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Dossier. « Nous devons réapprendre les méthodes de gestion du bocage »

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Plantation, taille, exploitation… Les trois associés du Gaec, Denis Gauthier, son frère Jean-Luc et Julien Guéneau, se forment régulièrement aux techniques de gestion de la haie. © D. L.

Quelle est la place de l’arbre dans le système d’exploitation ? Voilà la question que se posent les associés du Gaec des Jonquilles. Manquant de références techniques, ils participent à un groupe de travail sur ce thème avec une vingtaine d’autres exploitants.

«Notre commune a été remembrée dans les années 1970 et, comme souvent à cette période, beaucoup de haies bocagères ont été arrachées, constate Julien Guéneau, associé avec Denis Gauthier et son frère Jean-Luc au Gaec des Jonquilles, à l’Herbergement (Vendée). J’ai retrouvé une ancienne photographie aérienne d’un îlot d’une quinzaine d’hectares...
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«Notre commune a été remembrée dans les années 1970 et, comme souvent à cette période, beaucoup de haies bocagères ont été arrachées, constate Julien Guéneau, associé avec Denis Gauthier et son frère Jean-Luc au Gaec des Jonquilles, à l’Herbergement (Vendée). J’ai retrouvé une ancienne photographie aérienne d’un îlot d’une quinzaine d’hectares proche de notre ferme. On distingue bien qu’à l’époque, il était divisé en 14 parcelles toutes entourées d’arbres et d’arbustes. Aujourd’hui, au même endroit, un seul grand champ avec des portions de haies uniquement sur le pourtour. » Ces dernières années, les trois associés du Gaec ont décidé d’inverser la tendance en replantant régulièrement des linéaires boisés.

Depuis leur conversion au bio en 2010, ils misent davantage sur l’herbe et le pâturage. Les vaches disposent au total d’une quarantaine de paddocks tournants.

Un pas vers l’agroforesterie ?

« La haie a des bienfaits protecteurs pour les animaux quand il fait chaud ou par mauvais temps, souligne Jean-Luc Gauthier. C’est également un abri pour toute la faune : insectes, oiseaux et petits mammifères. Replanter des arbres ne peut être que bénéfique. Pour le moment, nous ne reboisons que les bordures de routes, mais nous nous posons la question d’aller vers de l’agroforesterie en plantant aussi des alignements en plein champ. Nous avons aujourd’hui des surfaces de 20 à 25 ha d’un seul tenant que nous divisons déjà en deux ou trois cultures. Créer des haies de séparation ne nous pénaliserait pas du tout dans l’organisation du travail. »

Quid du drainage ?

Si les associés hésitent encore à replanter à l’intérieur des parcelles, c’est notamment à cause du réseau de drainage enfoui sous la majorité de leurs terres. Ces arbres ne risquent-ils pas de boucher les tuyaux ? Quelles essences faut-il privilégier pour l’éviter ? S’ajoutent à cela d’autres interrogations. Comment tailler les végétaux implantés récemment pour optimiser leur développement ? Quelle est la meilleure façon de valoriser le bois coupé chaque hiver ? « Nous avançons à tâtons, reconnaît Denis Gauthier. Il y a trois ans, nous avons fait venir un prestataire pour broyer des branches afin d’utiliser les plaquettes en litière pour les génisses. Mais le matériel n’était pas adapté au diamètre des troncs. Résultat : beaucoup de gros morceaux se sont retrouvés dans le tas et nous n’avons pas pu utiliser ces plaquettes car elles étaient de tailles trop hétérogènes. » Malgré ces déboires, les trois exploitants ont voulu continuer dans cette voie. Jean-Luc Gauthier participe par exemple à un groupe de travail nommé Les Racines de l’avenir, avec 25 agriculteurs de Vendée. « L’objectif est de réfléchir sur la place de l’arbre dans le système d’exploitation, précise Tiphaine Terres, salariée au Grapéa(1) et animatrice de ce groupe. Les agriculteurs choisissent les thématiques à aborder d’une réunion à l’autre. Certains débutent, d’autres ont déjà plus d’expériences et en font profiter leurs collègues. Le groupe rassemble des éleveurs, des céréaliers et des maraîchers. Nous abordons notamment l’utilisation de fourrage ligneux et de plaquettes comme litière et suivons des agriculteurs qui expérimentent cela chez eux au sein d’un projet de recherche régional. »

