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Dossier. Fixer l’âge au premier vêlage en fonction de ses objectifs

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Croissance compensatrice. Au pâturage de printemps, sur des prairies de qualité et avec zéro concentré, les génisses de plus de 1 an atteignent 900 g à 1 000 g de croissance par jour à condition d’être rationnées en concentrés les mois précédents. Elles rattrapent leur retard de croissance. © WATIER-VISUEL

Viser les 24 mois au premier vêlage des génisses n’est plus la finalité. L’heure est à une grande cohérence par un âge répondant aux besoins de l’élevage et aux objectifs de travail de l’éleveur. Le plan d’alimentation en découlera.

L’âge au premier vêlage des génisses est un marronnier du conseil en élevage. Depuis des années, les messages techniques fixent le repère à 24 mois. Il a plusieurs intérêts. Le premier : cela limite le nombre d’animaux du cheptel. L’impact est positif sur le système de production : moins de fourrages à produire, plus de places dans les bâtiments et moins de travail. Les charges opérationnelles...
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L’âge au premier vêlage des génisses est un marronnier du conseil en élevage. Depuis des années, les messages techniques fixent le repère à 24 mois. Il a plusieurs intérêts. Le premier : cela limite le nombre d’animaux du cheptel. L’impact est positif sur le système de production : moins de fourrages à produire, plus de places dans les bâtiments et moins de travail. Les charges opérationnelles et de structure s’en trouvent abaissées.

Le deuxième intérêt : en les élevant moins longtemps, on réduit le risque de génisses grasses et donc de problèmes métaboliques au vêlage. Le troisième, plus récent : la baisse de l’empreinte carbone de l’exploitation par moins d’animaux dits « improductifs ». Sur le terrain, force est de constater que le message ne passe pas. Dans l’Ouest, l’âge au premier vêlage est de 29 mois en holstein et de 31 mois en normande.

Les conseillers changent leur message

« En Pays de la Loire, de 2006 à 2018, il a baissé en moyenne de 1,7 mois… soit quatre jours par an, indique Nicolas Lair, responsable du pôle génisse du groupe Seenergi. Il est basé dans les Pays de la Loire. À ce rythme, les 24 mois seront atteints en 2050 ! » ajoute-t-il en plaisantant (infographie p.34). Lui qui travaille sur le sujet depuis 2008 se veut résolument positif, non pas sur ces fameux 24 mois, mais sur des génisses mieux suivies. Il estime que les choses bougent. Côté producteurs laitiers, le trop-plein de génisses par l’usage de la semence sexée et par les agrandissements de troupeau incite à en repenser la conduite. Côté conseillers, le vêlage à cet âge n’est plus la finalité. L’heure est à l’accompagnement de l’éleveur dans la définition de ses objectifs. C’est en tout cas l’orientation prise par Seenergi. « L’important est d’être en cohérence avec le système de production, de répondre à ses besoins mais aussi aux objectifs de travail de l’éleveur, estime Nicolas Lair. Dans la stratégie choisie, l’efficacité de l’animal sera recherchée. Dans bien des cas, cela passera par une baisse de l’âge au premier vêlage », ajoute-t-il.

Choisir le mode de conduite de ses génisses

Schématiquement, dans un système de production intensif à l’animal et à l’hectare, on privilégiera les vêlages très précoces (22 à 23 mois). L’objectif est l’arrivée plus vite en production de la jeune femelle par une croissance soutenue. En Mayenne, c’est ce que fait Alain Paillard (p.36). Les jeunes holsteins n’ont accès au pâturage qu’une fois pleines. Jusqu’à leur mise à l’herbe, le plan d’alimentation est bâti sur un GMQ de 1000 g/jour. À l’inverse, une exploitation plus herbagère occupera ses prairies par des vêlages tardifs. Dans la Manche, c’est le choix de l’EARL de la Mare (p. 42). Elle exploite la moitié de ses 100 ha de prairies naturelles par des vêlages de 33 mois.

