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Dossier. « Des haies autour des parcelles ? Un véritable atout »

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pCes dernières années, Alain Guihard a replanté 1,5 kilomètre de haies en complément des 15 km déjà existants. © D. L.

Alain Guihard, éleveur dans le Morbihan, est convaincu des bienfaits de la haie : pour la biodiversité, les rendements et le bien-être de ses animaux. Chaque année, il entretient les 16 km autour de ses parcelles et commercialise des plaquettes pour le chauffage et du bois d’œuvre.

« Dans notre exploitation, les vaches pâturent environ neuf mois sur douze. Les protéger des intempéries et des vagues de fortes chaleurs est notre priorité, souligne Alain Guihard, éleveur en Gaec avec son frère Philippe, à Saint-Dolay (Morbihan). La présence de haies autour des parcelles­ crée un milieu favorable pour les animaux. C’est un vrai atout. La preuve ? Il suffit d’observer où le troupeau...
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« Dans notre exploitation, les vaches pâturent environ neuf mois sur douze. Les protéger des intempéries et des vagues de fortes chaleurs est notre priorité, souligne Alain Guihard, éleveur en Gaec avec son frère Philippe, à Saint-Dolay (Morbihan). La présence de haies autour des parcelles­ crée un milieu favorable pour les animaux. C’est un vrai atout. La preuve ? Il suffit d’observer où le troupeau s’installe en été pour en être convaincu. Dans les champs cultivés, la haie améliore aussi les rendements et offre un réservoir de biodiversité intéressant. En contrepartie, il faut l’entretenir en coupant régulièrement des arbres et en élaguant des branches. Pour compenser les frais d’entretien, je valorise le bois. » Au début de sa carrière, l’éleveur coupait des bûches qu’il commercialisait ou utilisait pour chauffer sa maison. Mais cette demande étant en baisse, il décide, à la fin des années 2000, de passer au bois déchiqueté. Il a notamment installé chez lui une chaudière avec un silo de stockage de plaquettes qui alimente le foyer de manière automatique. Cet équipement avait bénéficié à l’époque d’une subvention. Pour écouler le reste de sa production, il adhère à la SCIC (1) Argoat Bois Énergie.

Commercialisation en bois énergie

« En moyenne, chaque année, nous produisons 300 m3 de plaquettes sur l’exploitation. La majorité est commercialisée par l’intermédiaire de la SCIC, principalement pour des chaufferies et parfois aussi pour des paysagistes qui s’en servent comme paillage naturel dans les parterres. Je continue à abattre les arbres à la tronçonneuse, car j’apprécie ce type de chantier. J’entretiens chaque année quelques centaines de mètres linéaires. L’objectif est de revenir tous les quinze à vingt ans au même endroit pour laisser le temps à la haie de se redévelopper. Je coupe principalement les bois blancs, comme le châtaignier, les saules, les bouleaux ou les sapins, et je conserve les chênes afin d’en faire du bois d’œuvre, car la valorisation est supérieure à celle des plaquettes. »

Importance de la logistique

La coupe se fait essentiellement en hiver. Les associés interviennent de préférence les années où la parcelle est en prairie, ou bien avant un maïs. Tout le bois est repris avec la fourche du tracteur en prenant soin de ne pas ramasser de terre. L’idéal est de stocker les branches toujours dans le même sens pour former des tas bien alignés et ainsi faciliter le travail du prestataire qui les reprendra plus facilement avec le grappin de son broyeur. La logistique du chantier a son importance. Le broyeur a un débit de 70 m3 par heure et l’heure de travail est facturée 280 €, il ne faut donc pas perdre de temps. L’agriculteur prévoit quatre bennes avec tracteurs et chauffeurs qui font des allers et retours du chantier à la ferme, comme lors d’un ensilage. Le tas est stocké sous un ancien hangar bétonné qui ne sert qu’à cela. « Il m’arrive parfois de récupérer du bois via des paysagistes, mais je n’accepte pas n’importe quoi, précise Alain Guihard. Les petites branches ne sont pas intéressantes pour faire des plaquettes de qualité. Le bois que nous coupons fait souvent 30 à 40 cm de diamètre à la base, même si le broyeur accepte des morceaux de 80 cm. Une fois en silo, le tas de plaquettes a tendance à chauffer, jusqu’à 70 °C. Mais aucun risque que cela prenne feu. Je le garde généralement six mois au minimum pour qu’il passe sous la barre des 20 % d’humidité. Au-delà, la combustion en chaudière n’est pas optimale. »

