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Dossier. « Nous avons deux robots à lisier pour 120 vaches et 760 m2 nettoyés »

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Prise en main. Jean-François Milet et David Féron dirigent les deux robots Lely à partir d’un smartphone. La connexion étant par Bluetooth, ils peuvent le faire lorsqu’ils sont à 20 m au maximum. © c.h.

Si Jean-François Milet et David Féron décidaient d’ajouter 60 logettes aux 120 actuelles, les deux robots Lely suffiraient. N’étant pas au taquet aujourd’hui, les deux robots permettent une aspiration du lisier sans contraintes majeures.

David Féron et Jean-François Milet, du Gaec des Lierrus, ont mis en route en février 2018 une stabulation flambant neuve de 48 m de long et 38 m de large pour 120 logettes. Elle a la configuration classique d’un bâtiment compact : deux tables d’alimentation et deux couloirs de circulation avec six rangées de 20 logettes face à face. Le seul passage interlogette, large de 5 m, est au bout, en pignon de bâtiment. Au ...
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David Féron et Jean-François Milet, du Gaec des Lierrus, ont mis en route en février 2018 une stabulation flambant neuve de 48 m de long et 38 m de large pour 120 logettes. Elle a la configuration classique d’un bâtiment compact : deux tables d’alimentation et deux couloirs de circulation avec six rangées de 20 logettes face à face. Le seul passage interlogette, large de 5 m, est au bout, en pignon de bâtiment. Au pignon opposé sont implantés deux robots de traite avec, devant, une aire d’exercice large de 7,5 m. Ils ont choisi d’investir aussi dans deux robots collecteurs de lisier. « Si l’on compte les deux couloirs d’alimentation qui sont prolongés de 70 m² à l’arrière des robots, la surface à nettoyer est de 760 m² », calcule Jean-François Milet. « Pourtant, acheter deux robots collecteurs n’était pas dans notre projet initial, rappelle son associé, David Féron. L’idée était d’installer 4 racleurs à corde et une fosse sous caillebotis devant les deux robots de traite. » Juste avant le Space 2017, Lely les emmène découvrir un prototype de son Discovery 120 Collector dans un bâtiment existant.

Une économie de 58 000 € 

« Nous avons décidé dans la foulée de robotiser le raclage, car cela représentait une sacrée économie par rapport aux racleurs. C’est toujours le cas aujourd’hui, sans l’offre promotionnelle de l’époque. Elle se justifiait par l’achat d’un modèle pas encore bien finalisé. »

Les deux associés font le calcul : d’un côté 60 000 € dans quatre racleurs, 10 000 € de maçonnerie et 48 000 € de fosse caillebotis + préfosse de 8 m3 pour un total de 118 000 €, de l’autre environ 60 000 € pour deux robots collecteurs (tarif actuel). « Nous aurions pu investir au départ dans un seul robot car notre troupeau comptait 96 laitières mais il aurait été compliqué de nettoyer les 760 m² aux fréquences souhaitées. » Ils ne regrettent pas les deux robots car aujourd’hui leur troupeau compte 120 laitières. « Nous pouvons monter jusqu’à 180 sans acheter un troisième robot collecteur puisque la stabulation est construite pour une éventuelle extension de deux travées et 60 logettes. » Les 180 vaches et 1 030 m² à nettoyer resteraient dans les clous des préconisations de Lely : un maximum de 100 vaches ou de 500 m² d’aire de vie par robot (lire pages précédentes). Logiquement, les deux robots couvrent chacun la moitié du bâtiment : un couloir d’alimentation, un couloir d’exercice et une partie de l’aire d’exercice devant les robots de traite (voir plan). À partir d’un logiciel, les techniciens Lely ont consacré une semaine à les paramétrer. Ils ont défini trois routes et leur fréquence de nettoyage, en prenant soin, bien sûr, d’éviter leur télescopage.

L’espérance de vie de la bouse est d’1 h 30 devant les logettes

Chaque route est réalisée en deux passages, avec une vidange intermédiaire du réservoir de 340 litres directement dans la fosse à lisier. La première est le couloir d’alimentation, la deuxième le couloir des logettes jusqu’au robot de traite. La troisième repasse au pied des logettes du couloir d’alimentation et par les deux petites aires d’exercice à l’arrière des robots de traite. Grâce à l’absence de marche entre les couloirs, ils nettoient également le passage interlogette. « Ce que ne font pas les racleurs, laissant des passages toujours humides et propices aux maladies de pied. Ce nettoyage très régulier est un des grands intérêts de cette robotisation », insiste Jean-François Milet. La Mortellaro digitée est malgré tout présente dans leur élevage, importée du précédent bâtiment.