Il peut aussi y avoir plusieurs âges au premier vêlage au sein d’un même élevage, comme le pratique la ferme expérimentale des Trinottières, dans le Maine-et-Loire. Elle a défini sa stratégie en fonction de la date d’entrée souhaitée des primipares dans le troupeau. « Nous voulons un vêlage groupé des génisses entre le 1er septembre et le 30 novembre. Comme les veaux femelles naissent à différentes périodes dans l’année, nous les conduisons de trois façons, confirme Julien Jurquet, de l’Institut de l’élevage. Celles nées de septembre à la mi-novembre sont en vêlage précoce, celles de décembre en vêlage très précoce. En revanche, par des GMQ très modérés, les naissances de janvier à mars sont basculées en vêlage à 33 mois (détail ci-dessus)»

En finir avec les mesures faites au coup d’œil

Un travail simplifié et un plan alimentaire le moins cher possible peuvent être deux autres objectifs qui guident les choix de l’éleveur. « Une fois l’objectif défini, il faut construire un plan d’alimentation conforme d’une part aux croissances souhaitées­ à chaque étape de la vie de la génisse, d’autre part au niveau de charges opérationnelles fixé », reprend Nicolas Lair. Quelle que soit la stratégie retenue, il juge indispensable de mesurer les animaux à leurs étapes clés pour vérifier les performances de croissance. « Il faut en finir avec les évaluations de poids et taille faites au coup d’œil ! » Le ruban barymétrique est l’outil d’évaluation minimal. « À partir de 6 mois, conseille David Plouzin, en charge du troupeau laitier de la ferme des Trinottières. Avant, les génisses sont plus farouches, ce qui peut amener des erreurs de mesures au ruban de quelques centimètres. » Nicolas Lair, lui, insiste sur la pesée qui est aujourd’hui pratiquée par seulement 1,5 % des élevages laitiers ligériens.

Il reconnaît que le message technique des organismes de conseil n’a pas été assez mobilisateur sur le sujet ces dix dernières années. Seenergi a décidé de le remettre au goût du jour, en particulier sur la tranche d’âge 0-6 mois.

200 kg à 6 mois pour tous les âges au premier vêlage

Si l’objectif d’un âge au premier vêlage à 24 mois est moins d’actualité, celui des 200 kg aux 6 mois de la génisse le reste. C’est bien connu : la maximisation de la croissance et du développement squelettique durant cette phase a un effet positif sur la production laitière en première lactation. Elle est assurée par une alimentation non limitante en protéines et limitante en énergie pour éviter un engraissement de la jeune femelle, en particulier de sa mamelle. Or, aujourd’hui, ces 200 kg à 6 mois ne sont pas atteints. Chez les éleveurs ligériens abonnés au service Croissance, il manque 20 kg à 6 mois, soit 25 jours de retard de croissance. « Élever des génisses demande de la rigueur. Chaque détail compte, en particulier durant cette phase où 900 g de GMQ moyen sont recherchés. Le risque, sinon, est de perdre des kilos de croissance par une alimentation lactée ou une distribution de concentrés insuffisantes, une diarrhée, un problème respiratoire, etc. » Sans rentrer dans les détails de la conduite de cet âge (voir pour cela notre dossier sur la croissance des génisses paru dans L’Éleveur laitier de novembre 2019), il invite par exemple à la vigilance sur le type de concentré distribué. « Attention au tri à l’auge. Dans un mélange maïs grains + tourteau soja, les jeunes femelles consomment d’abord le soja qu’elles jugent plus appétent. L’amidon du maïs, lui, a le défaut d’être digéré rapidement. » Pour limiter le risque de perturbations digestives, il recommande le concentré du commerce plutôt que le mélange fermier. Il est plus homogène et offre des sources d’amidon diversifiées.

Vêlages tardifs : les plus compliqués à gérer

Une fois les 200 kg à 6 mois respectés, c’est dans les phases suivantes que se joue le respect de l’âge au vêlage fixé… ou pas. En vêlage 24 mois, on vise un GMQ moyen de 800 g. En vêlage 30 mois et plus, le GMQ moyen descend à 600 g pour éviter les vaches grasses au vêlage.

« Dans les deux cas, comme on le fait pour les vaches, une analyse des fourrages s’impose pour maîtriser la valeur alimentaire de la ration distribuée. C’est peu fait aujourd’hui », déplore le conseiller. Pour lui, la conduite des vêlages tardifs est la plus technique car elle utilise davantage le phénomène de la croissance compensatrice au pâturage de printemps. C’est ce que fait la ferme des Trinottières sur des prairies de bonne qualité avec zéro concentré. Pour obtenir 900 à 950 g/jour au printemps, elle freine le GMQ à 400-500 g les mois précédents.

1 600 € à 1800 € par génisse

« Un meilleur suivi des génisses abaissera le coût opérationnel de la génisse, affirme Nicolas Lair. Il est aujourd’hui de 600 € à 750 € dont 45 % relatifs aux premiers six mois. » Avec les charges de structure, la ferme des Trinottières, elle, a calculé son coût total entre 1300 € et 1450 €. « Nos bâtiments sont semi amortis et nous mesurons toutes nos pratiques. En élevage classique, il faut compter 300 à 400 € de plus par génisse », estime Julien Jurquet.

Claire Hue
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