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Dossier. « Si je le souhaite, le robot à lisier peut asperger le sol d’eau »

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Propreté Toutes les heures l’hiver, le robot à lisier CRD passe au pied des logettes, ce qui les maintient propres. Il collecte le lisier sur 1,68 m de large. Antoine Tourainne a renoncé à pailler les logettes. Il a investi dans des matelas d’eau sur lesquels il répand 300 g de farine de paille par logette et par jour. © c.hue

Dans le bâtiment d’Antoine Tourainne, le robot aspirateur à lisier de CRD collecte un effluent liquide côté logettes et un effluent plus sec côté litière, ce qui a réclamé des ajustements. S’il juge le sol trop sec, il active l’option « aspersion d’eau » du robot.

Le bâtiment compact tout neuf d’Antoine Tourainne a une particularité : il se divise d’un côté en 79 logettes pour les vaches en lactation, de l’autre en 594 m² de litière de miscanthus pour 60 génisses, vaches taries et allaitantes. L’éleveur tient compte de cette organisation dans l’utilisation du robot à lisier. Il a investi en 2019 dans un prototype d’Aspi’Concept, le robot aspirateur...
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Le bâtiment compact tout neuf d’Antoine Tourainne a une particularité : il se divise d’un côté en 79 logettes pour les vaches en lactation, de l’autre en 594 m² de litière de miscanthus pour 60 génisses, vaches taries et allaitantes. L’éleveur tient compte de cette organisation dans l’utilisation du robot à lisier. Il a investi en 2019 dans un prototype d’Aspi’Concept, le robot aspirateur de lisier du mayennais CRD, après la construction de la stabulation laitière en 2018. Le robot nettoie 680 m² de couloirs et travaille quatorze heures trente sur vingt-quatre grâce aux deux batteries lithium (dix heures avec deux batteries gel). « Le robot doit gérer des lisiers de consistance différente. En hiver, avec 300 g de farine de paille par logette par jour, le lisier de la partie logettes est liquide et ne pose pas de problème à l’aspiration. Hormis devant les cornadis, je n’asperge pas d’eau le sol à partir des 70 l de réserve d’eau du robot », dit-il. La salle de traite positionnée dans le bâtiment aide aussi à humidifier le couloir d’exercice et le couloir interlogette large de 6 m. « L’eau de lavage des quais et du parc d’attente s’écoule dans le couloir d’exercice. L’objectif initial était de gagner un peu de temps, mais cette organisation se révèle fort utile pour la qualité d’aspiration du lisier. »

Litière : abandon de la paille pour le miscanthus

Dans la partie en miscanthus, les génisses et vaches nourries au foin font des bouses plus sèches. Pour éviter qu’elles ne « beurrent » le couloir d’exercice de 4,5 m au passage du robot, et que celui-ci patine et perde ses repères, le sol est aspergé quotidiennement huit fois, soit 560 à 600 litres d’eau par jour. Durant les quatre mois d’hiver, cela représente une consommation de 70 m3.

Antoine a dû opérer des changements avant d’arriver à cette conduite. La première année de fonctionnement met en évidence que le couchage de paille de céréales n’est pas adapté. Pourtant, l’entreprise CRD accepte les aires paillées à condition qu’une marche de séparation de 10 à 15 cm empêche la paille de déborder sur le couloir. Ce qu’a fait l’éleveur, mais ce n’était pas suffisant. Il a abandonné la paille pour du miscanthus ensilé en brins grossiers de 2 cm que le robot à lisier réussit à aspirer.

L’autre amélioration concerne la table d’alimentation. Elle était équipée d’une simple barre au garrot qui n’empêchait pas le foin de tomber dans le couloir. Il l’a donc remplacée par des cornadis. « Le foin continue de tomber dans le couloir mais moins. Il demeure responsable de patinages. Il fait un amas qui se coince entre la roue et la raclette du robot », observe-t-il. Pour lui, malgré ces deux changements, les conditions d’aspiration et de déplacement du robot restent plus compliquées qu’en 100 % lisier. « Cela réduit tout de même le risque de bouchage du canal d’évacuation du lisier vers la fosse. Moins on a de matières, mieux c’est. » Durant la saison de pâturage de février à novembre, Antoine arrose deux fois moins les sols de l’ensemble du bâtiment, les vaches et génisses y étant beaucoup moins présentes. Les 38 passages en vingt-quatre heures en hiver tombent à 20. C’est que, même dans la Manche, à 20 km de la mer, il faut gérer la croûte de lisier qui se forme par forte chaleur et vent chaud.

Schématiquement, dans la partie logettes, il cible les pieds de cornadis et de logettes, et les couloirs interlogettes après la traite du matin et du soir. La partie en miscanthus, elle, reste systématiquement aspergée. « Les consommations journalières d’eau en hiver et durant le pâturage sont équivalentes (560 à 600 litres) mais réparties différemment. Elles représentent 205 m3 par an qui n’ont pas été prévus dans les 1700 m3 de fosse à lisier. Vu les deux derniers hivers pluvieux, la capacité est un peu juste. Il faut réussir à épandre avant l’hiver. Pour l’instant, c’est le cas. » L’éleveur n’a pas évalué la consommation électrique générée par le robot à lisier. Il estime a minima économiser le carburant par l’abandon du raclage-tracteur, qui était passé deux fois par jour dans l’ancien bâtiment. CRD annonce, lui, une consommation de 0,25 kW/heure contre 1,1 kW/h pour le raclage à corde et de 3 à 7,5 kW/h pour le raclage hydraulique.

