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« L’audit d’abreuvement révèle de graves manquements »

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Pierre Kirsch, vétérinaire Happy dans les Ardennes, a utilisé l’outil WaterNotes pour évaluer la qualité de l’abreuvement dans le bâtiment et valider l’efficacité de ses préconisations.

L’importance de l’eau comme premier aliment de la vache laitière n’est plus à démontrer. Néanmoins, dans 70 % des élevages en Europe, l’abreuvement est déficient. Nous pouvons toujours établir des rations de plus en plus précises avec des systèmes de calculs toujours plus performants, mais sans un abreuvement satisfaisant avec une eau propre et de qualité, la santé et la productivité des...
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L’importance de l’eau comme premier aliment de la vache laitière n’est plus à démontrer. Néanmoins, dans 70 % des élevages en Europe, l’abreuvement est déficient. Nous pouvons toujours établir des rations de plus en plus précises avec des systèmes de calculs toujours plus performants, mais sans un abreuvement satisfaisant avec une eau propre et de qualité, la santé et la productivité des animaux ne seront pas au rendez-vous. L’augmentation croissante des périodes de chaleurs ne fait que rendre encore plus importante la mise à disposition de solutions d’abreuvement à la hauteur des besoins des animaux. Dans cette optique, deux critères sont fondamentaux. L’accessibilité à l’abreuvement, qui correspond au nombre d’abreuvoirs nécessaires en fonction du nombre de vaches, et la disponibilité en eau, qui est définie comme la mise à disposition d’une quantité suffisante d’eau, dans des conditions satisfaisantes pour que la vache puisse boire sans contrainte une fois devant l’abreuvoir. Nous décrivons ici une méthode d’évaluation de l’abreuvement à travers l’utilisation d’une application : WaterNotes (1). Cet outil fournit une note de capacité d’abreuvement de chaque abreuvoir et une note globale pour l’étable.

Une épidémie de gros genoux

L’élevage évalué, au Gaec des Petits Enclos, est un troupeau de 70 vaches laitières de race prim’holstein en stabulation libre à logettes. L’éleveuse, Virginie Lemaire, était déjà sensibilisée à l’importance de l’abreuvement lors de nos échanges. Deux mois après la rentrée définitive de pâture, une épidémie de « gros genoux et de gros jarrets », en lien avec un déficit de minéralisation et d’abreuvement, a précipité la décision d’améliorer l’accès à l’eau des vaches en lactation. Son projet était validé et l’achat de nouveaux abreuvoirs prévu la semaine suivante­. Nous lui avons proposé d’étudier la validité de son plan et de le confronter à notre étude et à nos recommandations. Une contrainte supplémentaire était liée à un autre projet, à savoir l’installation, d’ici un an, d’un robot de traite.

L’analyse avec WaterNotes commence par le relevé d’informations générales, à savoir le nombre de vaches concernées, le nombre d’abreuvoirs individuels et collectifs présents, si l’eau est potable, si les vaches ont accès à au moins deux abreuvoirs, et la fréquence de nettoyage de ceux-ci.

Une fois les informations précisées, un score sur 20 est attribué à chaque abreuvoir et une capacité d’abreuvement est également calculée en nombre de vaches, comme reflet de sa disponibilité par rapport à son potentiel. Les facteurs limitants de chaque abreuvoir sont aussi mis en évidence sous forme graphique (voir infographies). Après l’évaluation des abreuvoirs, une note globale de capacité d’abreuvement des vaches est calculée. Dans notre exemple, le résultat est alarmant. Le score d’abreuvement global est de 7,8/20, et la capacité d’abreuvement potentielle de 40 vaches, rendu possible par les trois abreuvoirs, n’est pas atteinte. En effet, deux des abreuvoirs sont considérés comme inutilisables. Le premier, l’abreuvoir collectif, est beaucoup trop haut : le bord se situe à 106 cm du sol. Cette hauteur importante est justifiée par l’éleveuse pour pouvoir passer le rabot de raclage sous l’abreuvoir. De plus, il est situé dans une zone de passage qui ne permet pas à deux vaches de se croiser quand les autres boivent. L’application WaterNotes est sévère et lui donne la note de 0/20, considérant sa capacité comme nulle alors que son potentiel d’abreuvement est de 20 vaches. Le second, un abreuvoir individuel, situé en cul-de-sac, dans le couloir de sortie de salle de traite, obtiendra le même score. Il reste un troisième abreuvoir, placé à l’extrémité du couloir d’accès aux logettes, au niveau du passage vers la table d’alimentation. Sa capacité individuelle d’abreuvement s’avère correcte, du fait de sa hauteur et de son très fort débit. Son score est de 15,6/20 et il permet l’abreuvement de 8 vaches. En fin de compte, les installations d’abreuvement offrent un potentiel d’abreuvement théorique pour 40 vaches avec une capacité effective pour 16 , alors que le troupeau en compte 70 !

