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« NOUS AVONS ÉPARGNÉ EN PRÉVISION D'UNE BAISSE DU PRIX DU LAIT »

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Philippe Marie et Thomas Pelletier ont adopté une attitude prudente à la flambée du prix du lait dès octobre 2007. Ils ont mis de côté 30 000 euros qu'ils ont réinjectés progressivement en 2009.

EN 2007-2008, LE PRIX DU LAIT EST MONTÉ À UN TEL NIVEAU que nous avons considéré cette situation comme anormale. Cela ne pouvait pas durer. » À l'annonce d'une forte hausse à l'automne 2007, Philippe Marie et Thomas Pelletier ont décidé d'épargner l'écart de prix avec la campagne 2006-2007. « Nous avons pu mettre de côté 30 000 €, ce qui correspond à la différence de prix du lait perç...
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EN 2007-2008, LE PRIX DU LAIT EST MONTÉ À UN TEL NIVEAU que nous avons considéré cette situation comme anormale. Cela ne pouvait pas durer. » À l'annonce d'une forte hausse à l'automne 2007, Philippe Marie et Thomas Pelletier ont décidé d'épargner l'écart de prix avec la campagne 2006-2007. « Nous avons pu mettre de côté 30 000 , ce qui correspond à la différence de prix du lait perçu en 2006-2007 et 2008-2009 : 287,32 /1 000 l contre 342, 29 €. » Ce montant a été réinjecté dans l'exploitation en 2009-2010 au fur et à mesure des besoins et ainsi a évité le recours à un emprunt court terme. « Depuis la décision européenne en 2003 de baisser progressivement les prix d'intervention du beurre et de la poudre, nous entendions que le prix du lait serait beaucoup plus fluctuant qu'auparavant. Forts de cette analyse, nous avons opté pour la prudence. »

La mensualisation des remboursements d'emprunts a facilité la mise en place de cette stratégie. Leur montant est modulé en fonction des achats d'intrants et du calendrier des rentrées d'argent. De septembre à décembre et de mars à juin, ils sont limités à 3 000 € par mois pour faire face, dans le premier cas, aux achats d'aliments et aux semis d'automne et, dans le second, aux factures de pesticides, d'engrais et de semences de maïs. « La vente de nos vingt taurillons, que nous planifions en mars ou en avril selon les années, nous permet de passer plus facilement le cap du printemps. Cette programmation nous a bien rendu service en avril 2009 lorsque le lait a chuté à 210 /1 000 l de prix de base. » Les échéances les plus élevées sont concentrées en juillet et août (8 000 € et 10 000 €) et en janvier et février (7 000 € et 9 000 €). La vente plus importante en magasin de produits cidricoles l'été et la récolte de blé aident à faire face aux deux premières. Le versement des aides Pac en novembre et celui des compléments de prix par la coopérative (primes d'hiver et agriconfiance, et intérêts des parts sociales) contribuent au financement des secondes. Philippe et Thomas n'ont pas le sentiment d'avoir adopté une conduite innovante de leur trésorerie. « Elle relève du bon sens. » Ils se disent confiants pour la campagne 2010-2011 : « Le ciseau prix des intrants à la hausse/prix du lait à la baisse s'inverse. Notre trésorerie est stable après avoir payé les factures du printemps. C'est bon signe. » Les associés ont appliqué la même rigueur dans leur politique d'investissements en 2008. Ils n'ont pas cédé à l'euphorie du prix du lait élevé pour financer des installations ou du matériel qu'en temps normal ils se refusent à financer. « Cela ne signifie pas qu'on ne continue pas à tenir notre outil de travail en état de fonctionnement », précise Thomas.

SEULEMENT DES INVESTISSEMENTS INDISPENSABLES

Ils n'ont donc pas hésité à remplacer leur vieux tracteur, utilisé pour la distribution de la ration et l'entretien des vergers, pour un 100 ch neuf (46 000 €). De même, ils ont acquis en 2009 un pulvérisateur d'occasion de 3 500 l et 27 m de rampe (15 000 €), l'ancien pulvérisateur n'étant plus en état. Ces investissements ont permis de maintenir un niveau d'amortissements suffisant pour contenir la pression fiscale qui aurait pu s'accroître avec les 30 000 € épargnés. « Pour plus de clarté dans le pilotage de notre exploitation, nous essayons de faire correspondre le montant des amortissements à celui des annuités. Nous estimons que la structure est capable d'absorber 60 000 d'annuités, même durant les périodes difficiles. » Dans cette logique, deux emprunts pour un total de 14 400 € d'annuités arrivant à échéances fin 2009, ils n'ont pas hésité l'an passé à aménager leurs 500 m2 d'aire paillée en quatre rangées de 92 logettes pour un coût de 35 000 €. « Cette transformation a contribué à alléger notre trésorerie, analysent-ils. Nous avons gagné 8 700 par l'économie de paille, la division par trois du nombre de mammites et tout le lait payé en qualité super A. »

