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« LE COÛT DE PRODUCTION, UN ALLIÉ QUI GUIDE NOS CHOIX »

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Grâce à la connaissance de leurs coûts de production depuis 2006, Christian Delahaye et Pascal Balle sont confortés dans leurs choix passés. Et ils savent où ils vont.

À PREMIÈRE VUE, L'EXPLOITATION RESSEMBLE À CELLES QUE L'ON RENCONTRE un peu partout aux confins de la Mayenne et du Maine-et-Loire. Un Gaec à deux associés, trois sites, du lait, des taurillons, des cultures. La part de prairie pèse sans doute plus lourd qu'ailleurs, mais il y a aussi 28 ha de maïs. Là où cette exploitation se distingue, c'est sur sa performance économique. Le coût de production se limite à 250 &euro...
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À PREMIÈRE VUE, L'EXPLOITATION RESSEMBLE À CELLES QUE L'ON RENCONTRE un peu partout aux confins de la Mayenne et du Maine-et-Loire. Un Gaec à deux associés, trois sites, du lait, des taurillons, des cultures. La part de prairie pèse sans doute plus lourd qu'ailleurs, mais il y a aussi 28 ha de maïs. Là où cette exploitation se distingue, c'est sur sa performance économique. Le coût de production se limite à 250 €/1 000 l main-d'oeuvre incluse, ou 152 € hors main-d'oeuvre. Ce qui la place dans le peloton de tête de la région. Le CER de Mayenne a calculé que le quart supérieur de son groupe est à 187 €/1 000 l hors main-d'oeuvre.

Ce résultat n'est pas le fruit du hasard. Et il est pour beaucoup dans la sérénité des éleveurs à l'heure où ils épluchent leurs résultats économiques pour l'exercice clôturé au 31 août 2009. « Le CER nous a proposé ce service en 2006. Cela nous a plu parce que nous voulons aller au-delà de la marge brute. Pour apprécier la rentabilité, nous avons besoin de tenir compte des charges de structures, des DPU, du travail… », précise Pascal Balle. Les deux associés avaient intégré la réforme de la Pac 2003 et ils commençaient à penser à l'après-quotas. « Nous sentions qu'il fallait raisonner différemment et s'assurer de la pertinence de nos choix ».

Car à la veille d'un changement de l'environnement économique, de grandes questions se posent. Faut-il continuer à privilégier l'herbe ou intensifier sur les animaux pour développer les cultures ? Est-il intéressant de produire davantage de lait ? Les taurillons sont-ils encore rentables ? Comment se situe l'élevage par rapport au marché ? La connaissance du coût de production donne les bases d'une réflexion en profondeur sur ces questions. Il est calculé pour toutes les productions de l'exploitation. Le sérieux de la méthode est essentiel pour en faire un bon outil. Les deux éleveurs avaient commencé à raisonner par atelier depuis l'achat d'une mélangeuse en 2003.

« Avec la pesée, nous avons su précisément ce que consommait chaque lot, et donc nous connaissions les surfaces utilisées par chacun. On a pris l'habitude de noter les concentrés distribués par type d'animaux », explique Christian. Ils disposaient donc des informations nécessaires à une bonne affectation des charges alimentaires dans le calcul du coût de production.

Les éleveurs ont également réalisé des mesures de temps de travail. Ils ont comparé ces données avec les barèmes utilisés par le CER et ils ont vu que la correspondance était bonne. Hormis la rémunération, pour laquelle le CER applique un forfait de 25 000 €/UTH/ an, tous les chiffres sont issus de la comptabilité. « L'outil proposé nous semble cohérent et puisqu'il est utilisé sur un groupe d'éleveurs, nous pouvons nous comparer aux autres », précise Pascal. Cela lui semble essentiel pour dégager des marges de progrès. Même s'il ne s'agit pas de vouloir être au plus bas partout. L'intérêt est de voir comment on se situe par rapport aux autres et d'identifier la justification éventuelle d'un dépassement.

La démarche est motivante et conduit à se poser des questions sur tout ce qui est fait. Ici, les éleveurs voient que leur coût alimentaire se limite à 65 €/1 000 l quand le quart supérieur est à 100 €. Un avantage de 35 € qui se retrouve dans la performance finale et qui s'explique clairement par la volonté de valoriser le pâturage. Ce résultat conforte donc les éleveurs dans leur choix de système. Ils sont rassurés de voir qu'en faisant des choix différents de ceux de leurs voisins, ils obtiennent des résultats au moins aussi bons. Convertir les pâtures en céréales ne serait pas rentable.

