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Dossier. « Passer à un vêlage à 28 mois et continuer de valoriser nos prairies »

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Suivi. Il y a trois ans, Alexis Caubrière © c.Hue

L’EARL de la Mare est à la tête de 111 ha de prairies qu’elle valorisait jusqu’en 2020 par un vêlage des génisses à 33 mois. À surface constante, elle agrandit actuellement son troupeau par croît interne. Elle est en train d’abaisser l’âge au premier vêlage.

La première image qui saute aux yeux lorsque l’on arrive à l’EARL de la Mare, ce sont ses étendues de prairies. Au cœur du marais de Carentan, elle exploite 111 ha de prairies à 85 % naturelles sur 155 ha de SAU. L’âge au premier vêlage à 33 mois y a logiquement sa place pour valoriser les 46 ha de prairies pâturées qui sont dédiées aux génisses. Le climat local y aide. Avec...
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La première image qui saute aux yeux lorsque l’on arrive à l’EARL de la Mare, ce sont ses étendues de prairies. Au cœur du marais de Carentan, elle exploite 111 ha de prairies à 85 % naturelles sur 155 ha de SAU. L’âge au premier vêlage à 33 mois y a logiquement sa place pour valoriser les 46 ha de prairies pâturées qui sont dédiées aux génisses. Le climat local y aide. Avec 1000 mm de pluviométrie par an, les prairies sont relativement à l’abri des sécheresses estivales. « S’il y a un creux de pousse l’été, il ne dure qu’une quinzaine de jours. Les prairies repartent vite », observe Alexis Caubrière, qui est salarié à mi-temps de l’EARL depuis le 1er juillet. Il projette de s’installer avec son père, Emmanuel, dans deux ans. Les 140 jeunes femelles reçoivent un kilo de maïs-ensilage uniquement durant les trois semaines de préparation au vêlage. L’hiver, elles consomment du foin ou de la paille, de l’herbe enrubannée de deuxième ou troisième coupe ou de l’ensilage d’herbe.

D’avril à novembre, bien évidemment, elles pâturent. « Leur mise à l’herbe ne s’effectue pas avant le 10 avril. Plus tôt, nos prairies de marais ne sont pas portantes. » Et le jeune salarié de préciser : « Seules les femelles âgées d’au moins 10 mois sortent. Avant, nous estimons qu’elles ne valorisent pas suffisamment l’herbe. Elles se contentent de grappiller. » L’autre caractéristique de l’exploitation est son parcellaire morcelé : 35 hectares autour des bâtiments, 40 ha à 2 km et des îlots de 3 à 7 ha. Les éleveurs en font un atout. Les génisses y sont réparties par catégorie d’âge. « Nous n’avons pas besoin de les abreuver. Toutes les parcelles bénéficient du réseau d’eau de la ville. Elles sont équipées de compteurs à eau », précise-t-il.

Il y a trois ans, l’EARL a entamé un suivi plus précis des croissances des génisses, sous la houlette d’Alexis… qui est aussi conseiller génisses, à mi-temps, à l’organisme de conseil Littoral Normand (groupe Seenergi). Il s’est ainsi fait à la fois conseiller et usager sur l’élevage familial. « Cela répond à une nécessité. Mon projet d’installation s’accompagne dès à présent d’une augmentation de la référence de 200 000 litres. Sur la même surface, il nous faut 25 vaches en plus que nous avons décidé d’obtenir par croît interne. Nous élevons toutes nos génisses depuis trois ans et souhaitons abaisser l’âge de leur premier vêlage de 33 mois à 28-30 mois mais sans renoncer à l’herbe pâturée », dit Alexis. Les éleveurs veulent booster leur croissance tout en continuant de profiter de l’intérêt low cost du pâturage. « S’il le faut, nous réduirons l’élevage allaitant pour maintenir l’équilibre entre chargement et qualité des prairies », complète-t-il. À partir des pesées réalisées depuis trois ans à l’entrée en stabulation et avant la mise à l’herbe, l’EARL de la Mare a pris deux virages : sur le sevrage et l’insémination. Alexis applique sur l’élevage les préconisations du groupe Seenergi : peser les génisses pour évaluer ses pratiques. « La première année de pesée a permis de faire un état des lieux. Leur poids moyen à 6 mois était de 163 kg, c’est-à-dire 40 kg de moins que les recommandations à cet âge. Leur croissance sur la phase 0-6 mois n’était pas suffisante, c’était principalement dû à un sevrage tardif : à 4 mois. »

