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Dossier. Matériels d’occasion, pâturage et Cuma pour faire baisser les coûts de mécanisation

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Acheter d’occasion. Cette herse rotative de 4 mètres a coûté le même prix qu’un modèle neuf de 3 mètres. © Denis Lehé

Dans une enquête régionale de la chambre d’agriculture, le Gaec Le Centenaire, en Vendée, est apparu très bien placé en termes de coûts de mécanisation. Les associés privilégient le pâturage et l’utilisation de matériel en Cuma ou acheté d’occasion.

Avec un coût de mécanisation estimé à seulement 68 € pour 1 000 l de lait, contre une moyenne régionale de 84 € pour 1 000 l, le Gaec Le Centenaire, en Vendée, fait figure de très bon élève. Les trois associés, Olivier Oiry, Franck Painchaud et Benoît Piveteau, ont participé ces derniers mois à une enquête menée par la chambre d’agriculture des...
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Avec un coût de mécanisation estimé à seulement 68 € pour 1 000 l de lait, contre une moyenne régionale de 84 € pour 1 000 l, le Gaec Le Centenaire, en Vendée, fait figure de très bon élève. Les trois associés, Olivier Oiry, Franck Painchaud et Benoît Piveteau, ont participé ces derniers mois à une enquête menée par la chambre d’agriculture des Pays de la Loire (lire encadré). L’étude visait à comparer des exploitations laitières sur leur stratégie de mécanisation, en lien avec le contexte du terrain. Les bons résultats obtenus par le Gaec s’expliquent principalement par trois raisons : une place importante du pâturage, des achats de matériels privilégiant l’occasion sur le neuf, notamment pour les tracteurs, complétés par un recours à la Cuma quand c’est possible.

9 500 l de lait/an/VL, avec 1 500 kg de concentrés

Sur la question du pâturage, un chiffre est révélateur. L’exploitation affiche en effet un niveau de stockage de 3,41 t/UGB lait. Une valeur faible comparée à la moyenne régionale de 5,6 t. « Nous avons deux sites espacés de 3,5 km avec des animaux à chaque endroit, explique Benoît Piveteau. Les laitières ont accès à 80 ha de prairie. En 2021, elles ont pâturé du 31 janvier jusqu’à la fin du mois d’octobre. Nous leur ouvrons une nouvelle parcelle tous les jours. Les génisses repassent également sur chaque paddock, quelques jours après le troupeau, pour éliminer le maximum de refus. Cette “seconde coupe” est efficace pour limiter la fauche d’entretien, à condition d’avoir suffisamment d’animaux sur la parcelle, pour que tout soit correctement pâturé. »

Cela demande aussi un peu de temps et d’organisation pour que les génisses ne croisent pas les laitières, mais en contrepartie les interventions mécaniques pour la fauche des refus sont limitées. Sur le plan technique, la forte proportion de pâturage ne pénalise pas les résultats puisque le niveau de production du Gaec reste élevé : 9 500 litres de lait par vache et par an, avec en moyenne 1 500 kg de concentrés distribués par animal.

Achats via les petites annonces sur internet

Autre pratique caractérisant l’exploitation : l’achat de matériel d’occasion et le prolongement de la durée de vie des équipements. Pour être efficace sur les deux sites, le Gaec possède en tout neuf tracteurs, dont trois datent des années 1980 ou 1990. Ils servent principalement à des tâches spécifiques comme racler les stabulations ou repousser le fourrage à l’auge. Le dernier tracteur arrivé sur l’exploitation est un Massey Ferguson 6713. Acheté d’occasion comme les précédents, il avait déjà servi pendant deux années et affichait à son arrivée 300 heures au compteur. Ce tracteur a été payé 74 000 €, alors que le même modèle en neuf valait 95 000 €. « Nous l’avons trouvé par nous-mêmes en cherchant dans les petites annonces sur un site Internet, précise Franck Painchaud. Une grande partie des équipements de l’exploitation est achetée ainsi. Pour les tracteurs, nous ne choisissons que des modèles relativement récents et ne dépassant jamais les 1 000 h. Ils présentent peu de risques d’un point de vue mécanique et la moins-value est toujours intéressante. L’achat d’occasion nous permet aussi d’avoir du matériel plus large, à un prix abordable. Récemment, nous avons par exemple investi dans plusieurs outils de quatre mètres : un vibroculteur, une herse rotative et un semoir. Tous ces équipements étaient de seconde main et nous ont coûté le même prix que des modèles neufs de trois mètres de largeur. Avec ce genre de matériel, opter pour de l’occasion présente peu de risque. En revanche, pour quelques équipements sensibles, qui n’ont pas le droit de tomber en panne, nous avons tout de même choisi l’achat en neuf. »

C’est le cas de la désileuse automotrice, arrivée en 2021. Le Gaec a cherché une autre ferme à proximité pour un achat en copropriété, mais aucun coacquéreur n’a été trouvé. L’achat en neuf fut alors jugé plus sécurisant car cette machine sert tous les jours. Auparavant, les associés utilisaient un bol mélangeur tracté, mais, malgré son coût, l’automotrice s’avère plus intéressante, car elle évite d’immobiliser un tracteur et d’en utiliser un second pour le chargement. Pour les équipements de fenaison, le Gaec a aussi opté pour la sécurité en achetant une faneuse neuve. Les interventions s’effectuant toujours dans des intervalles de temps réduits, les associés ne veulent pas être pénalisés à la récolte à cause d’un matériel déficient.