Outre les annuités, Philippe et Thomas utilisent trois autres grands critères pour piloter l'exploitation : un EBE minimum de 100 000 €, intégrant la rémunération du travail mais charges sociales déduites, une rémunération minimum des associés de 36 000 € et une marge de sécurité de 15 000 €. « Jusqu'à présent, nous avons réussi à dépasser les 100 000 d'EBE en améliorant les résultats technico- économiques des différentes productions. » En lait, pour répondre à l'augmentation de quota de 65 000 l en cinq ans (allocations petits producteurs, hausse européenne de quota), ils ont choisi d'augmenter la production par vache plutôt que la taille du troupeau tout en contenant le coût alimentaire.

En 2005-2006, 65 vaches ont produit chacune 8 590 kg de lait brut. En 2008-2009, le niveau des 62 laitières a atteint 9 211 kg de lait brut pour un coût alimentaire de l'atelier lait de 99 €/1 000 l vendus. « Une consommation plus importante de concentrés pour réaliser notre quota, le prix plus élevé des concentrés et l'achat de coproduits pour compenser les mauvais rendements en maïs ensilage ont accru notre coût alimentaire cette année-là », explique Philippe. Les estimations pour 2009-2010 du Contrôle laitier du Calvados donnent un retour à 72 €/1 000 l.

UN SYSTÈME DE PRODUCTION RÉACTIF AU MARCHÉ

« Au vu de la conjoncture, nous avons préféré distribuer moins de concentrés, quitte à redescendre sous la barre des 9 000 kg bruts et à augmenter de deux à trois laitières l'effectif du troupeau. À aucun moment nous n'avons envisagé d'être en sous-réalisation. Même avec un prix du lait bas, il faut couvrir les charges de structure, incompressibles. Elles s'élèvent à 132 /1 000 l vendus sans l'aménagement de la stabulation en logettes. » Abaisser les charges opérationnelles quand il le faut, jouer sur l'effectif du troupeau, c'est ce système flexible que veut développer le Gaec pour coller au marché. En 2010-2011, il espère gagner encore en efficacité. Il a choisi de profiter davantage des prix plus élevés du lait d'été. Pour cela, le décalage d'une partie des vêlages, entrepris il y a trois ans, est maintenu. Une douzaine de vêlages est ainsi prévue en mai et juin.

Pour la même raison, les associés ont décidé de soutenir la production à l'herbe en distribuant un peu plus de concentrés qu'habituellement. Une façon aussi de ne pas prendre de retard sur le quota au cas où le marché serait plus demandeur de lait. « En juin, en fonction des vêlages et des réformes prévus, de la pousse de l'herbe et de notre perception de l'évolution du prix du lait, nous établissons une prévision de production mois par mois pour le reste de la campagne. »

CLAIRE HUE
L'EXPLOITATION - À Vaux-sur-Aure (Calvados) - Gaec à 2 associés et un salarié - 103 ha de SAU, dont 36 ha de prairies, 27 ha de maïs, 31 ha de blé - 515 000 l de quota - 65 prim'holsteins à 8 750 kg brut/vache à 38,7 de TB et 31,3 de TP (contrôle laitier 2009-2010) - Transformation de l'aire paillée en 92 logettes en 2009 - 20 taurillons vendus par an - Activité cidricole avec 9 ha de pommiers basses tiges, 3 ha en plantation et un magasin de vente
COMMENT VOYEZ-VOUS LA SUPPRESSION DES QUOTAS SUR VOTRE EXPLOITATION ?

« Avec un bâtiment pouvant accueillir encore 25 vaches, nous avons un potentiel pour produire plus si notre laiterie nous le demande ou si l'absence de régulation nous met en concurrence directe avec nos voisins européens. Néanmoins, nous espérons que les quotas seront remplacés par un autre système de régulation pour éviter la chute du prix du lait. Afin de vivre leur suppression le plus sereinement possible, nous planifions nos emprunts pour qu'une partie soit remboursée en 2015. Nous ne voulons pas être handicapés par des charges fixes trop élevées. Installés dans une région laitière, nous estimons avoir un avenir dans le lait. Il faut se battre sur le prix du lait et les coûts de production. Avec la rémunération du travail et du capital, les charges de notre atelier lait sont estimées à 335 euros/1 000 l pour 356 euros de produits (lait + viande + aides). Notre marge de manoeuvre n'est pas suffisante. Il nous faut encore un peu de temps pour nous adapter. »

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