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Dossier. Un groupe d’éleveurs sèche en vrac grâce à un méthaniseur

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Récolte. Le fourrage est récolté en vrac à l’autochargeuse, puis déposé dans des cases de séchage sur 0,90 à 1,30 m de hauteur. © Thierry Pasquet

En Mayenne, une dizaine d’éleveurs produit de la luzerne, du trèfle et des mélanges multi-espèces récoltés à 50 % de MS puis séchés en vrac chez un prestataire.

«L’association Alumé est née de la volonté d’une dizaine d’éleveurs de cultiver des fourrages riches en matière azotée et de l’opportunité de posséder à proximité un séchoir attenant à une unité de méthanisation, explique Stéphane Lorin, exploitant à Landivy (Mayenne) et président de cette association reconnue GIEE. Depuis bientôt deux ans, nous...
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«L’association Alumé est née de la volonté d’une dizaine d’éleveurs de cultiver des fourrages riches en matière azotée et de l’opportunité de posséder à proximité un séchoir attenant à une unité de méthanisation, explique Stéphane Lorin, exploitant à Landivy (Mayenne) et président de cette association reconnue GIEE. Depuis bientôt deux ans, nous récoltons du fourrage humide et nous le faisons sécher dans un bâtiment afin d’être moins dépendants de la météo, de limiter les pertes de feuilles et ainsi de mieux valoriser notre production. » La solution de séchage a été apportée par Fertiwatt, une structure créée à l’initiative du Gaec Blanchelande sur la commune voisine de Fougerolles-du-Plessis. Alain Bessiral, cogérant de Fertiwatt, retrace l’historique : « Le Gaec comprend un atelier lait avec une centaine de vaches, un troupeau allaitant de 70 blondes d’Aquitaine et un poulailler de 1400 m². Depuis longtemps, nous avions réfléchi à cette installation. Après avoir trouvé un accord avec des voisins apporteurs de lisier, nous avons créé Fertiwatt en 2013. Le projet comprend un méthaniseur d’une capacité de production électrique de 330 kW, associé à un séchoir multiproduit de même puissance pour valoriser la chaleur issue de la cogénération. Le Gaec cultive 10 ha de luzerne environ, mais c’est insuffisant pour occuper le séchoir à plein temps. Nous nous sommes rapprochés d’éleveurs des environs pour bâtir un projet collectif. Ils se sont fédérés dans l’association Alumé. Pour répondre à leurs besoins, nous avons construit deux cases intérieures de 4,80 m x 17 m avec ventilation d’air chaud par le sol au moyen de grilles. Chaque case a une capacité d’environ 10 t de MS. »

Le méthaniseur et le séchoir sont opérationnels depuis l’été 2016. Dès le début, les éleveurs se sont organisés avec un planning de récolte pour alimenter l’installation de manière régulière. Dans un premier temps, chaque producteur gère ses travaux de fauche, fanage et andainage, puis le fourrage est pressé en grosses bottes rectangulaires avant d’être apporté au séchage. « Au départ, nous pensions que le big-baller serait la meilleure solution pour optimiser la logistique, ajoute Alain Bessiral. Les deux cases de séchage ont été conçues pour recevoir 28 bottes chacune sur une seule couche. Mais dans les faits, ce n’était pas l’idéal : malgré le planning prévisionnel, le nombre de bottes récoltées ne tombait jamais juste pour remplir la case. Dans un même lot, tous les big-ballers n’avaient pas non plus le même taux de matière sèche. Certaines bottes étaient parfois plus serrées que d’autres, si bien qu’elles ne séchaient pas à la même vitesse. Nous perdions du temps en manutention pour sortir les balles sèches et replacer celles qui étaient encore humides. Chez les éleveurs, la reprise et la distribution des big-ballers ont posé aussi des problèmes car tous n’avaient pas les outils adaptés. C’est pourquoi lors du bilan à l’hiver 2016-2017, nous avons opté pour une récolte et un stockage en vrac. »

Une récolte à l’autochargeuse

Pour simplifier l’alimentation du séchoir, il est décidé que Fertiwatt doit prendre en charge la logistique. Alain Bessiral contacte l’importateur de remorques autochargeuses Schuitemaker, basé en Mayenne. Un modèle de 60 m3 est loué pour une saison. « Avec la nouvelle organisation, les chantiers se sont nettement simplifiés, reconnaît Stéphane Lorin. En début de saison, le groupe se réunit pour établir un calendrier de récolte selon les parcelles que chacun propose. La surface totale en 2017 était de 80 ha, dont la moitié environ en luzerne pure et le reste composé de parcelles de trèfle pur, de trèfle violet associé à du ray-grass hybride, et de différents mélanges multi-espèces. Une fois le planning établi pour la première coupe, l’ordre reste généralement le même par la suite. Les exploitants récoltent entre quatre ou cinq coupes pendant la saison. Chaque éleveur fauche ses parcelles avec les outils dont il dispose, de préférence le matin avant la rosée. Un fanage est effectué dans la foulée, suivi d’un second passage de faneuse le lendemain. Le plus souvent, nous andainons le deuxième jour, environ deux à trois heures avant la récolte en évitant de passer aux heures les plus chaudes. L’objectif est d’atteindre 50 à 60 % de matière sèche au champ, ce qui est apparemment le meilleur compromis, car au-delà, les pertes de feuilles deviennent plus importantes. Évidemment, les contraintes de la météo nous obligent parfois à modifier nos plans, mais avec le séchoir, il est possible de rentrer le fourrage à seulement 30 % de MS. »

