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Dossier. « Nous avons gagné en souplesse avec 50 vaches par robot »

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© j.pezon

Le passage de trois à cinq robots, dans le cadre d’un agrandissement, s’accompagne d’une diminution du nombre de vaches par stalle favorable à une meilleure organisation de la traite et du travail.

Àla SCL O’Lait, le choix de la traite robotisée vise à répondre à un facteur limitant : la main-d’œuvre. En effet, la conduite de 800 ha de cultures industrielles, en particulier de 200 ha de pommes de terre (consommation, fécule et plants), est exigeante en temps de travail.
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Àla SCL O’Lait, le choix de la traite robotisée vise à répondre à un facteur limitant : la main-d’œuvre. En effet, la conduite de 800 ha de cultures industrielles, en particulier de 200 ha de pommes de terre (consommation, fécule et plants), est exigeante en temps de travail.

Ici, deux associés sur sept, Martin et Pierre Lévèque, épaulés par deux salariés, consacrent 100 % de leur temps au suivi des 280 vaches. Les autres associés, responsables des cultures, prennent part à l’astreinte du week-end, qui mobilise trois intervenants, sur la base d’un week-end sur trois.

La SCL est née du regroupement de dix exploitations : d’abord pour l’assolement en 1991, puis pour le troupeau en 1993. Il compte alors 100 laitières, puis 200 à partir de 2003. Elles sont traites dans une 2 x 10 jusqu’en 2008, date à laquelle les associés décident d’acheter trois robots VMS DeLaval (150 000 € l’unité, hors remise liée à cet achat groupé). Reliés à un tank de 21 000 litres, ils sont alignés à l’entrée de l’ancienne stabulation, un bâtiment de 60 ans plusieurs fois agrandi et mis aux normes en 1996.

Avec 200 vaches et 2,1 millions de litres de quota (185 vaches traites et les taries), la stratégie consiste alors à saturer chaque stalle, c’est-à-dire à produire le maximum de lait par stalle pour diluer le coût de l’investissement. « Lorsque le temps de fonctionnement effectif du robot est de 92 %, il n’y a pas le droit à l’erreur , indique Pierre. À la moindre panne, même en pleine nuit, il faut intervenir rapidement. Sinon, cela peut générer des retards de traite, entraînant des pertes de lait, puis des infections de la mamelle. »

De 700 000 à 540 000 litres de lait produits par stalle

La saturation des robots pose également quelques difficultés d’adaptation pour les génisses. Or, lorsque la fréquentation passe en dessous de 2,5 traites/jour, les éleveurs ont constaté une tendance à l’augmentation des comptages cellulaires. En 2016, la SCL enclenche une nouvelle phase d’agrandissement. Le troupeau passe à 280 vaches et deux robots supplémentaires sont achetés (120 000 €, hors remises). Ils sont installés dans un second bâtiment, distant de 50 m, jusque-là consacré aux génisses et au stockage de paille. Il est réaménagé et agrandi pour accueillir 120 logettes sur caillebotis et 40 places pour génisses. Les deux robots sont alignés en bout de bâtiment, avec un second tank de 16 000 litres. « Nous avons préféré miser sur l’aménagement de bâtiments déjà amortis et fonctionnels dans le but de limiter les annuités à 40 €/1 000 litres, souligne Martin. C’est pourquoi nous avons aussi investi par paliers. En partant, dès le départ, sur la construction ex nihilo d’un bâtiment neuf avec cinq robots, le montant des annuités ne nous aurait pas permis de faire face aux crises, surtout avec la reprise de foncier et l’intégration d’associés qui ont des remboursements d’emprunts élevés liés aux rachats de parts sociales. »

Jusqu’à trois traites par jour en début de lactation

Ainsi, la production passe de 700 000 à 540 000 litres/robot, c’est-à-dire de 60 à 50 vaches/robot. « Cette situation offre plus de souplesse et de confort. La diminution du travail d’astreinte est plus perceptible et autorise l’économie d’un équivalent temps-plein. » Un nombre moins élevé d’animaux par stalle permet, par exemple, d’activer la fonction « Garder vache » qui consiste à bloquer un animal en alerte pendant dix minutes dans le robot, pour laisser aux éleveurs le temps d’intervenir. « On entre ainsi dans un cercle vertueux qui facilite une augmentation de la fréquence de traite, à travers laquelle nous visons une hausse de la production, avec un objectif de 3 millions de litres de lait livré, sans hausse des effectifs. » À la suite de ce nouveau cycle d’investissements, le troupeau est scindé en deux : le bâtiment 1, équipé de trois robots, est dédié aux débuts de lactation, jusqu’à 80 jours de gestation. Pour faciliter l’intégration des génisses, on est ici plus proche de 45 vaches par stalle, ce qui autorise trois traites et plus par jour au-delà de 36 litres/VL. Les vêlages étalés toute l’année permettent à la fois de rationaliser les tâches et de limiter le stress : l’intégration des génisses dans le troupeau (dès la phase de préparation au vêlage) ou les transferts d’animaux vers le bâtiment 2 se font toujours par lots de dix animaux.