Le télescopique jugé trop coûteux

Sur la ferme, l’essentiel de la manutention est assuré par deux tracteurs équipés de chargeurs frontaux. Les associés n’ont jamais souhaité investir dans un chargeur télescopique, jugeant ce matériel trop coûteux : « Cet engin présente effectivement des avantages en termes de confort de travail, mais à l’usage, il revient souvent deux fois plus cher qu’un tracteur, estime Olivier Oiry. Je pense aussi qu’avec un télescopique sur la ferme, chacun a tendance à l’utiliser pour un oui ou pour un non, et pas toujours à bon escient. En fin d’année, cela fait des heures de fonctionnement, non indispensables, mais qui coûtent cher quand même. De plus, un tracteur offre de la polyvalence, car il va aussi servir au champ. »

En parallèle, le Gaec fait très régulièrement appel à deux Cuma locales dans lesquelles deux des associés, Franck Painchaud et Benoît Piveteau, occupent des postes d’administrateurs.

L’une d’entre elles emploie un chauffeur et assure les prestations d’ensilage et de moisson. Les deux fournissent également différents matériels à l’exploitation : un tracteur à l’automne pour les semis ou le transport, des équipements de travail du sol, d’épandage et de récolte, un semoir à maïs et un pulvérisateur.

Chaque fois que c’est possible, les associés optent pour l’utilisation de matériel partagé parce qu’ils sont très satisfaits des prestations et du service fournis par leurs deux coopératives. L’une d’entre elles bénéficie d’un tarif compétitif, car, en hiver, une partie de l’entretien est assurée par un adhérent payé pour cela. Pour les investissements, les membres privilégient le matériel simple qui revient moins cher et reste accessible au plus grand nombre.

En conclusion de cette enquête, les trois associés sont satisfaits de leur stratégie et restent toujours à la recherche de marge de progrès. « L’important est de trouver le juste équilibre entre l’investissement collectif ou la prestation, intéressant sur le plan économique, et les achats en propriété pour être plus réactifs sur les chantiers parfois tendus », estiment-ils.

Denis Lehé
Optimiser. Les trois associés, Franck Painchaud, Olivier Oiry et Benoît Piveteau, privilégient les achats de matériel en occasion. Leur objectif est aussi de faire durer leurs équipements dans le temps plutôt que de les renouveler. © Denis Lehé
Enquête Mécalibre. 17 fermes laitières suivies en Vendée
 - Enquête Mécalibre. 17 fermes laitières suivies en Vendée
Laurent Gaboriau, de la chambre d’agriculture, a comparé les charges de mécanisation dans une enquête réalisée sur dix-sept fermes laitières en Vendée. © Denis Lehé.

Laurent Gaboriau, de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, supervise l’enquête Mécalibre en Vendée. Il a audité 17 exploitations laitières pour analyser et comparer différentes stratégies de mécanisation. Les profils sont variés, aussi bien au niveau de la surface cultivée, que de la main-d’œuvre disponible, du mode de production (conventionnel ou biologique) ou de la place du pâturage dans l’alimentation. « Chaque élevage est caractérisé selon la part de matériels acquis en propriété, celle qui est mutualisée avec d’autres exploitations et la quantité de travaux confiée à des prestataires extérieurs, explique-t-il. Tout cela tient compte du contexte réel, comme la présence à proximité de Cuma ou d’ETA, jugées fiables par les agriculteurs. Je m’intéresse aussi à la nature des achats, notamment si le renouvellement se fait avec du matériel neuf ou d’occasion. Des notes sont attribuées pour tous ces critères afin de situer les exploitations les unes par rapport aux autres. »

Le Gaec le Centenaire obtient ainsi un 7,4 sur 10 concernant la part de matériels détenus en propriété. Un agriculteur qui aurait systématiquement recours à la Cuma ou à l’ETA obtiendrait une note proche de zéro. « C’est un cas intéressant car leur taux d’équipement en propriété est légèrement supérieur à la moyenne du groupe qui est de 7,2, ajoute Laurent Gaboriau. Comme ces exploitants n’hésitent pas à prolonger la durée de vie de leur matériel et à investir principalement dans de l’occasion, ils obtiennent un coût de mécanisation inférieur à celui de leurs collègues pour un taux d’équipement équivalent. Les économies réalisées ne se traduisent pas par des coûts exorbitants d’entretien et de maintenance. »

Cette stratégie est également cohérente avec le système qui fait la part belle au pâturage. Les chiffres montrent que, pour ce Gaec, le temps passé annuellement en tracteur, y compris pour l’alimentation du troupeau, est 12 h/ha, alors qu’il est de 15 h/ha pour la moyenne du groupe. Même constat pour le coût de mécanisation par hectare qui atteint 505 €/ha, contre plus de 600 €/ha en moyenne. Inutile donc de consacrer davantage de moyens financiers à l’achat d’équipements s’ils sont peu sollicités.

Rentabiliser. Parmi les tracteurs de l’exploitation, deux sont âgés de plus de trente ans et sont alloués à des tâches spécifiques : repousse fourrage, raclage… © Denis Lehé
Investir. Exception à la règle, cette automotrice achetée neuve, car c’est un poste très sensible. Les associés auraient aimé trouver une autre exploitation pour la partager en copropriété. © D. Lehé

    Gaec Le Centenaire, à Martinet (Vendée)

    3 associés, deux salariés et une apprentie

    280 ha de SAU : 140 ha en herbe, 70 ha en maïs ensilage et 70 ha en autres cultures

    1 500 000 l de lait de production annuelle

    160 VL

    Engraissement de porcs : 850 places

    Élevage de bœufs à l’herbe : 30 têtes par an

    Photovoltaïque : 2 x 100 kWh

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