Fertiwatt s’occupe de la récolte à l’autochargeuse, du séchage et, souvent, du retour du fourrage sec jusqu’à la ferme. La machine est équipée de couteaux, le chauffeur ne les utilise qu’à la demande des éleveurs. Chaque remorque est pesée à l’entrée et à la sortie afin de mesurer le rendement de chaque lot. Le foin humide est vidé dans la cour, puis repris au godet pour être étalé sur une épaisseur de 80 à 130 cm.

Un coût moyen de 80 €/t de MS rendu ferme

« En vrac, le séchage est plus homogène qu’en bottes , précise Alain Bessiral. Si deux éleveurs fournissent du foin le même jour, il suffit de placer des big-ballers de paille dans la case pour créer une séparation, et ainsi chacun récupère sa marchandise à la fin. Les cases sont équipées de sondes de température et d’humidité. L’objectif est d’amener le fourrage à 15 % d’humidité. L’air chaud est recyclé et passe plusieurs fois dans l’échangeur jusqu’à saturation en humidité. La chaleur provient du système de refroidissement du moteur de la méthanisation. Quand il est arrêté pour de la maintenance, nous pouvons aussi employer un brûleur à fuel ou une chaudière fonctionnant au biogaz provenant du méthaniseur. »

Selon les distances à parcourir entre la parcelle et l’installation de séchage, le coût moyen de la prestation en 2017 tournait autour de 80 €/t de matière sèche, intégrant le retour jusqu’à la ferme des éleveurs. Ces derniers ont fait leur calcul : ce prix est équivalent au tarif de l’enrubannage avec un transport jusqu­’à­­ la ferme également effectué par le prestataire. Mais cette formule de séchage a l’avantage de ne pas générer de plastique à éliminer. En aménageant des cloisons latérales­ sous un hangar, le stockage en vrac ne prend pratiquement pas plus de place que des bottes.

Après dix-huit mois de fonctionnement, le groupe semble avoir trouvé une organisation satisfaisante. Les éleveurs ne veulent pas en rester là puisqu’ils viennent d’investir dans un retourneur d’andains via une Cuma et qu’ils sont inscrits dans une démarche collective de progrès (voir encadrés). « Notre volonté est bien sûr d’optimiser le système, souligne Stéphane Lorin. Nous nous sommes engagés avec Fertiwatt sur un volume et, en échange, le prestataire nous assure la priorité sur le séchage de nos fourrages. Le groupe pourra évoluer si nécessaire, puisque la capacité du méthaniseur est amenée à augmenter et que l’installation de deux nouvelles cases de séchage est prévue. »

Denis Lehé
Accord. Alain Bessiral, cogérant de ­Fertiwatt, et ­Stéphane Lorin, président du groupe Alumé, ont signé un accord pour sécher en priorité l’herbe des éleveurs avec la chaleur issue du méthaniseur. © Thierry Pasquet
Planning. Les éleveurs du groupe définissent un planning de récolte des parcelles pour alimenter le séchoir régulièrement. © Thierry Pasquet
Logistique. C’est Fertiwatt qui gère la logistique du chargement au champ jusqu’au retour du fourrage en vrac chez les différents exploitants. © Thierry Pasquet
Matériel. Le retourneur d’andains acheté au printemps 2018 doit remplacer la faneuse et l’andaineur. © THIERRY PASQUET
Partenariat . Un suivi avec la chambre d’agriculture

Le groupe Alumé ne fonctionne pas uniquement autour d’un planning de récolte et de l’utilisation d’outils en commun. Les dix éleveurs se retrouvent régulièrement pour échanger et discuter de leurs résultats techniques. Ils sont épaulés par Étienne Fruchet, de la chambre d’agriculture de la Mayenne : « Avec ces éleveurs, nous avons un programme de suivi sur trois ans, explique le conseiller. Sur cette période, nous allons procéder à des analyses régulières pour mesurer la qualité des fourrages récoltés. Un produit coupé à un stade précoce affiche généralement de bonnes valeurs en MAT et UF. S’il passe trop de temps au champ, ces valeurs baissent. Avec le suivi, nous voulons mieux appréhender l’influence du stade de récolte, de la météo ou des techniques employées. L’idée est de progresser à tous les niveaux : agronomie, récolte, nutrition et santé animale. »

Le groupe Alumé s’est également inscrit dans le projet « 30 000 fermes ».

Ce dispositif vise à accompagner les exploitations en transition vers l’agroécologie et la réduction de l’usage de produits phytosanitaires.

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