L'IRRIGATION SE JUSTIFIE, MÊME SUR LES PRAIRIES

De même, la rentabilité de l'atelier taurillons ressort malgré la faiblesse des prix. L'augmentation de la production laitière peut être intéressante, pour peu qu'elle ne se traduise pas par un bouleversement du système. « L'analyse des coûts de production montre aussi le bénéfice tiré de la valorisation des couverts végétaux, au-delà des contraintes qu'ils imposent, ajoute Christian. Là où l'accès des animaux est possible, on implante du ray-grass italien qui nous offre de bonnes pâtures dès la sortie de l'hiver. Le rendement tourne autour de 3 t de MS/ha. » Ceci permet de disposer d'une surface accrue en herbe de qualité pour les vaches en production dès le début de la saison, au bénéfice du coût alimentaire. De même, l'irrigation des pâtures permet de relancer leur production en automne.

Les terres limono-sableuses sont séchantes. « La portance est bonne et permet une mise à l'herbe précoce, vers la mi-février, pour une fermeture du silo de maïs mi-avril. Mais la réserve en eau est assez faible, ce qui nous conduit à irriguer une partie du maïs et des prairies. » Ce choix ne sera pas remis en question.

AVEC DES PÂTURES, LA ROTATION EST MEILLEURE

Les éleveurs voient aujourd'hui qu'ils disposent de peu de marges de progrès supplémentaires. Mais ils savent qu'ils ont fait les bons choix. Avec un coût de production à 250 €, et une valorisation du lait à 315 € sur le dernier exercice, ils constatent que l'atelier conserve une rentabilité, même avec un prix du lait en baisse. « La gestion de l'herbe est compliquée surtout au printemps. On dépend beaucoup de la météo, on a du mal à évaluer les quantités ingérées. Mais au moins, je sais que l'énergie que je dépense dans ce suivi est rentable. »

Et cela le motive pour rechercher le moyen de progresser encore. Le rendement des prairies s'élève à 6,8 t de matière sèche par hectare en moyenne, et Christian estime qu'environ 65 % de l'herbe produite est valorisée par le pâturage.

Il s'interroge sur le moyen de progresser encore sur ce critère. Car, si la récolte d'herbe est incontournable au printemps, elle coûte cher.

En outre, les éleveurs apprécient la rotation des cultures permise par le poids des prairies. Elles constituent un bon précédent et cet équilibre profite aux cultures, tout en permettant de réduire les coûts de la fertilisation. L'exploitation s'est engagée dans une MAE (mesure agro-environnementale) après avoir signé un CTE il y a quelques années. « Nous sommes plafonnés à 140 unités d'azote total sur toute la surface épandable. C'est gérable grâce aux prairies et cela nous rapporte 9 000 /an », rajoute Christian Delahaye. Une manière d'aller au bout de leur système et des valorisations qu'il permet. Et puis cette conduite soucieuse de l'environnement colle aux aspirations des deux éleveurs.

PASCALE LE CANN
L'EXPLOITATION - À Grugé-l'Hôpital (Maine-et-Loire) - 2 associés et 1 salarié à plein temps(1) - 439 000 l de quota - 60 prim'holsteins - 60 jeunes bovins vendus par an - 12 laitonnes - 103 ha, dont 50 en prairie, 28 en maïs, 20 en blé, 5 en colza - 1 site principal (70 ha), plus 26 ha à 10 km et 7 ha à 6 km (1) Chacun des associés est maire de sa commune et y consacre environ un tiers de son temps.
COMMENT VOYEZ-VOUS LA SUPPRESSION DES QUOTAS SUR VOTRE EXPLOITATION ?

« L'analyse du coût de production montre que notre système tient la route. Il est donc hors de question de le changer. La clé, c'est de disposer de 45 ares d'herbe par vache. Compte tenu de nos équipements et de la structure de l'exploitation, nous pouvons monter à 600 000 l au maximum. Mais la surface deviendrait limitante. Avec 15 à 20 ha de plus, nous préserverions notre système laitier et nos assolements. On verra si des occasions se présentent, mais avec cette surface en plus, on pourrait saturer nos autres moyens de production. Les repères donnés par le coût de production montrent aussi que si nous voulions produire plus de 600 000 l, le système ne tiendrait plus. Il faudrait engager de nouvelles charges, en concentrés notamment, et notre rentabilité serait pénalisée. Néanmoins, ce seuil de 600 000 l nous conduit au taquet. Dans la réalité, on aurait sans doute intérêt à rester un peu en deçà pour garder une certaine souplesse. »

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