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Dossier. Litières compostées-malaxées : premières expériences en France

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La ventilation (ici en Autriche à l’aide d’une gaine), en évacuant l’humidité, participe à l’assèchement de la litière en surface : élément essentiel à la maîtrise sanitaire pour ces aires curées une fois par an. © huesker

L’aire paillée classique garde toute sa place mais l’émergence de litières compostées-malaxées soulève des hypothèses intéressantes en matière de confort de l’animal et de temps de travail. Un concept à suivre.

Les bâtiments pour vaches laitières avec une aire de couchage libre sont, en grande majorité, paillés mais ont tendance à diminuer depuis plusieurs années en France. Avec l’agrandissement des troupeaux et l’augmentation du temps de présence dans le bâtiment, l’aire paillée, autrefois dominante dans le choix des éleveurs, a été remplacée par les logettes paillées puis, pour des questions...
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Les bâtiments pour vaches laitières avec une aire de couchage libre sont, en grande majorité, paillés mais ont tendance à diminuer depuis plusieurs années en France. Avec l’agrandissement des troupeaux et l’augmentation du temps de présence dans le bâtiment, l’aire paillée, autrefois dominante dans le choix des éleveurs, a été remplacée par les logettes paillées puis, pour des questions de temps de travail, par des logettes sur lisier. Première raison à cela : la qualité du lait et les problèmes de mammites avec des aires paillées parfois mal maîtrisées (ambiance dans le bâtiment, densité des animaux, fréquence de curage, etc.). Ajoutons que l’arrivée de la traite robotisée a souvent été fatale à l’aire paillée qui rend la circulation guidée plus délicate à mettre en place.

Mais les bâtiments avec logettes ont aussi leurs revers, accentués par des temps de présence prolongés des animaux (peu ou pas de pâturage) : boiteries chroniques (hygiène des pieds et sols durs), problèmes de reproduction (défaut de confort), mammites (liées à des temps de couchage trop longs), etc. La notion de bien-être animal peut aussi être invoquée, tout comme les émissions d’ammoniac plus importantes.

L’abandon des logettes sur lisier

En Europe, les Néerlandais ont été les premiers à envisager l’abandon des logettes sur lisier pour un retour à l’aire de couchage libre de façon à résoudre ces difficultés. Mais avec peu de paille disponible dans le « plat pays », il fallait trouver une alternative : installer des litières compostées-malaxées. ­Celles-ci ont été étudiées et mises en pratique aux États-Unis et en Israël. Elles utilisent un matériau disponible localement, épandu abondamment au départ, avec très peu d’apports complémentaires ensuite, mais malaxé quotidiennement. L’objectif est de se limiter à un seul curage annuel.

En France, les premiers bâtiments approchant ce modèle commencent à apparaître. Ils pourraient faire école. « Gardons-nous des effets de mode, avertit Jean-Luc Ménard, de l’Institut de l’élevage. Nous savons que les bâtiments à logettes sur lisier peuvent engendrer des problèmes de santé, de bien-être, de production et de longévité, mais nous savons aussi comment améliorer ce type de bâtiments avec des logettes parfaitement réglées, et des sols plus confortables et variés. Ensuite, l’aire paillée classique a encore toute sa place, même pour les grands troupeaux, à condition d’avoir une conduite rigoureuse. D’ailleurs, dans tout bâtiment à logettes, il faudrait prévoir un espace en aire paillée pour les vaches les plus fragiles, soit 10 à 15 % de l’effectif. Arrivent aujourd’hui les bâtiments avec aire compostée-malaxée pour lesquels nous avons peu de recul mais qui méritent toute notre attention. »

Quelle surface par vache et quelle fréquence de curage ?