Alain Guihard indique chaque année à la SCIC les quantités qu’il souhaite vendre. La coopérative négocie des marchés avec ses clients, notamment les collectivités qui gèrent des chaudières. L’enlèvement se fait principalement par camion. Un transport avec une benne de 60 m3 coûte environ 150 €, ce qui revient moins cher qu’une livraison faite par l’agriculteur avec sa benne et son tracteur. Les plaquettes sont payées 90 €/t, qu’elles soient destinées à du chauffage ou à du paillage. « Ce prix rémunère tout juste les frais liés à l’entretien, à l’exploitation et au broyage, souligne Alain Guihard. Il ne reste pratiquement pas de bénéfice financier, mais au moins, cela profite aux haies et donc à l’exploitation dans son ensemble. »

Implanter des essences locales

Ces dernières années, le Gaec a replanté 1,5 kilomètre de linéaire bocager, exclusivement à base d’essences locales : des arbres de hautes tiges comme du chêne, du châtaignier ou du frêne et des arbustes à basses tiges tels que saules, bouleaux, néfliers, houx et pruniers. L’objectif étant aussi de produire des petits fruits pour nourrir la faune, notamment les oiseaux, en hiver. « Ce maillage sur l’exploitation joue un rôle très positif de brise-vent au bord des parcelles tout en préservant la biodiversité. C’est un aspect souvent méconnu des agriculteurs qui ne voient que les contraintes de la haie. Mais pour donner un attrait à la plantation, il faut une filière dynamique. Sur ce point, ce sont principalement les collectivités qui interviennent en tant que consommatrices locales du bois. Elles doivent continuer dans cette voie qui profite à l’agriculture et à l’environnement, tout en créant des emplois sur le territoire », conclut Alain Guihard.

Denis Lehé

(1) Société coopérative d’intérêt collectif.

t © D. L.
qUne partie des plaquettes alimente la chaudière de la maison. © D. L.
x © D. L.
De multiples fonctions

Pour les animaux, l’effet protecteur d’une haie n’est plus à démontrer. Qu’il vente, pleuve ou qu’il fasse très chaud, les vaches viennent systématiquement y trouver un abri. Pour les éleveurs qui misent sur le pâturage, les alignements d’arbres font donc partie intégrante du système de production.

Sur les cultures ou les prairies, l’effet est moins visuel mais tout aussi réel. « L’impact positif des haies sur la productivité des parcelles­ a été maintes fois démontré par des études réalisées en France avec l’Inrae, ou par d’autres organismes à l’étranger, rappelle Gilles Beaujean, de la chambre d’agriculture du Maine-et-Loire. Les chiffres révèlent des gains de productivité à l’échelle de la parcelle de l’ordre de 10 à 15 % en moyenne, avec des variations selon les espèces cultivées. Si un effet négatif est souvent visible à proximité immédiate des arbres, il est plus que compensé par l’effet protecteur, dit brise-vent, qui peut s’étendre sur une longueur supérieure à dix fois la hauteur de la haie. Cela limite le dessèchement du sol et profite à la culture. Autre atout : un risque de verse réduit. D’où l’intérêt de planter en se protégeant des vents dominants. » Ce rôle de brise-vent est également intéressant pour protéger les bâtiments.

D’un point de vue agronomique et environnemental, une haie implantée en travers de la pente constitue aussi un rempart contre l’érosion et le ruissellement avec plusieurs bénéfices à la clé : l’eau pénètre mieux dans le sol, ce qui réduit la migration des produits phytosanitaires, des éléments minéraux ou de la matière organique vers les cours d’eau en contrebas et dans les captages d’eau potable. « La haie contribue à enrichir le sol en matière organique, ajoute Gilles Beaujean, c’est positif pour la fertilité des sols. » Autre bénéfice de plus en plus souvent mis en avant : le renforcement de la biodiversité. Arbres et arbustes hébergent une multitude d’insectes, d’oiseaux et de petits mammifères ayant pour certains un rôle d’auxiliaire très intéressant. Le choix des essences implantées favorise cette diversité et l’écosystème abrité par la haie contribue à réduire la présence de ravageurs sur les cultures. Une efficacité­ renforcée par un maillage bocager continu­ favorisant les échanges et les déplacements de la faune sur de larges périmètres.

Des travaux sont également à l’étude pour faire de la haie un complément alimentaire. Pendant les périodes sèches de l’été, les feuilles peuvent constituer un apport fourrager qui prendrait le relais des prairies.

Sur le plan paysager, la haie bocagère exerce dans certains départements une réelle fonction patrimoniale qu’il est important de préserver, car elle participe à l’identité culturelle et donc au dynamisme du territoire.

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