Sevrer à 3 mois et non plus à 4 mois

Début 2020, la décision est prise de descendre l’âge au sevrage à 3 mois. Dans ce but, le concentré est augmenté à 2,5 kg à 3 mois contre 1,5 kg à 4 mois. La VL à 17,5 % de MAT est remplacée par un aliment floconné premier âge jugé plus appétent. « Le concentré floconné est à volonté dans un seau au milieu de la case pour inciter les veaux à le consommer. Nous avons supprimé sa distribution aux cornadis car les petites femelles doivent d’abord monter une marche, ce qui n’encourage pas sa consommation. »

De même, l’ingestion de paille est stimulée en la remuant deux fois par jour aux cornadis. Les pesées de décembre, mars et juillet (la dernière spécialement pour la venue de L’Éleveur laitier) sur 34 génisses nées entre octobre 2019 et septembre 2020 valident les changements opérés. Leur poids moyen à 6 mois s’élève à 204 kg. C’est conforme à la recommandation à cet âge. « Entre zéro et 6 mois, on maximise leur croissance et leur développement squelettique », dit Nicolas Lair, responsable du pôle génisse du groupe Seenergi.

Premières inséminations à 19 mois cet été

L’autre changement majeur concerne la mise à la reproduction. Avant la pratique des pesées, les génisses étaient inséminées l’hiver entre 22 et 24 mois, leur taille guidant la décision, prise au coup d’œil. L’été, elles l’étaient à partir de la fin septembre. Cela correspondait à leur retour à la ferme pour faciliter la surveillance de leurs chaleurs. Elles pâturaient derrière le passage des vaches. « La pesée nous a rassurés. Elle a montré qu’il était possible de les inséminer plus tôt, c’est-à-dire autour de 18 à 19 mois. Pour la première fois cet été, nous avons donc ramené fin juillet à la ferme les quatorze concernées. D’après leur pesée le 23 juillet, nous aurions pu le faire en juin mais elles n’auraient pas profité de la pleine pousse d’herbe. » Les 503 kg mesurés pour un âge moyen de 19 mois et 9 jours renvoient en effet à 470 kg à 18 mois selon le calcul du service de Bovin Croissance Manche. C’est un peu plus que les 400 à 450 kg de poids objectif préconisés à la première IA.

La distribution de concentrés est le principal levier de la baisse de l’âge de la mise à la reproduction. Les génisses en reçoivent désormais jusqu’à 14 mois. Ensuite, seuls sont apportés l’ensilage d’herbe de deuxième ou troisième coupe et le pâturage jusqu’à la préparation au vêlage. En vêlage 33 mois, elles étaient en zéro concentré à partir de 6 mois. « L’absence de concentrés évitait le risque de femelles grasses et de problèmes au vêlage, ce qui est inhérent aux vêlages tardifs. » Et le jeune éleveur-conseiller d’ajouter : « Sans doute bénéficiaient-elles du phénomène de croissance compensatrice au pâturage mais sans pesée, on ne peut que le supposer. »

Un GMQ régulier entre 700 et 800 g par jour

Alexis prévoit en 2021-2022 un âge au premier vêlage de 28 à 30 mois, selon les animaux. Il se traduit par des croissances régulières de 700 à 800 g par jour à partir de 6 mois. « Nous ne maîtrisons pas la qualité de l’herbe pâturée, ce qui explique ces croissances modérées. Il faudrait apporter du concentré au pâturage pour des GMQ supérieurs. » L’EARL de la Mare n’en a pas l’intention. Elle ne veut pas descendre en dessous des 28 mois pour continuer à valoriser les prairies.

Claire Hue
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