Un risque d’embouteillage

L’analyse du plan de la stabulation révèle peu de possibilités pour l’implantation d’un ou plusieurs abreuvoirs supplémentaires. Seul le mur en face de la table d’alimentation, en sortie de salle de traite, est éligible, avec un facteur limitant : sa largeur. Celle-ci est de 5,5 mètres, ce qui est insuffisant pour un couloir d’alimentation doublé d’un accès à l’abreuvement, tout en étant également un lieu de passage lors de la sortie de la salle de traite. Cela constituerait un risque majeur d’embouteillage, d’interactions agonistiques et de glissades, sans compter le dérangement des vaches à l’auge, ce qui n’est nullement souhaitable. Notons que l’eau et l’électricité sont ici directement accessibles sans avoir à réaliser de lourds travaux. Enfin, ce mur représente une solution intéressante et pérenne par rapport au site d’implantation du futur robot.

L’éleveuse souhaitait implanter à cet endroit un ou deux abreuvoirs de grande longueur de type basculant, afin d’augmenter fortement le nombre de places disponibles. Nous n’avons pas préconisé ce type d’abreuvoir car la largeur du couloir n’est pas suffisante pour assurer leur disponibilité, c’est-à-dire permettre à une vache d’y boire sans contrainte. À la place, nous suggérons la mise en place de deux abreuvoirs individuels à deux places, qui incitent la vache à se placer le long du mur pour s’abreuver et ainsi libérer le passage­. Un kit antigel est également recommandé ainsi qu’un capot de fermeture pour maintenir les abreuvoirs plus propres. L’évaluation de cette solution couplée à l’abaissement de 25 cm de l’abreuvoir collectif produit une note globale de 14,9/20, avec une capacité d’abreuvement de 60 animaux. Nous nous rapprochons de la situation idéale et nous sommes conformes aux futurs besoins avec l’implantation du robot, qui sera associé à une diminution du nombre de vaches. Cette solution a été mise en place par l’éleveuse trois mois plus tard.

Une très bonne circulation

Elle est satisfaite de l’évolution de la situation et observe une importante utilisation des nouveaux abreuvoirs ainsi qu’une très bonne circulation des animaux. Au niveau de la production laitière, il n’a pas été possible de mesurer une augmentation substantielle, la mise en service des nouveaux abreuvoirs coïncidant avec un changement de ration et la mise en pâture.

Cependant, nous constatons la situation suivante : avant la mise en service des nouveaux abreuvoirs, la production moyenne par vaches était de 30,9 litres à 5,5 mois moyens de lactation, et un an plus tard, de 32,5 litres à 5,9 mois moyens de lactation. L’investissement pour l’éleveuse se monte à 1 344 € HT pour les deux abreuvoirs et le matériel nécessaire à l’installation. À cela, il faut rajouter notre prestation, à 500 € HT. L’investissement est rapidement rentabilisé.

pierre kirsch

(1) WaterNotes est une application développée par Obione.

« On ne pense pas assez à l’eau pour faire du lait »

«Pour faire du lait, un éleveur pense d’abord à la qualité et à la disponibilité de la ration, puis à disposer d’une génétique performante. L’eau et la qualité de l’abreuvement sont rarement évoquées même si nous en connaissons l’importance. Personnellement, je n’avais pas conscience que mon bâtiment était défaillant sur ce point. Je voyais bien qu’il y avait toujours de la cohue autour de l’abreuvoir collectif, surtout­ le matin, avant et après la traite. Mais la production laitière­ tournait bien alors pourquoi s’inquiéter ? Des échanges avec Pierre Kirsch, notre vétérinaire, lors d’un bilan sanitaire, m’avaient tout de même mis la puce à l’oreille. Ensuite, un audit Happy-Vet avait clairement pointé les défauts d’abreuvement. Le déclic est venu à l’automne 2018 avec une multiplication de gros jarrets dans le troupeau, liés à un déficit d’abreuvement. L’audit a eu lieu en janvier 2019, et les travaux d’amélioration ont été réalisés­ dans la foulée. Les vaches ont mis un peu de temps à s‘habituer aux abreuvoirs à trappe, mais cela n’a pas duré. J’ai immédiatement constaté un troupeau plus calme, et surtout l’absence d’embouteillage au niveau de l’abreuvoir central. Il est difficile de se prononcer sur l’augmentation de la production laitière car les vaches sont sorties au pâturage peu de temps après la mise en route des nouveaux abreuvoirs. Trop de choses avaient changé dans la ration et aujourd’hui, nous sommes équipés d’un robot de traite. On nous a conseillé d’installer un nouvel abreuvoir à la sortie du robot. Mais l’abreuvoir collectif n’est pas loin, et avec Pierre Kirsch, nous estimons qu’il est plus important d’avoir une répartition homogène des points d’eau dans le bâtiment, afin que les vaches puissent boire à tous moments de la journée. »

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