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Dossier. «Une délivrance face à des diarrhées catastrophiques»

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Taxi-lait. Nathalie et Mickaël Pirot ont abandonné le Dal au profit du taxi-lait pour des raisons d’hygiène. © Gaec pirot

Nathalie et Mickaël Pirot ont perdu des dizaines de veaux avant que leur vétérinaire obtienne enfin la fabrication d’un autovaccin. Leur vie a changé.

«C’était il y a sept ans. Les veaux ont soudainement été frappés par des diarrhées violentes et beaucoup en sont morts », raconte Mickaël Pirot, éleveur en Ille-et-Vilaine. Les symptômes apparaissaient le plus souvent quatre jours après le vêlage et rien ne semblait pouvoir les faire disparaître. Le vétérinaire, Guy Timmermans, est intervenu en prescrivant d’abord des antibiotiques...
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«C’était il y a sept ans. Les veaux ont soudainement été frappés par des diarrhées violentes et beaucoup en sont morts », raconte Mickaël Pirot, éleveur en Ille-et-Vilaine. Les symptômes apparaissaient le plus souvent quatre jours après le vêlage et rien ne semblait pouvoir les faire disparaître. Le vétérinaire, Guy Timmermans, est intervenu en prescrivant d’abord des antibiotiques. Sans amélioration. Sur son conseil, les éleveurs ont vacciné les vaches. Ils avaient l’habitude de donner deux litres de colostrum dès la naissance.

Les génisses sauvées avaient plus tard des coups de flancs

Mais cette stratégie n’a pas fonctionné non plus. « Nous avons aussi amélioré nos pratiques en matière d’hygiène », se souvient l’éleveur. Il reconnaît que tout n’était pas parfait sur ce plan à l’époque. La désinfection des seaux et des locaux est devenue la règle. Mais les veaux mouraient toujours, par dizaine, de diarrhée. La situation est devenue catastrophique. Les quelques génisses qui en réchappaient restaient chétives avec des niveaux de croissance très faibles. Beaucoup avaient des coups de flanc dans les semaines suivantes. Les éleveurs leur administraient des antibiotiques pour lutter contre l’infection. Ces seuls traitements leur coûtaient 500 €/mois. Avec des résultats mitigés et un risque élevé de développer une antibiorésistance. Les génisses qui finissaient par être fécondées souffraient souvent de pneumonie après le vêlage et beaucoup ne s’en remettaient pas. « Le germe s’attaque d’abord aux intestins, puis aux poumons. Le stress du vêlage suffisait à déclencher des pneumonies », rappelle Mickaël.

L’élevage a dû acheter des génisses pour assurer le renouvellement. Mais surtout, cette situation minait les éleveurs. Ils passaient beaucoup de temps à essayer de sauver leurs veaux, à les réhydrater. Mais les pertes restaient énormes. « On y pensait tout le temps, on ne savait plus quoi faire. »

Le vétérinaire ne s’est jamais découragé. Il s’est battu pour obtenir une autorisation de créer un autovaccin. Et a fini par y parvenir. « Ça a tout changé. Nos veaux étaient vigoureux dès la naissance. Ils buvaient bien et poussaient vite », relate Nathalie Pirot, qui a rejoint son mari sur l’élevage entre-temps.

C’était il y a cinq ans. L’autovaccin a été injecté à toutes les femelles en gestation un mois avant le terme avec un rappel deux semaines plus tard. Pour les vêlages suivants, un rappel deux semaines avant le terme suffit. La demande est à refaire chaque année et les procédures administratives s’avèrent longues et compliquées. Cela exige donc de l’anticipation de la part du vétérinaire car c’est lui qui s’en charge.

Un coût de 400 € pour 50 doses d’autovaccin

Pour les éleveurs, l’utilisation de l’autovaccin demande beaucoup de rigueur afin de respecter les dates d’injection pour chaque vache. Le coût s’élève à 400 € pour un litre qui permet 50 injections. Le budget monte donc à 1600 € par an pour cet élevage. Ce n’est pas rien mais cela reste très inférieur au coût des diarrhées à répétition : antibiotiques, pertes d’animaux, retards de croissance, etc. « Aujourd’hui, le nombre de veaux que je soigne pour une diarrhée chaque année se compte sur les doigts d’une main, affirme Nathalie. Et je les guéris avec un sachet de réhydratant. » Il est vrai qu’en plus de l’autovaccin, un protocole d’hygiène très rigoureux a été mis en place dans l’élevage. « En ce moment, nous avons un vêlage par jour. La concentration des animaux augmente les risques », précise l’éleveuse. Les veaux reçoivent quatre litres de colostrum par drenchage à la naissance. « Au début, j’utilisais un embout en plastique que je désinfectais après chaque utilisation », précise Nathalie. Mais ce matériau s’abîme avec le temps et devient plus difficile à assainir. Elle a acquis un embout en Inox qui peut être parfaitement stérilisé. Chaque veau possède son propre seau, de la première buvée jusqu’au sevrage. Ils sont soigneusement nettoyés après chaque repas et désinfectés entre deux veaux. Les niches individuelles qui accueillent les nouveau-nés sont également lavées et désinfectées après chaque veau.

Dans la nurserie, la ventilation dynamique n’a jamais fonctionné

Les génisses vivent ensuite dans des igloos par groupe de 3 ou 4 du même âge jusqu’au sevrage. Pour des raisons d’hygiène, les éleveurs ont abandonné le Dal. Ils l’ont remplacé par un taxi-lait. « On utilise du shampoing de carrosserie pour décoller toutes les saletés sur les igloos entre deux lots », précise Mickaël. Avant d’adopter ce type de logement, les éleveurs avaient construit une nurserie neuve pour un coût de 100 000 €. Elle comprenait des cases individuelles et collectives avec une ventilation dynamique. Mais malgré de nombreuses interventions, ce système n’a jamais fonctionné correctement. D’où l’investissement dans des niches et des igloos. La nurserie est occupée par les génisses après le sevrage. Et les portes sont maintenues grandes ouvertes pour ventiler.

Après ce difficile épisode de diarrhées, les éleveurs ont retrouvé la sérénité. « Des veaux en bonne santé atteignent des niveaux de croissance élevés. Tout ce qui se passe avant l’âge de six mois est primordial pour la carrière des femelles », constate Mickaël. Nathalie pense aussi au bien-être des veaux. Grâce à l’autovaccin, ils sont en forme et n’ont plus besoin d’antibiotiques. « On est conscients des problèmes que pose l’antibiorésistance. Administrer ce type de traitements en permanence n’est pas satisfaisant. » En théorie, le germe impliqué dans ces diarrhées devrait disparaître de l’élevage après quelques années de vaccination. Pour le vérifier, il faudrait interrompre les injections durant six mois. Un risque que les éleveurs n’envisagent pas de prendre pour l’instant.

Pascale Le Cann
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