Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail

« NOUS AVONS CONSTRUIT UN BÂTIMENT AU MILIEU DES PÂTURES »

 -
L'EXPLOITATION - À Arzal (Morbihan) - Gaec à trois associés - 828 000 l de quota - 120 vaches holsteins et montbéliardes (20 %) - 8 000 l de lait/vache à 42 de TB et 33,3 de TP - 35 allaitantes - 15 à 20 jeunes bovins vendus par an - 225 ha, dont 50 en maïs, 40 en blé, 6 en luzerne, 120 en prairie dont 35 en marais© PASCALE LE CANN

En zone séchante, trois jeunes éleveurs cherchent à valoriser un maximum d'herbe. Depuis deux ans, ils travaillent dans un bâtiment neuf au milieu des champs.

NOUS NE MAÎTRISONS NI NOS PRIX DE VENTE NI CEUX DE NOS ACHATS. Pour faire face à la volatilité, nous cherchons donc à améliorer notre autonomie alimentaire », lance Ludovic Tabart. À 31 ans, il vient d'investir 580 000 € dans un bâtiment neuf avec son frère Sylvain, 38 ans, et leur associé David Pivault, 29 ans. Sur l'estuaire de la Vilaine, à l'est du Morbihan, leur commune d'Arzal accueille de nombreux touristes et les...
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
7%

Vous avez parcouru 7% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

NOUS NE MAÎTRISONS NI NOS PRIX DE VENTE NI CEUX DE NOS ACHATS. Pour faire face à la volatilité, nous cherchons donc à améliorer notre autonomie alimentaire », lance Ludovic Tabart. À 31 ans, il vient d'investir 580 000 € dans un bâtiment neuf avec son frère Sylvain, 38 ans, et leur associé David Pivault, 29 ans. Sur l'estuaire de la Vilaine, à l'est du Morbihan, leur commune d'Arzal accueille de nombreux touristes et les lotissements se multiplient. Si le printemps est précoce, les étés sont secs. Malgré ces contraintes, les éleveurs ont tout fait pour préserver un maximum de pâturage dans la ration de leurs 110 vaches.

« Avec le lait produit à l'herbe, nous gagnons de l'argent », assure Ludovic. Une évidence qui a pesé lourd quand il a fallu réfléchir au logement des laitières, après l'installation de David en 2007.

REVOIR LA STRUCTURE POUR GAGNER EN SOUPLESSE

Ludovic et Sylvain étaient déjà associés en Gaec avec leurs parents qui s'apprêtaient à partir à la retraite. Ils produisaient 570 000 l de lait dans un bâtiment saturé, coincé au coeur d'un village, à moins de 30 m des tiers. David apportait l'exploitation de ses parents, un bâtiment lui aussi installé dans un village et qui n'avait pas été mis aux normes. Dans cette commune qui n'a pas été remembrée, les deux exploitations disposaient chacune d'un parcellaire imbriqué dans ceux des voisins. Les routes empruntées par les troupeaux desservaient aussi le camping voisin. La structure de départ était donc très contraignante et, à première vue, peu évolutive. « Nous ne nous voyions pas faire avec plus de 100 vaches ce que nos parents ont fait avec 40. Aucun des bâtiments ne pouvait être agrandi pour accueillir l'ensemble. Nous voulions travailler dans de bonnes conditions et nous donner des perspectives », résume Ludovic.

Les trois éleveurs ont donc décidé d'investir dans un nouveau bâtiment pour les vaches. Afin de limiter les contraintes, ils se sont éloignés de la mer, à 1 km des villages d'origine. Ils ont conclu avec leurs voisins des accords amiables d'échanges de parcelles. Le site de construction a été choisi au milieu d'un ensemble d'une centaine d'hectares, à l'écart des habitations et des routes. Il a fallu viabiliser le terrain, mais le surcoût est jugé minime par les éleveurs. Aujourd'hui, ils sont tranquilles. Ils ont opté pour une stabulation à logettes et une salle de traite 2 x 12 en simple équipement. Ils fonctionnent en système lisier et la fosse de 1 800 m3 a été construite dans le prolongement du bâtiment, à une distance de 30 m. Cela laisse la possibilité d'agrandir. Un silo couloir (40 m sur 14) a également été créé.

ADAPTER LES PRATIQUES AU PÂTURAGE AVEC 110 VACHES

Les anciens bâtiments de Sylvain et Ludovic hébergent toujours les taurillons, les vaches taries, les allaitantes et les génisses. C'est là également qu'est stocké l'essentiel du fourrage. Pour le moment, aucun des associés ne vit à proximité du nouveau site. D'où le maintien des taries sur l'ancien, où la surveillance est plus facile. Ludovic est en train de construire sa maison non loin du nouveau bâtiment. À l'avenir, c'est là que se produiront les vêlages. Une nursery est en cours de création.

