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Dossier. « Nous avons construit au milieu des pâtures »

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Auvent. L’aire paillée est ouverte sur l’extérieur et protégée par un auvent de 3 mètres. Le paillage se fait par ce côté. © p.l.C

Herbagers dans l’âme, Nicolas et Séverine Le Picard ont conçu un bâtiment simple pour abriter tous leurs animaux en hiver, sans trop investir pour assurer leur revenu.

«Nous avions besoin d’un bâtiment mais nos vaches sortent jour et nuit au moins six mois par an », lance Nicolas Le Picard, éleveur à Coatascorn, dans les Côtes-d’Armor. Avec son épouse, Séverine Fraval Le Picard, il a cherché une opportunité de s’installer dans des conditions précises. « Le premier objectif est de gagner notre vie. La crise de 2015 nous a convaincus que seul un systè...
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«Nous avions besoin d’un bâtiment mais nos vaches sortent jour et nuit au moins six mois par an », lance Nicolas Le Picard, éleveur à Coatascorn, dans les Côtes-d’Armor. Avec son épouse, Séverine Fraval Le Picard, il a cherché une opportunité de s’installer dans des conditions précises. « Le premier objectif est de gagner notre vie. La crise de 2015 nous a convaincus que seul un système autonome, et donc herbager, nous permettrait d’y parvenir », poursuit Nicolas. De plus, ils ne conçoivent pas l’élevage laitier sans pâturage pour des raisons éthiques.

Il s’est installé le premier, en 2017, après avoir travaillé dans une coopérative en productions végétales. Séverine a quitté son emploi en nutrition porcine pour le rejoindre en 2019. Le site existant disposait d’anciens bâtiments offrant une surface accessible jugée insuffisante. Le couple a préféré investir dans un bâtiment neuf sur un deuxième­ site au milieu des prairies. « Nous disposons de 100 ha dans un rayon d’un kilomètre », précise Séverine.

Partir d’une page blanche est un avantage

Ils sont donc partis d’une page blanche, ce qu’ils voient comme un avantage. Le projet a été soigneusement réfléchi. L’objectif étant de pâturer au maximum, le bâtiment n’a pas vocation à être beaucoup utilisé. Mais les éleveurs veulent pouvoir abriter tous les animaux quand la météo est mauvaise.

Ils ont d’abord fixé le plafond de l’investissement en fonction du revenu minimal qu’ils voulaient assurer. « Nous avons monté le dossier en période de crise laitière et porcine. Les entreprises­ avaient besoin de travailler. Nous avons obtenu facilement plusieurs devis pour chaque poste. C’était un avantage pour contenir les coûts. » Pour rester dans le budget, ils ont choisi un bâtiment ouvert, une coque évolutive. Le souci de leur sécurité et de leur confort les a guidés dans leurs choix. Ils voulaient de l’air et de la lumière. Les génisses auraient pu rester dans l’ancienne étable mais les éleveurs ont trouvé plus pratique de regrouper tous les animaux sous le même toit. Les deux sites sont distants de plus d’un kilomètre. La fosse sous caillebotis s’est imposée car Nicolas garde un mauvais souvenir du temps consacré au raclage manuel lors de ses stages. « Nous voulons limiter le temps passé aux tâches improductives. » Ils ont installé un broyeur mécanique, trois fois moins cher que l’électrique. Ce dernier réclamait en outre plus de puissance et donc un abonnement plus onéreux pour l’électricité. En contrepartie, il faut lancer le broyeur au moins une fois par semaine pour éviter la formation d’une croûte. Pour le couchage, ils ont préféré l’aire paillée, moins chère et plus confortable. Le besoin en paille est donc important. Les éleveurs vont tester une litière de copeaux de bois pour les génisses.

Plusieurs pans de toiture pour limiter la hauteur

Le bâtiment est construit en bois pour limiter les risques de courants parasites et pour donner une ambiance plus chaude. La largeur est importante, 39,5 mètres afin de disposer d’une surface suffisante pour tous les animaux. La toiture est conçue en plusieurs pans, comme s’il s’agissait de trois bâtiments accolés. En effet, une charpente de grande portée en lamellé-collé impliquait un surcoût élevé. Et la conception choisie permet de pratiquer des ouvertures de 50 à 80 cm à la jonction des différents pans. Cela crée des entrées d’air et de lumière. Un dôme éclairant a été posé au-dessus de l’aire paillée des vaches, il est conçu pour faciliter la ventilation, un peu comme une faîtière ouverte. Il se prolonge jusqu’à la salle de traite qui bénéficie ainsi, elle aussi, de lumière naturelle. « Les vaches ont besoin de vitamine D pour la reproduction et nous voulions aussi favoriser l’assèchement de la litière. » Ce système n’apporte pas de chaleur excessive en été. Mais de toute façon, les vaches n’entrent que pour la traite à cette période. Au bout de l’aire d’exercice, un portail donne accès au chemin qui mène aux pâtures. La fumière se trouve à proximité.

Une table d’alimentation centrale permet de distribuer la ration aux vaches comme aux génisses. Le paillage se fait par l’extérieur puisque seules des barrières ferment le bâtiment du côté de l’aire paillée. Pour faciliter la contention en sécurité, des cornadis ont été posés des deux côtés. À l’entrée de la table d’alimentation, le portail est automatisé ce qui évite de devoir sans cesse monter et descendre du tracteur.

Pour les génisses, situées sur le côté nord, les éleveurs avaient d’abord prévu de stocker de la paille en limite de bâtiment pour protéger les animaux du froid. À l’usage, ils ont trouvé cette option un peu dangereuse et ont préféré installer un rideau brise-vent. Les box sont aussi fermés par des barrières qu’il est facile d’ouvrir pour faire sortir un lot. Des trottoirs autonettoyants de différentes tailles sont installés devant les cornadis.