Le bâtiment  2, équipé de deux robots, est dédié aux fins de lactation (inférieures à 30 litres par jour), avec un rythme moyen de deux traites par jour. Compte tenu d’une moindre productivité individuelle, la densité y est de 55 vaches par stalle.

« Le robot ne fait pas la  différence­ entre une vache sale et une vache propre »

Les trois robots du bâtiment 1 sont mis en réseau avec le Herd Navigator : cet outil d’aide à la décision repose sur un préleveur qui collecte des échantillons de lait individuels. Ces échantillons sont ensuite analysés pour mettre en évidence certaines hormones ou enzymes révélatrices d’un état physiologique particulier. Les résultats sont transmis au logiciel Delpro, qui va interpréter les données combinées du Herd Navigator et du robot (conductivité, intervalles de traite, production individuelle…) pour émettre des alertes et préconiser des actions à mettre en œuvre portant sur les infections mammaires, l’acétonémie, les chaleurs, ou le déséquilibre de la ration. « Nous utilisons surtout les dosages de progestérone pour confirmer le moment de l’IA et les dosages de BHB pour contrôler l’acétonémie. L’analyse de LDH, couplée à la conductivité fournie par le robot, permet également de confirmer la probabilité d’une infection et le besoin de traitement. » Pierre justifie cet investissement de 50 000 € par l’amélioration des performances de reproduction : « Avant, l’IVV stagnait entre 405 et 425 jours. Au bout d’un an, il est passé à 400, puis 377 jours lors du dernier exercice. » En revanche, les éleveurs n’utilisent pas la fonction du logiciel Delpro qui permet d’ajuster automatiquement la quantité de concentré au robot. Ce qui n’empêche pas une bonne maîtrise de la consommation : 160 g/l.

Pour autant, Martin et Pierre ne passent pas leur temps devant des écrans. Le matin, un coup d’œil à l’écran tactile du robot offre une indication sur les animaux en retard de traite, auxquels il faut apporter une attention particulière. Puis, ils se consacrent aux soins : « Avec un grand troupeau, la traite robotisée permet de se consacrer à 100 % aux soins des vaches et à la compréhension des problèmes qui peuvent survenir. »

Le temps d’astreinte est évalué à cinq heures par jour et par UTH. Une grande vigilance est notamment accordée à l’hygiène de la mamelle, « car le robot ne fait pas la différence entre vaches sales et vaches propres ». Les logettes sont nettoyées deux fois par jour, les poils de la mamelle sont brûlés, et la queue rasée au moment du vêlage. Une attention qui permet de maintenir un taux cellulaire inférieur à 200 000, avec des vaches à 10 590 kg de lait de moyenne.

Jérôme Pezon
Ergonomie. La fosse et l’option « Garder vache » permettent à Martin (à gauche) d’intervenir en toute sécurité pour réaliser les traitements. © j.pezon
L’exploitation

    SCL O’Lait, à Hautvillers-Ouville (Somme).

    7 associés, 5 salariés.

    280 holsteins à 10 590 litres, 39,2 de TB et 32,1 de TP.

    1 000 ha de SAU, dont 200 ha de SFP (maïs, herbe) et 800 ha de cultures : pommes de terre, lin, betterave sucrière, chicorée, pois de conserve, céréales.

Aire d’attente. Un dégagement de 5 m devant les robots est prévu pour faciliter la circulation. Trois points d’eau, dont un d’eau tiède issue du récupérateur de chaleur, sont à la disposition des animaux. © j.pezon

    Résultats 2017-2018

    10 €/1 000 litres de coût de maintenance des robots

    87 €/1 000 l de coût alimentaire

    160 g/litre de concentrés

    87 % de vaches saines

    179 000 cellules

    377 jours d’IVV

    71 jours d’intervalle vêlage-première IA

    37 % de réussite en première IA pour les multipares et 50 % pour les primipares

L’avis de…
« La stratégie dépend du besoin de retour sur investissement » L’avis de… Simon Traulle, conseiller à la chambre d’agriculture de la Somme

« Un robot est considéré comme saturé avec 700 000 à 750 000 litres de lait, ou 70 holsteins à 30 litres par jour. Dans la pratique, cela dépend du niveau génétique, de la vitesse de traite, de la conduite en vêlages étalés ou pas. Avec des vaches moins productives, le seuil de saturation sera plus près de 600 000 litres par stalle.

Le choix de saturer le robot dépend du besoin de retour sur investissement. Il faut donc au préalable calculer le besoin de marge ou de revenu par stalle nécessaire pour faire face à son annuité.

Cette stratégie requiert de maximiser le volume collecté à chaque traite. Il n’est alors pas possible de viser une fréquentation de trois traites par jour, mais un optimum de 2,6 traites, ou trois traites pour les vaches en début de lactation et deux traites pour les autres animaux. Une partie des concentrés devra obligatoirement être distribuée à l’auge pour limiter­ le temps de présence dans la stalle : une vache reste six minutes dans la stalle et ne consomme que 350 g de concentré par minute. »

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