujours à la limite des pénalités au niveau des comptages cellulaires. Depuis la mise en route de la nouvelle stabulation, nous maîtrisons plus facilement la qualité du lait pour aller chercher le bonus super qualité de la laiterie presque tous les mois (moins de 200 000 cellules). Les animaux se sont facilement adaptés à ces nouvelles conditions de logement et pour nous, cela représente aussi une nette amélioration de nos conditions de travail. »

Côté pattes, la dermatite digitée (maladie de Mortellaro) reste présente au sein du troupeau. Avec l’assèchement des sols permis par la ventilation du bâtiment, l’éleveur observe un effet dépressif sur la qualité du raclage : « En période sèche, les racleurs ont tendance à étaler la bouse en surface », note-t-il.

Au-delà de la ventilation, la nouvelle stabulation correspond aussi à l’installation d’une unité de microméthanisation de 44 kwh. La gestion des déjections en système lisier permet de fonctionner en quasi-autonomie avec les seuls effluents de la ferme, sauf en été pendant la saison de pâturage. Depuis la stabulation, les vaches bénéficient en effet d’un accès direct à 45 ha de prairies permanentes.

Les vaches restent à l’intérieur lors des épisodes de canicule 

Une situation qui autorisait jusqu’alors la fermeture des silos du 15 mai au 15 septembre, grâce à une conduite en pâturage tournant. La méthanisation implique désormais de laisser les vaches une demi-journée en bâtiment, avec une demi-ration à l’auge pour assurer l’approvisionnement du méthaniseur en lisier. La moyenne d’étable est ainsi passée de 6 500 litres/VL/jour à 7 500 litres. Un changement du mode de rationnement qui ne permet pas d’évaluer l’impact attendu de la nouvelle stabulation sur la production laitière pendant les épisodes de canicule. « Lors des fortes chaleurs, les vaches restent à l’intérieur et sortent la nuit », précise Emmanuel.

Pour aller plus loin dans la prévention du stress thermique, avec ses associés il a demandé un devis portant sur l’installation d’un dispositif de ventilation dynamique : un coût de 40 000 € pour 21 ventilateurs, couplés à la brumisation au-dessus des deux couloirs d’alimentation. De la même manière, ils envisagent l’installation d’un rideau mobile en remplacement de la partie haute du bardage sur la façade face au vent dominant. « Ces deux options représentent un coût élevé qui doit être reporté. La priorité est d’abord de prolonger la stabulation de 4 travées de 6 mètres, c’est-à-dire 4 rangées de 17 logettes dédiées au logement des génisses. »

Jérôme Pezon

    Gaec de la Goëlle, à Prisches (Nord)

    3 associés : Emmanuel Hecq, Martine et Christopher Blondeau et un apprenti

    200 vaches holsteins à 7 500 litres de moyenne

    40 bœufs à l’engrais/an

    237 ha de SAU : 30 ha de blé, 8 ha de betterave sucrière, 50 ha de maïs, 10 ha de prairies temporaires et 139 ha de prairies permanentes

    Microméthanisation de 44 Kwh

L’avis de...
« Un effet de beurrage sur sols secs » L’avis de...Bertrand Flamentconseiller bâtiment à la chambre d’agriculture du Nord

« L’idée d’un bâtiment très ouvert est d’optimiser le renouvellement de l’air avec un effet positif sur sa qualité et sur l’assèchement des sols et donc sur la santé des pieds. Cela présente cependant un inconvénient en matière d’efficacité du raclage sur sols secs, surtout en été : on observe ce que l’on appelle un “beurrage”, c’est-à-dire la tendance à l’étalement des déjections sèches dans les couloirs. La brumisation peut être une solution pour limiter ce phénomène, mais aussi les tapis de sol à rainures profondes,­ comme les tapis Magellan.

L’humidité se concentre au fond de la rainure, ce qui présente le double avantage de maintenir les pieds plus secs, mais aussi de limiter ce phénomène de beurrage en faisant remonter l’humidité au moment du raclage. Enfin, l’aspirateur à lisier semble apporter une réponse séduisante mais a un coût élevé. »

    Armature du bâtiment : 120 000 €

    Terrassement, bétons : 170 000 €

    Tubulaires : 17 000 €

    Matelas : 31 000 €

    Racleurs : 25 000 €

    Fosses (3 500 m3) : 110 000 €

    Electricité : 10 000 €

    Forage : 6 000 €

    Poche à incendie (580 m3) : 12 000 €

    Divers : 10 000 €

Ouverture. La hauteur (8,75 m) permet de créer un décrochage du toit avec une claire-voie sur toute la longueur du bâtiment . © j.p.
Logettes. La gestion des déjections en système lisier assure l’approvisionnement de l’unité de microméthanisation. © j.p.
Génisses. Aucune incidence de l’absence de bardage n’est observée sur la santé des génisses de plus de 1 an. © j.p.
Imprimer Envoyer par mail
En direct
Afficher toutes les actualités