La programmation des deux robots répond à un objectif : une espérance de vie de la bouse de maximum une heure et demie devant les logettes. « C’est notre priorité pour maintenir les pieds des vaches et les logettes propres », dit David Féron. En contrepartie, les autres zones sont moins nettoyées : une fois toutes les deux heures et demie, et même deux fois par jour pour les aires de repos et de tri à l’arrière des deux stalles de traite. C’est que les deux batteries gel ne permettent pas un fonctionnement 24 heures sur 24. Elles assurent 28 allers-retours avec un temps de recharge électrique de quarante minutes tous les deux allers-retours. Ces recharges en complètent deux autres, plus longues, d’une heure quinze minutes (à 13 heures et à 1 heure du matin). Les deux associés apprécient l’absence de « vague » de lisier, d’habitude créée par la poussée du racleur. « Les vaches ne sont plus gênées par son passage. Elles se sont bien habituées aux deux robots dont le gabarit (1,20 m de large sur 1,40 m de long et 61 cm de haut) est compatible avec sa présence dans le troupeau. Ils s’annoncent par un bip. » Et s’il bute dans un animal, il fait trois tentatives d’avancée et stoppe en cas d’échec. « En trois ans, nous avons assisté à un seul bug : il s’est arrêté à côté de la vache. »

En revanche, ils constatent que le robot pince la queue qui traîne dans le couloir lorsque les laitières sont couchées. Cela peut aller jusqu’à sectionner son extrémité. « De notre côté, nous ne devons pas oublier de déprogrammer le nettoyage le long des cornadis lorsqu’elles y sont bloquées. C’est arrivé une fois, heureusement sans dommage. »

La paille sur les logettes proscrite

Ils sont très vigilants depuis, de même qu’ils surveillent les primipares pouvant s’effaroucher les premiers jours. À l’inverse, leur inquiétude d’une mauvaise gestion des délivrances placentaires s’est estompée. « Nous craignions au départ le bouchage de la pompe d’aspiration du lisier. En fait, le robot pousse les délivrances jusqu’à la fosse à lisier dans laquelle il vide sa cuve. » Pour David Féron et Jean-François Milet, robotiser le raclage des couloirs nécessite de renoncer au paillage des logettes, reconnu pour le confort qu’il apporte aux laitières. Le système d’aspiration du lisier de Lely l’interdit. Le constructeur autorise seulement 400 à 500 g/logette/jour d’asséchant (farine de paille, sciure). Eux qui, auparavant, conduisaient une stabulation paillée apportent aujourd’hui 400 g de farine de paille et ont investi dans des matelas qu’ils nettoient matin et soir. Avec un inconvénient. « La farine de paille a tendance à encroûter les sabots et les pieds des vaches et parfois irrite leur peau. L’avantage est un court temps de mixion du lisier (trente à quarante minutes) avant l’épandage. L’homogé­néisation par un agitateur, elle, est maintenue », précise Jean-François.

21 m3 d’eau consommés par an

En revanche, les associés apprécient l’aspersion d’eau sur le sol pour limiter le « beurrage » des couloirs constaté classiquement dans les élevages de mai à octobre. Le vent chaud séchant et les vaches un peu moins présentes dans le bâtiment favorisent la formation d’une croûte sur les bétons, avec un risque de glissades à la clé. « L’aspersion n’est pas un gadget, estiment-ils. Les gouttelettes d’eau facilitent l’aspiration du lisier. Elle est inutile en hiver car la quantité de lisier est suffisante. Nous la mettons en route mi-mai et la stoppons en général fin octobre. »

Durant cette période, ils maintiennent le même nombre de trajets qu’en hiver mais ne jugent pas nécessaire de programmer l’option aspersion sur 100 % du temps de travail des robots. « Elle est active un trajet sur trois. Vingt litres d’eau y sont consommés, soit 120 litres par jour et 21 m3 sur cinq mois. Notre fosse à lisier étant prévue pour 180 vaches, nous n’avons pas de problème de stockage. » En hiver, l’absence d’aspersion libère 70 litres de volume de cuve occupés par les deux poches d’eau, ce qui monte la capacité à 420 l de lisier. Par contre, le Gaec ne connaît pas la consommation électrique. Lely annonce 0,50 € par robot par jour. L’usage quotidien entraîne obligatoirement un entretien régulier. Tous les vendredis, à l’éponge humide froide et sans savon sont nettoyés les deux capteurs à ultrasons de chaque côté de l’engin et leur abord immédiat.