Il existe plusieurs conceptions qui se différencient surtout par la surface accordée à chaque vache et par la fréquence du curage. Aux Pays-Bas, comme aux États-Unis ou en Autriche, on parle de litière compostée avec un curage annuel, en général à l’automne pour pouvoir relancer le processus de compostage avant l’hiver. Cela suppose d’épandre de grandes quantités de matériaux au départ (50 cm) et de prévoir une surface par vache importante : 12 à 15 m2 selon le gabarit des animaux. La litière est malaxée quotidiennement et l’objectif est d’ajouter le moins possible de matériaux. Pour accélérer le processus de compostage, certaines aires de couchage intègrent une ventilation en sous-sol (air pulsé ou extrait). « Ces bâtiments réclament aussi une ventilation performante pour évacuer l’humidité. Ce sont des structures assez coûteuses par leur surface et leurs aménagements », explique Jean-Luc Ménard.

Pour esquiver ce surcoût du bâtiment, quelques éleveurs français ont mis en place une solution intermédiaire où il est davantage question de litière malaxée que compostée. L’idée est de conserver la surface classique nécessaire à une aire paillée, soit 7 à 9 m2/vache, mais sans recharger quotidiennement la litière, et surtout en curant moins souvent que l’exige une aire paillée.

« La ventilation doit être performante et homogène »

En contrepartie, il faut assurer un malaxage quotidien qui sert moins à composter la litière qu’à placer les déjections dans les couches inférieures. Cela suppose d’utiliser un autre matériau que de la paille longue, qui soit malaxable, donc assez fin, sans être trop absorbant pour ne pas conserver trop d’humidité en surface : cela peut être de la sciure, du miscanthus broyé, des copeaux de bois, etc. « L’enjeu est de curer le moins possible, mais juste quand il le faut. Cela peut être deux, trois, quatre fois par an. C’est une conduite à l’œil sur l’état d’humidité, la concentration en déjection, la bonne occupation de l’aire par les animaux, leur propreté…. Idem pour recharger la litière en matériaux. Ces bâtiments réclament une ventilation performante et homogène de façon à obtenir une excellente répartition des animaux sur l’aire de couchage. Pour la même raison, la largeur de cette dernière sera limitée à 10-11 m. Cela suppose des bâtiments assez longs », précise Jean-Luc Ménard. Ce type de litière demande un apport initial de matériaux important (15-20 cm), suffisant pour pouvoir le malaxer. L’éleveur en rajoute ensuite si nécessaire, en fonction de la propreté des animaux. Le malaxage reste superficiel et l’oxygénation qu’il provoque ne doit pas créer un échauffement de la litière qui dépasse 36°C en surface (et 40°C à 10 cm de profondeur), au risque de favoriser une activité bactérienne (streptocoques et coliformes) néfaste à la santé des mamelles. D’où l’idée de rappuyer la litière avec un rouleau couplé à l’outil malaxeur qui peut être un vibroculteur ou une herse rotative.

La barrière poussante gère le couchage des animaux

Dans les bâtiments pour grands troupeaux disposant d’une aire libre de couchage, une barrière poussante simple est intéressante pour diriger les animaux du couchage vers le couloir d’exercice, pour ensuite les guider sur le lieu de traite ou vers le pâturage. Cette barrière sert aussi à condamner l’aire de couchage pendant l’heure qui suit la traite. Un autre objectif est potentiellement de maintenir les animaux dans le couloir raclé de façon à diminuer la part des déjections déposées sur l’aire de couchage : habituellement à 40 %, avec cet « ébousage automatique », elle peut baisser à environ 30 %. « Deux remarques à cela : il faut dimensionner la fosse en fonction de cet ébousage et le risque est grand de perturber le rythme de la vache laitière en stoppant arbitrairement ses périodes de repos. Rappelons qu’une vache se couche douze heures par jour en huit à dix séquences. Ne pas respecter ce repos peut être très dommageable pour son bien-être, sa santé et sa production », avertit Jean-Luc Ménard.

Dominique Grémy
Malaxage. Ce type de litière impose un malaxage superficiel par jour de façon à placer les déjections dans la couche inférieure et à aider le processus de compostage. © Claire Hue
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