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Dossier. Pâturer aux quatre saisons en zone séchante

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L’expérimentation d’un système bioclimatique menée à Lusignan montre l’intérêt de profiter de la diversité fourragère pour faire durer le pâturage toute l’année.

Pour faire face aux aléas climatiques, l’Inra teste depuis la campagne 2012-2013, à la station expérimentale de Lusignan (Vienne), l’efficacité d’un système laitier qualifié de bioclimatique, appelé Oasys. Il est fondé, d’une part, sur l’allongement de la saison de pâturage avec des espèces résistantes au sec et, d’autre part, sur des stocks fourragers produits à partir de cultures...
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Pour faire face aux aléas climatiques, l’Inra teste depuis la campagne 2012-2013, à la station expérimentale de Lusignan (Vienne), l’efficacité d’un système laitier qualifié de bioclimatique, appelé Oasys. Il est fondé, d’une part, sur l’allongement de la saison de pâturage avec des espèces résistantes au sec et, d’autre part, sur des stocks fourragers produits à partir de cultures peu exigeantes.

« Nous avons mené cette réflexion en nous projetant dans vingt ans, dans un contexte d’augmentation des sécheresses estivales et des événements climatiques extrêmes qui risquent d’aggraver les pénuries de fourrages déjà observées », explique Sandra Novak.

La diversité des espèces cultivées à Lusignan apparaît très (trop) complexe pour être mise en œuvre concrètement par un éleveur. Cette expérimentation, en attente d’une évaluation technico-économique, présente néanmoins l’intérêt de balayer un ensemble de leviers pouvant, chacun, être activés à l’échelle de l’exploitation en vue de sécuriser son système fourrager.

Deux saisons de vêlages, hors période de stress thermique

La ferme de Lusignan se situe dans une zone qualifiée de séchante, en raison d’une pluviométrie estivale souvent faible (58 à 269 mm de juin à août entre 2006 et 2016) et d’une ETP élevée (évapotranspiration potentielle de 263 à 424 mm sur la même période). Elle repose néanmoins sur des terres limono-argileuses, dotées d’une bonne réserve en eau (environ 140 mm sur 1 m).

Les 72 vaches sont conduites en croisement trois voies (holstein, jersiaise et rouge scandinave) afin d’avoir des animaux plus rustiques, adaptés au pâturage. Pour valoriser les pics de production d’herbe au printemps et à l’automne, les périodes de vêlage sont centrées sur ces deux saisons. Après un premier vêlage à 24 mois, les vaches font une lactation de 16 mois autorisant l’alternance entre vêlage de printemps et d’automne. L’idée première de ce système « bioclimatique » est d’allonger la saison de pâturage pour mieux maîtriser les coûts alimentaires. La SAU de 90 ha comprend ainsi trois types rotations.

Une rotation de sept ans dédiée au pâturage. Il s’agit de prairies multi-espèces (ray-grass anglais, dactyle, fétuque élevée, trèfles et luzerne) installées pour cinq ans. Elles sont enrichies avec de l’avoine pour booster le démarrage en première année et 2 kg/ha de chicorée et/ou de plantain fourrager, espèces choisies pour leur résistance au sec grâce à un enracinement profond. « Dans cette rotation, une nouvelle prairie complexe est semée chaque année, précise Sandra Novak. La composition de chacune diffère par leur précocité ou leur résistance au froid et au sec pour mieux étaler la production au fil des saisons. »

Après destruction au printemps par un travail simplifié du sol, la prairie est suivie pendant deux ans par des couverts de courte durée à croissance rapide (ray-grass italien, trèfle incarnat, chicorée), mais aussi des cultures fourragères annuelles (millet, sorgho fourrager, moha et trèfles) pour le pâturage d’été et d’automne, des cultures intermédiaires (colza et radis fourrager) pour l’automne ou de la betterave, pâturée au fil en hiver. « À cause de la présence d’acide cyanhydrique, le sorgho ne peut être pâturé qu’après avoir atteint 40 à 50 cm. Deux à trois exploitations successives peuvent ensuite être réalisées. Le moha et le millet peuvent être exploités précocement. Le moha fournit une première pousse abondante, mais le millet a des repousses de meilleure qualité autorisant plusieurs passages jusqu’aux premiers froids. »

En 2009, 3 ha de millet (10 kg/ha) + légumineuses (1 kg de trèfle d’Alexandrie, 1 kg de trèfle de Micheli, 2 kg de trèfle incarnat et 5 kg de vesce commune) ont fourni dix-huit jours de pâturage au mois d’août à des animaux en fin de lactation, soit une production de 20,9 kg de lait par jour, sans complémentation.

Des cultures à double usage pour faire face aux aléas

Le déprimage et le pâturage de stocks sur pieds sont également des pratiques qui visent à prolonger le pâturage. À Lusignan, la valorisation au pâturage par des vaches en fin de lactation d’une parcelle de ray-grass anglais conduite en report sur pied, sans complémentation, a couvert une production de 13,3 kg de lait par jour, pour un gain évalué à 0,05 € par litre, par rapport à une récolte en foin.

Une rotation de sept ans, pâturée ou récoltée. Elle comprend des prairies multi-espèces, implantées pour cinq ans en vue d’une exploitation mixte fauche-pâture. Elle est complétée par des méteils qui pourront être pâturés ou récoltées (grain ou ensilage) selon les conditions climatiques de l’année et l’état des stocks. « Les deux usages peuvent également être combinés, souligne Sandra Novak. L e méteil peut être pâturé en hiver, puis récolté en ensilage à la fin du printemps et les repousses peuvent à nouveau être pâturées. »

Une rotation de huit ans pour les stocks. Ils sont réalisés sur les parcelles éloignées, à partir de prairies de fauche à base de luzerne implantées pour quatre ans et de cultures à double usage (fourrages ou grains) : maïs, sorgho et méteil.

Dans les trois rotations, des arbres ont été plantés : ils ont pour vocation de fournir une ressource fourragère, mais aussi de réguler le microclimat, ou de faire du bois d’œuvre dans les parcelles non pâturées.

Jérôme Pezon
Agroforesterie. La protection des jeunes plants repose sur la clôture électrique, sur une gaine de protection et un répulsif à renouveler régulièrement contre les chevreuils. © INRA ferlus
Ligneux. Une ressource fourragère estivale

Les ligneux sont une ressource fourragère potentielle d’été inexploitée. L’Inra a donc entrepris un travail d’évaluation de la valeur alimentaire des feuilles de 28 essences. La matière sèche varie de 18 à 60 %, la MAT de moins de 9 % (chêne vert, lierre) à plus de 20 % (châtaignier, vigne, mûrier et robinier). La digestibilité varie de moins de 50 % (chêne vert et robinier) à plus de 85 % (mûrier et jasmin).

Les essences qui ont le plus de valeur et d’appétence sont le robinier, le frêne, le mûrier blanc et l’orme. Les plus difficiles à digérer : le saule, l’aulne, le chêne et le châtaignier. À Lusignan, des lignes agroforestières à des fins fourragères ont été intégrées en 2015 dans 3 ha de prairies pâturées. Elles alternent sept plants conduits en têtard bas ou en taillis de un mètre de hauteur, pour que les branches soient accessibles, encadrés par deux arbres de hauts jets. Le prix des plants varie de 1 à 20 € selon l’essence et l’âge de l’arbre.

Dans certaines régions, des subventions sont disponibles via la mesure 222 « Agroforesterie » des Fonds de développement rural. Certaines essences pourraient présenter d’autres atouts : effet antiparasitaire lié aux tanins, ou anti-inflammatoires comme les feuilles de saule.

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