Même si tester quatre modèles en deux ans et demi a été jalonné de mésaventures mécaniques et robotiques et même s’il manque encore de recul sur l’usure du robot à moyen terme, Antoine Tourainne ne regrette pas la robotisation du raclage. À commencer par le gain d’investissement, y compris aujourd’hui sans le tarif promotionnel relatif au prototype. « Trois racleurs coûteraient environ­ 45 000 € contre 30 000 € à 35 000 € de robot, selon les options », estime-t-il. Il apprécie également, l’hiver, la propreté au pied des logettes et dans les couloirs interlogettes et donc sur les pieds des vaches grâce à une aspiration programmée toutes les heures. Sur son smartphone, il peut changer à tout moment la fréquence des passages et d’aspersion. Il pourrait aussi modifier les quatre trajectoires programmées par CRD. « Mais je préfère leur en laisser le soin, d’autant plus que les techniciens peuvent le faire à distance­. » Ils ont la main grâce à la connexion internet et viennent d’installer un boîtier CPL (courants porteurs en ligne) pour l’améliorer encore.

La fosse à lisier à droite du bâtiment

La surveillance de CRD 24 h/24 permet à tout moment de remettre le robot « dans le droit chemin ». Une sécurité jugée précieuse par l’éleveur. Il éteint d’ailleurs la nuit le système d’alarmes sur son smartphone. L’équipe vient de Mayenne pour les dépannages mécaniques. « En attendant, je peux pousser le lisier avec l’ancien racleur-tracteur jusqu’au canal sous caillebotis au bout des deux couloirs de la partie logettes. Il est relié à la fosse à lisier. » La robotisation l’exonère d’une fosse en bout de bâtiment, rencontrée classiquement en raclage mécanique. Elle est implantée sur son côté droit. « Si je souhaite agrandir le bâtiment, je ne serai pas gêné. Le robot à lisier apporte de la souplesse dans la conception d’un site de production. »

claire hue
Salle de traite dans le bâtiment. De ce quai de la 2 x 8 postes en épi, les vaches sortent directement dans le couloir d’exercice. L’eau de son lavage y coule, ce qui facilite l’aspiration du lisier par le robot CRD. © c.h.
Miscanthus Une partie du bâtiment héberge, l’hiver, 60 génisses et vaches allaitantes sur une litière de miscanthus qu’Antoine Tourainne juge beaucoup plus adaptée au robot aspirateur que la paille. Une marche de 10 à 15 cm évite que les brins de 2 cm se répandent dans le couloir d’exercice. © c.h.
p200 m3 d’eau par an. Si le robot Aspi’Concept a une buse d’aspersion à l’avant et une à l’arrière, l’éleveur utilise seulement la première. Il juge l’arrosage suffisant. Le couloir de la partie en miscanthus est humidifié toute l’année. L’eau totale consommée est d’un peu plus de 200 m © c.h.
pEntretien quotidien. Une fois par mois, Antoine Tourainne enlève du regard de vidange les dépôts qui s’accumulent. Il finit le travail au jet d’eau. CRD propose aujourd’hui un système de © c.h.
pVidange et recharge. Deux logettes ont été enlevées pour installer la station en pignon de bâtiment, au carrefour des couloirs interlogettes et d’exercice. Là, après chaque trajet, durant quinze à vingt minutes, les 350 litres contenus dans le réservoir à lisier se déversent dans un canal, la réserve en eau de 70 l se remplit et les deux batteries lithium se rechargent. Une recharge d’une heure a lieu aussi durant la nuit. © c.h.
uRepères Les deux capteurs Lidar du robot à lisier se repèrent par les murets et les bastaings posés aux endroits stratégiques. Ce bastaing l’aide à passer de la partie logettes à la partie en miscanthus par l’extérieur du bâtiment. © c.h.
l’avis de…
« D’abord réfléchir à la conception de son bâtiment » l’avis de… Emmanuel hérouard, conseiller bâtiments à la chambre d’agriculture de la Manche

« Le robot à lisier s’adapte à la conception du bâtiment, et non l’inverse, surtout lorsque l’on part de zéro et que l’on projette de construire une stabulation laitière. La priorité est de bien réfléchir à son organisation. Les équipements seront choisis en fonction de ce qui est décidé. Antoine Tourainne a opté pour un bâtiment de grande largeur, avec deux tables d’alimentation et le bloc traite dedans. Le robot à lisier convient à ce type de bâtiment compact. Il se déplace sur des couloirs qui ne sont pas longs et gagne ainsi en efficacité. Le robot à lisier permet aussi à l’éleveur un nettoyage des passages de logettes, ce qui favorise la propreté des sols et donc des pieds des vaches. Si la paille est proscrite des logettes, attention à ne pas pénaliser le confort des vaches. Antoine a choisi des matelas d’eau. »

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