Cette localisation facilite le pâturage que les éleveurs n'ont jamais envisagé de remettre en question malgré la taille du troupeau. Ils ont simplement adopté quelques pratiques pour que le déplacement de plus de 100 vaches jusqu'à 1,5 km du bâtiment ne représente pas une contrainte. Ils ont installé des bacs d'eau à niveau constant et de bonnes clôtures. Ils travaillent avec des borders coolies dressés. « Quand la pâture est éloignée, nous déposons le chien en 4 x 4, et il ramène le troupeau. Nous n'aurions pas pu garder le pâturage sans les chiens », raconte Ludovic.

Pour rallonger la saison de pâturage malgré un climat peu favorable, les éleveurs jouent sur les espèces. Ils implantent chaque année 40 ha de raygrass italien derrière le blé, pour dix-huit mois. Les vaches le pâturent une fois, voire deux dès le premier automne. Elles y retournent en janvier ou février. Les parcelles en deuxième année sont elles aussi pâturées en début de saison avant d'être ensemencées en maïs. Début avril, même si les vaches consomment encore 2 à 3 kg de MS d'ensilage de maïs, le correcteur azoté est supprimé. « Nous voulons vider le silo au printemps. Ce complément de ration est appréciable quand les journées sont froides, et nous donnons le minéral en même temps. Cela nous permet de bloquer les vaches et donc d'en isoler facilement si nécessaire. » Au printemps, le ray-grass italien est fauché et pâturé alternativement. Les prairies en ray-grass anglais et trèfl e blanc prennent le relais pour le pâturage des laitières. Les éleveurs ont aussi implanté des prairies en RGA-TB et dactyle pour prolonger la saison.

Quant aux marais, ils n'offrent guère plus d'une ou deux exploitations (pâturage ou fauche) au printemps. Mais dès le mois de juin, la pousse ralentit dans toutes les parcelles. Les pâtures ne produisent pas en été. La production repart à l'automne et quand la météo est favorable, le pâturage redevient majoritaire en octobre et novembre. Là encore, le correcteur azoté est supprimé. Au total, les vaches consomment environ une tonne de concentré par an dont 300 kg de blé aplati et 700 kg de correcteur azoté.

« La saison de pâturage est assez courte, mais nous essayons d'en profiter au maximum », précise Ludovic. Toutes les génisses de plus de six mois sortent au pâturage dès que possible. Elles reçoivent de l'ensilage d'herbe quand la pousse ne suffit plus. Depuis deux ans, 68 ha d'herbe ont été ensilés chaque année. « Nous faisons des silos taupinières ouverts en libre-service pour les génisses. C'est une ration complète qui nous permet de nous passer de concentré. » À la mi-mai, les vaches produisent 27 l de lait par jour, sans concentré et presque sans fourrage stocké. L'importance de la surface accessible facilite aussi la gestion des rotations.

ORGANISER LE TRAVAIL POUR AVOIR DU TEMPS LIBRE

Avant, les éleveurs n'avaient d'autres choix que de garder les parcelles les plus proches en pâture. Aujourd'hui, ils disposent d'une plus grande souplesse. L'ensemble a été conçu pour faciliter le travail, malgré l'existence de deux sites. Ils ont investi dans un deuxième chargeur pour limiter les pertes de temps liées au déplacement. Les génisses reçoivent leur ration trois fois par semaine. Les vaches sont en ration complète en été et en hiver. Le week end, un seul associé assume le travail du samedi midi au lundi matin. Chacun prend trois semaines de vacances par an. L'exploitation possède peu de matériel, préférant travailler avec l'ETA pour les labours et les épandages. La mécanisation pèse 35 €/1 000 l de lait, ce qui est faible. En revanche, le bâtiment représente une charge de 50 €/1 000 l. Mais la maîtrise observée sur les autres charges permet de couvrir l'investissement. Les éleveurs ont perçu 284 €/1 000 l de lait en 2009, contre 354 en 2008. « Aujourd'hui, nous livrons à Entremont et on a du mal à accepter que notre lait soit moins bien valorisé que celui des autres », remarque Ludovic. Il a calculé qu'en 2009, l'exploitation aurait touché 25 €/1 000 l de plus, soit 20 000 €, si elle avait pu livrer ailleurs. Les éleveurs ont bon espoir de pouvoir changer de laiterie.

PASCALE LE CANN
Les associés ont voulu débuter dans de bonnes conditions avec un bâtiment fonctionnel et évolutif.
COMMENT VOYEZ-VOUS LA SUPPRESSION DES QUOTAS SUR VOTRE EXPLOITATION ?

« Nous avons un outil qui nous permet de produire jusqu'à 1,1 Ml de lait sans investir. Notre élevage a une autorisation pour 130 laitières et 50 allaitantes. Pourquoi ne pas produire plus ? Mais il faut que cela nous permette de dégager plus de revenu. Il y a deux ans, nous avons répondu à la demande en produisant 14 % de rallonge. À l'avenir, il faudra que nous restions réactifs pour pouvoir répondre encore, quand cela se présentera. En produisant au moindre coût et en gardant une autonomie alimentaire, nous nous adaptons mieux à la volatilité N des prix. »

Imprimer Envoyer par mail
En direct
Afficher toutes les actualités