615 € de maintenance par robot en 2020

« C’est le seul moyen d’enlever la bouse séchée. Sinon, elle s’accumule et les capteurs ne fonctionnent pas correctement », dit David. De même, un vendredi par mois l’hiver et un vendredi sur deux durant la saison de pâturage, le capteur de remplissage et de la cuve (en contact avec le lisier) et le filtre sont nettoyés, ce qui impose un peu de démontage. « Sinon, une croûte se forme et le robot déclenche l’alarme cuve pleine. » Enfin, les deux robots collecteurs sont lavés au surpresseur toutes les quatre à six semaines, en même temps que les robots de traite.

Les robots à lisier exigent également une maintenance annuelle. Lely propose depuis mai 2021 un contrat de maintenance (entre 500 € et 1500 € par an) mais le Gaec préfère continuer à l’assurer lui-même. Une fois par an, il renouvelle les deux roues gonflées de gel caoutchouc. « Elles ne crèvent pas, mais s’usent, ce qui perturbe l’encodeur de roues. » Il sert à compter le nombre de tours et le transcrit en mètres linéaires, ce qui participe au repérage du robot dans le bâtiment. D’ailleurs, Lely le réétalonne tous les six mois. En même temps que les roues, le Gaec remplace les plaques et les bavettes sous le robot. L’ensemble représente deux heures de travail effectuées par une personne. « Nous avons testé le renouvellement des roues sans celui des bavettes. L’aspiration ne fonctionnait pas à l’optimum. » La maintenance 2020 est revenue à 615 € HT par robot.

Pas d’alertes à distance

La pompe à vide, elle, a été remplacée une fois en trois ans sur un seul robot. Coût : 400 € HT. L’appareil étant en test, Lely a assuré gratuitement le dépannage. Le hic, c’est que les éleveurs ne sont pas avertis à distance de l’arrêt, pour une raison ou pour une autre, du robot. Les alertes n’apparaissent sur le smartphone que lorsqu’ils sont dans le bâtiment. Cela oblige à une présence et une surveillance très régulières. « En cas de panne, il revient à Lely d’intervenir rapidement. Nous rattrapons le retard en optimisant les routes. Nous pouvons compter aussi sur l’autre robot. » Par précaution, David et Jean-François conservent les roues usagées dans le cas d’une éventuelle crevaison et ont un jeu de bavettes d’avance.

Claire Hue
Dix heures. C’est le temps de travail de chaque robot sur une journée complète. Ils passent les quatorze heures restantes à recharger leurs deux batteries gel, chacun à sa station en bout de couloir. © c.h.
Priorité aux logettes. Le robot est programmé pour passer au pied des logettes toutes les heures et demie durant ses dix heures de fonctionnement. © c.H.
Vidange Les quatre abreuvoirs se vident dans un tuyau installé dessous. L’eau va directement dans une petite fosse, ce qui limite le volume d’effluents à aspirer. © c.h.
Dans la fosse. Les deux robots déversent le lisier directement dans la fosse à 17 mètres de la stabulation. N’étant pas à leur capacité maximale, ils peuvent absorber ce parcours supplémentaire. Lely préfère aujourd’hui une vidange dans un regard au-dessus d’un canal dans le bâtiment. © c.h.
Usure. L’intérieur des deux roues est en gel caoutchouc pour éviter les crevaisons. Cela n’empêche pas l’usure. Il faut les changer une fois par an. © c.h.
Barrière à 60 cm du sol. Les deux couloirs d’alimentation se prolongent jusqu’à une zone de repos à l’arrière des deux robots de traite. Les robots à lisier y accèdent en passant sous une barrière élevée à 60 cm du sol. © c.h.
l’avis de…
« L’inconvénient des racleurs à proximité des robots de traite est supprimé » l’avis de… Vincent deguelle, conseiller bâtiments à la chambre d’agriculture de la Manche

« Les deux robots collecteurs se prêtent bien au bâtiment compact que le Gaec des Lierrus a choisi. Les six rangées de logettes créent quatre couloirs qui auraient augmenté le coût d’investissement en système raclé. Le Gaec des Lierrus a également choisi un large passage interlogette de 5 m en pignon que les robots maintiennent constamment propres. Cela ne serait pas possible en raclage, qui aurait demandé un nettoyage manuel pénible. De même, il aurait fallu un stationnement des racleurs en haut des couloirs, devant les deux robots de traite qui sont sur l’autre pignon. Ce qui aurait posé un problème de circulation des vaches et gênait la fréquentation des robots de traite. Le nettoyage robotisé de cette aire d’exercice fait économiser 50 000 € d’investissement dans une fosse sous caillebotis. »

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