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Dossier. « Le vaccin intranasal a sauvé nos veaux souffrant de coups de flanc »

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Habitude. Solenn Dauny vaccine désormais tous ses veaux pour les protéger contre les maladies respiratoires. © p.l. c.

Confrontée à une épidémie de coups de flanc sur les veaux, Solenn Dauny a eu recours au vaccin intranasal contre les maladies respiratoires. Couplée à quelques travaux mineurs dans la nurserie, cette stratégie s’est révélée gagnante.

En janvier 2020, Solenn Dauny et Roland Nicolas, éleveurs à Cohiniac, dans les Côtes-d’Armor, ont observé plusieurs cas de coups de flanc sur leurs veaux. « Ils étaient essoufflés et fiévreux. Presque tous étaient atteints dès l’âge de 2 semaines », se souvient Solenn. Les veaux ne toussaient pas, mais ils ne mangeaient plus et dépérissaient rapidement. Quelques-uns en sont...
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En janvier 2020, Solenn Dauny et Roland Nicolas, éleveurs à Cohiniac, dans les Côtes-d’Armor, ont observé plusieurs cas de coups de flanc sur leurs veaux. « Ils étaient essoufflés et fiévreux. Presque tous étaient atteints dès l’âge de 2 semaines », se souvient Solenn. Les veaux ne toussaient pas, mais ils ne mangeaient plus et dépérissaient rapidement. Quelques-uns en sont morts. Solenn et Roland élèvent 80 prim’holsteins sur 85 hectares. Ils vendent aussi tous les ans 25 à 30 taurillons issus du troupeau laitier. Les vêlages se répartissent tout au long de l’année.

Acquérir une immunité rapidement

Les retards de croissance des veaux ont un impact économique évident mais difficile à chiffrer sur les deux ateliers de production. Sans compter le stress et le temps de travail supplémentaire pour les éleveurs. Face à cet épisode de coups de flanc, le vétérinaire de l’élevage, Tanguy Rault, a d’abord prescrit des antibiotiques et des anti-inflamma­toires. Sur son conseil, les éleveurs ont adopté tout de suite la vaccination avec un médicament pulvérisé dans le nez qui a l’avantage de donner une immunité en cinq jours contre le virus syncytial (RS) et dix jours contre le virus parainfluenza de type 3 (PI3). Avec les vaccins classiques, l’immunité n’est acquise qu’au bout de trois semaines. Ce produit est utilisable dès l’âge de 9 jours et protège pendant douze semaines. Un rappel par voie intramusculaire est préconisé trois à quatre semaines avant la fin de cette période afin qu’il prenne le relais et qu’il n’y ait pas d’interruption dans la protection.

Des prélèvements ont été réalisés par ATT (aspiration transtrachéale) pour identifier avec certitude les germes incriminés une semaine plus tard. La situation s’est améliorée dans un premier temps. Mais beaucoup d’animaux ont rechuté dans les deux ou trois semaines suivantes.

La vaccination systématique durant ce premier hiver a donné de bons résultats. Mais les problèmes respiratoires n’ont pas totalement disparu. Le vétérinaire a pointé du doigt quelques défauts de la nurserie, qui pouvaient expliquer les difficultés. Car ici, comme dans beaucoup d’élevages, les veaux vivent dans de vieux bâtiments qui ont peu évolué alors que le troupeau grandissait. Le nombre d’animaux peut être ponctuellement élevé par rapport à l’espace disponible. Or, les fortes densités favorisent les maladies respiratoires. De plus, le troupeau laitier, qui se trouve sous le même toit, avait traversé un épisode de grippe. Cela pouvait expliquer les difficultés rencontrées par les veaux. Par ailleurs, depuis trois ans, les vaches sont toutes vaccinées contre la mannhémiose. Cette maladie respiratoire provoquée par une bactérie a entraîné de la morbidité et même de la mortalité chez les laitières. La vaccination a permis d’améliorer la situation.

Vigilance sur l’hygiène et cures de vitamines

Solenn est vigilante sur les soins aux veaux. Chaque année avant l’hiver, elle s’organise pour faire un vide de deux à trois semaines. Elle en profite pour laver et désinfecter la nurserie. « Depuis que je fais ça, les cas de diarrhées ont diminué en hiver », précise l’éleveuse. Tous les animaux bénéficient d’une cure de vitamine C toutes les trois semaines en hiver. Les veaux reçoivent aussi un complément à base de vitamines et de minéraux chaque jour dans la buvée du matin. La prévention des maladies est donc une préoccupation bien ancrée dans cet élevage.

Les éleveurs ont contacté le GDS Bretagne pour réfléchir à un meilleur aménagement de la nurserie. « On se doutait que la ventilation n’était pas optimale, surtout avec des effectifs élevés, reconnaît Solenn. Le local manquait de lumière aussi, mais on ne voulait pas se lancer dans des travaux coûteux. »

Le GDS a conseillé d’installer trois cheminées pour faciliter l’extraction de l’air. Une fenêtre reste désormais toujours ouverte pour faire entrer l’air. Elle est protégée par un brise-vent pour éviter les courants d’air. Les anciens translucides ont été remplacés par des neufs et de nouveaux ont été posés pour augmenter la luminosité. Des faux plafonds réduisent le volume d’air au-dessus du couchage et les veaux recherchent ces petits abris quand il fait froid. Et des tôles ont été mises en place sur les barrières séparant la nurserie de la stabulation afin de limiter les contacts entre des animaux d’âges différents, mais aussi pour couper l’arrivée d’air.

Ces travaux ont été réalisés par Roland durant l’été 2020. « J’ai utilisé des matériaux de récupération et cela nous a coûté à peine 1 000 € », précise-t-il. Depuis, l’ambiance s’est améliorée dans la nurserie. « On voit bien que le sol sèche plus vite », témoigne Solenn. Désormais, l’éleveuse vaccine tous ses veaux à l’âge de 7-10 jours. L’administration est simple. Un flacon permet de réaliser cinq injections et il faut donc attendre de disposer d’un lot de cette taille. Elle effectue un rappel de vaccin mais seulement quand les animaux sont à l’intérieur. L’hiver dernier, les veaux ont moins souffert de problèmes respiratoires. Solenn ne reviendra pas en arrière sur la vaccination.

Des dégâts irrémédiables sur les poumons de certaines génisses

Le coût se situe entre 40 et 50 €/flacon mais cette prévention permet d’éviter des pertes bien plus élevées. Certaines génisses atteintes l’an dernier ont vu leur croissance stagner vers l’âge de 8-9 mois. Des échographies pulmonaires réalisées trois semaines après le début de l’épisode ont révélé qu’une partie de leurs poumons avait été détruite. « Sur deux lots de six génisses échographiées, on a dû en écarter trois. Les séquelles étaient trop importantes pour qu’elles puissent faire carrière », poursuit Solenn. Les mâles ont eux aussi souffert de retards de croissance.

Solenn a gagné en sérénité avec l’amélioration de l’état de santé de ses veaux. « J’ai moins de soucis, moins de frais vétérinaires et on réduit l’usage des antibiotiques. »

Pascale Le Cann
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