Les veaux démarrent dans des niches individuelles puis rejoignent des cases collectives. Les éleveurs ont posé des igloos dans ces box pour le confort des plus jeunes. Ils ont aussi installé un faux plafond en bois qui offre un abri supplémentaire.

Brumisation et lumière naturelle en salle de traite

La salle de traite se trouve dans le prolongement de l’aire paillée. Il s’agit d’une épi 60 degrés avec décrochage automatique. Elle comptait 2 x 8 postes au début avec une extension possible à 9 postes d’un côté et 10 de l’autre. Les éleveurs ont rapidement réalisé ces travaux car il y avait des temps morts. « On trait généralement à deux, même s’il est possible de le faire seul. Avec l’extension, le rythme est soutenu mais on a gagné un quart d’heure par traite. C’est intéressant pour nous, mais aussi pour les vaches », remarque Séverine. Ils ont installé un système de brumisation en salle de traite pour rafraîchir en été mais surtout pour limiter les mouches. Comme eux, les vaches apprécient.

Pendant la traite, une partie de l’aire d’exercice est convertie en parc d’attente grâce à un jeu de barrières. Cette même barrière ferme la sortie de la salle de traite le reste du temps. Nicolas a passé du temps pour régler parfaitement ces barrières et éviter ainsi de devoir les soulever à chaque manipulation. Plusieurs d’entre elles ont une longueur réglable (de 3 à 5 m) et peuvent avoir diverses fonctions, dans le souci de garantir la sécurité des éleveurs et des intervenants.

Toujours grâce à des barrières, un box d’isolement peut être créé au bout de l’aire d’exercice, pour les vaches à inséminer par exemple. Forte de son expérience en élevage porcin, Séverine tenait à ce que les intervenants extérieurs n’aient qu’un accès limité au bâtiment pour des raisons sanitaires. Avec cette conception, ils ne pénètrent que dans une zone réduite.

Produire le volume de lait permis par la surface

La référence laitière s’établit à 877 000 l de lait dont 10 % payés en B avec Sodiaal. Mais l’élevage livre en moyenne 700 000 l, un volume correspondant au potentiel fourrager. « Nous sommes dans la démarche des Laitiers responsables ce qui implique une ration sans OGM et au moins 150 jours de pâturage. » Les vaches ne consomment que de l’herbe de fin mars à mi-septembre en moyenne. Le concentré (70/30) sans OGM coûte environ 371 €/t soit 50 € de plus qu’un produit classique. Le coût alimentaire s’élève à 64 €/1 000 l et l’objectif est de descendre à 50 €/1 000 l. Avec une marge sur coût alimentaire à 308 €/1 000 l et un EBE à 268 €/1 000 l, ces éleveurs démontrent qu’un système herbager permet d’être rentable et d’investir. Ils sont satisfaits de ces débuts dans leur nouveau métier. Le bâtiment leur offre le confort qu’ils recherchaient. Ils sont encore en phase d’aménagement et de calage de leur système. Ils envisagent d’installer un Dac d’occasion pour limiter le travail manuel. L’emplacement a été prévu. Ils adhèrent au Cedapa afin d’améliorer encore leur technique de gestion de l’herbe. Nicolas apprécie les réunions de groupe qui permettent de sortir, d’échanger, de partager des idées. Plus tard peut-être, ils passeront en bio. La conception du bâtiment est adaptée à une éventuelle obligation d’offrir aux génisses un accès à l’extérieur.

Pascale le Cann
Lumière. L’aire paillée ouverte sur l’extérieur bénéficie d’air et de lumière, même quand le temps est gris et froid. © P. lC
L’avis de…
« Du neuf qui n’empêche pas la rentabilité » L’avis de… Jean Guitton

« Ce bâtiment bénéficie d’une très bonne ventilation du fait de son orientation et de sa conception. Le couloir central facilite le travail car il est commun à l’ensemble des animaux. Le transfert des refus des vaches est aisé. Sa largeur le rend accessible à tout type d’engins pour la distribution. La hauteur de la structure permet aussi d’envisager l’utilisation de produits alternatifs à la paille pour la litière. Un camion pourrait y entrer et benner des copeaux de bois ou du miscanthus, par exemple. Par ailleurs, l’aménagement intérieur est très flexible. Les barrières peuvent être déplacées pour modifier la taille et le nombre de cases. Les accès à l’extérieur sont nombreux de tous les côtés ce qui rend aussi le bâtiment très évolutif. Les coûts sont maîtrisés ce qui montre que quand on réfléchit bien au projet, on peut construire un bâtiment neuf sans pénaliser la rentabilité. »

    À Coatascorn (Côtes d’Armor)

    Un couple

    90 prim’holsteins

    8 500 l de lait par vache à 44 de TB et 34 de TP

    700 000 l de lait livré

    110 ha dont 20 en maïs, 25 en céréales, 1 en betteraves et 54 en herbe

    400 places d’engraissement de porcs

Structure. La toiture en plusieurs pans permet de diminuer la hauteur de l’ensemble et de réduire les coûts. © S. Fraval Le Picard

    Terrassement : 15 000 €

    Forage : 10 000 €

    Charpente et bardage : 180 000 €

    Béton : 120 000 €

    Salle de traite : 80 000 €

    Caillebotis : 15 000 €

    Tubulaires : 35 000 €

    Plomberie, électricité : 15 000 €

En couple. Séverine Fraval Le Picard et Nicolas Le Picard, avec leur fille Klervi, apprécient le confort de leur nouveau bâtiment, pour eux comme pour les animaux. © p.le cann
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