Des plaquettes pour remplacer la paille

Utiliser les plaquettes de bois comme litière fait justement partie des objectifs du Gaec. Les associés ont développé cette pratique depuis trois ans, afin notamment de réduire leurs achats de paille. Ils n’emploient pas de plaquettes pour les laitières qui sont dans un bâtiment avec logettes, mais uniquement pour les autres animaux, notamment les génisses. En début d’hiver, ils épandent une couche d’au moins 20 cm. Toutes les semaines, quand la surface est souillée par les bouses, ils brassent la litière avec un outil mécanique pour ramener des plaquettes sèches sur le dessus. Ce fumier est épandu dans les champs après compostage : une source intéressante de matière organique notamment pour les terres les plus argileuses. La méthode est efficace, mais ils ne produisent pas assez de plaquettes sur l’exploitation pour couvrir tous les besoins de l’année ce qui les oblige à terminer la saison avec de la paille. Avec la croissance des haies plantées ces dernières années, les trois associés espèrent pourtant rapidement devenir autonomes. 

Denis Lehé

(1) Grapéa : Groupe de recherche pour une agriculture paysanne économe et autonome.

(2) CPIE : Centre permanent d’initiatives pour l’environnement.

Tiphaine Terres, du Grapéa, et Pierre-Yves Marquis, du CPIE Sèvre-et-Bocage, sont les animateurs du groupe Les Racines de l’avenir qui fédère 25 exploitants vendéens. © D. L.
Un mode de conduite adapté aux objectifs recherchés

Régulièrement confronté à des demandes d’exploitants s’interrogeant sur le meilleur mode de conduite de la haie, Pierre-Yves Marquis, du Centre permament d’initiatives pour l’environnement Sèvre-et-Bocage, se veut pragmatique. « Nous sommes sur une remise en question des modes de production où l’intégration des arbres dans les systèmes d’exploitation est un sujet majeur. Cela suscite beaucoup d’interrogations notamment au sujet des pratiques et des prescriptions qui évoluent au fil des années. Les programmes de replantations ne sont pas nouveaux. Dans les années 1990, les plantations de haies avaient surtout une vocation paysagère, ce qui explique que les techniques employées ou le choix des essences implantées à l’époque soient parfois remis en cause aujourd’hui. Les agriculteurs attendent désormais plus de choses de la haie : protection des animaux, refuge de biodiversité, production de bois pour un usage défini… Il faut donc adapter son mode de conduite aux objectifs recherchés. » Ainsi, les essences d’origine locale sont de plus en plus souvent privilégiées en raison de leur meilleure adaptation au contexte pédocli­matique et de leur interaction positive avec la faune. Un paillage au pied est indispensable pour limiter l’envahissement par les mauvaises herbes ou les ronces. Pour des questions environnementales, il est préférable d’employer un matériau biodégradable (paille, chanvre, plaquettes de bois) plutôt que d’utiliser un film plastique. Alors qu’autrefois, la haie était acceptée à condition qu’elle ne prenne pas trop de place, de plus en plus de prescripteurs conseillent d’implanter les arbres sur deux lignes distantes de 70 cm afin de créer un véritable abri pour la faune. « Il n’existe pas de préconisation type, prévient Pierre-Yves Marquis. Tout dépend des attentes de l’exploitant. Toutes les expériences sont intéressantes et les échanges en groupe sont toujours fructueux, notamment quand la plantation s’inscrit dans un changement du système de production. »

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