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Dossier. Échange de terres : gain de temps et baisse des coûts substantiels

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Bonification. Yann Caillon estime que le rapprochement de parcelles donne de l’attractivité à son exploitation. © Denis Lehé

En échangeant certaines de leurs parcelles, ces éleveurs ont réussi à diminuer le temps passé sur la route, et donc leurs charges. Le rapprochement des terres constitue également une solution pour développer la part du pâturage dans l’alimentation.

«C’est en 2019, au cours d’une formation avec la chambre d’agriculture, que j’ai mesuré les coûts supplémentaires liés à l’éloignement entre parcelles et le siège de l’exploitation, se souvient Yann Caillon, éleveur à Campbon, en Loire-Atlantique. Nous avions pris comme exemple une de nos parcelles de 4 ha, située à 6 km de la ferme. La formatrice nous a indiqué que...
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«C’est en 2019, au cours d’une formation avec la chambre d’agriculture, que j’ai mesuré les coûts supplémentaires liés à l’éloignement entre parcelles et le siège de l’exploitation, se souvient Yann Caillon, éleveur à Campbon, en Loire-Atlantique. Nous avions pris comme exemple une de nos parcelles de 4 ha, située à 6 km de la ferme. La formatrice nous a indiqué que l’épandage de lisier consommait 170 l de GNR et nécessitait 9 heures de travail, ce qui correspondait en effet à la réalité. Ensuite, elle nous a démontré que sur la même surface ramenée à 500 m de la stabulation, le même chantier pouvait être réalisé en 4 heures et avec seulement 80 litres de carburant – soit plus de 50 % d’économies sur le GNR, l’usure du matériel et la main-d’œuvre. C’est à partir de là que nous avons entamé une réflexion collective autour de l’échange de terres avec les autres agriculteurs de la commune. »

Des chaînes impliquant souvent trois ou quatre fermes

Une première réunion est organisée quelque temps plus tard, en partenariat avec la mairie­. Quatorze agriculteurs sont présents. Les enjeux sont exposés, et chacun est amené à réfléchir sur les parcelles qu’il pourrait céder et celles qu’il aimerait récupérer. Les réunions s’enchaînent et le groupe se réduit progressivement car certains participants estiment que la démarche ne pourra rien leur apporter. « Neuf exploitants sont restés jusqu’au bout, ajoute Yann Caillon. Pour trouver des solutions efficaces, il est important de réunir suffisamment d’agriculteurs proches les uns des autres, car les échanges profitables se font rarement entre deux exploitations, mais plutôt selon une chaîne qui implique au moins trois ou quatre fermes. » Autres ingrédients indispensables à la réussite d’un tel projet : la bonne volonté et l’ouverture au dialogue. En effet, les surfaces des parcelles échangées ne sont jamais identiques, certaines sont drainées, d’autres non, avec parfois des clôtures ou des haies plus ou moins récentes. Les exploitants doivent donc s’entendre entre eux sur d’éventuelles compensations financières afin d’intégrer tous ces paramètres.

De nouveaux baux de location

L’objectif n’est pas d’effectuer un nouveau remembrement : dans l’échange de terres, les limites des parcelles restent inchangées. À Campbon, cinquante propriétaires ont été impliqués. Tous ont accepté de rédiger de nouveaux baux et de changer de locataires. En conséquence, si l’un d’entre eux refusait, il bloquait en cascade plusieurs projets. « Il est important de discuter avec les exploitants et les propriétaires de façon à leur faire comprendre les enjeux, et parfois lever certains freins psychologiques, estime Yann Caillon. Sur notre ferme, nous avons par exemple échangé des terres familiales que nous cultivions et qui sont désormais louées à une tierce personne. Dans notre groupe, 150 ha au total ont été échangés, dont 17 ha pour nous. L’opération aura duré dix-huit mois. Nous avons gagné entre 3 et 6 km de déplacements selon les parcelles. Cela rend aussi l’exploitation plus attractive vis-à-vis de futurs repreneurs, avec plus de terres pâturables et la possibilité d’intégrer davantage de prairies dans les rotations. »

C’est la mairie qui a pris en charge le coût de l’intervention de la chambre d’agriculture. La collectivité était en effet intéressée par cette démarche, car rapprocher les terres des sièges d’exploitation réduit le nombre de tracteurs sur la route, ainsi que les dégradations de chaussée par le matériel.

À quelques kilomètres de là, au Gaec de la Monnerie, sur la commune du Bignon, un échange de terres a été opéré en 2014. « Chez nous, le remembrement datait de 1988, précise Pascal Hégron, l’un des associés. Depuis, les structures se sont agrandies avec parfois des terres relativement éloignées. Tout est parti d’un constat partagé avec plusieurs voisins : nous nous croisions souvent sur la route, pour aller faire le même chantier, mais loin de nos sièges d’exploitations respectifs. » Les éleveurs se sont alors retrouvés à plusieurs reprises lors de réunions animées par la chambre d’agriculture, autour d’une carte de la commune. La démarche a duré trois ans mais le résultat s’est avéré intéressant : en tout, 175 ha ont pu être échangés entre huit exploitations, dont 50 ha pour le Gaec de la Monnerie.

Création d’un boviduc

La ferme pratiquait déjà beaucoup de pâturages, mais le rapprochement a apporté encore plus de surfaces accessibles – ou presque ! En effet, les bâtiments sont situés le long d’une route départementale et plusieurs parcelles échangées se trouvaient juste de l’autre côté. Pour faire traverser les vaches, les associés avaient au départ installé un gyrophare en haut d’un poteau afin d’avertir les automobilistes. Mais cela restait dangereux, car en pleine campagne, les voitures­ arrivent très vite. Dès la mi-saison, il n’était pas question de faire traverser les vaches après la traite du soir ni d’aller les chercher tôt le matin, car la visibilité étant trop mauvaise. La solution fut trouvée en 2018 : l’installation d’un boviduc afin de passer sous la chaussée. Réalisé par une entreprise de travaux publics, l’ouvrage comprend des éléments préfabriqués en béton, de 3 mètres par 3 mètres, où le télescopique peut entrer pour racler les bouses. Il a coûté 55 000 €, un montant relativement élevé qui s’explique par les dimensions de l’ouvrage et la largeur de la route. Sous une route communale, la création d’un passage de 2 x 2 m se chiffre actuellement entre 30 000 et 35 000 €. Selon les régions, le boviduc est subventionnable dans le cadre du PCAE, ou bien via les collectivités locales.

Grâce au rapprochement des terres et au boviduc, l’exploitation a encore augmenté sa part de pâturage. Le nombre de jours annuels d’utilisation de l’autochargeuse a diminué d’au moins 20 %, et le pâturage de nuit a augmenté. Une grande partie des déplacements de génisses d'une parcelle à l'autre peut désormais se faire à pied. « Notre groupe d’échange fut un des premiers du département, ajoute Pascal Hégron. Pour simplifier les discussions, nous avions décidé de ne pas tenir compte de la qualité des terres ni de la présence de clôture. Seule la valeur du drainage a été estimée. Un des exploitants a aussi accepté un échange qui ne lui a pas vraiment fait gagner en distance, mais qui a en revanche permis à ses voisins de récupérer des parcelles toutes proches de chez eux. En remerciement, il a été dispensé de payer des frais sur cet échange. Pour mener à bien une telle opération collective, il faut de la bonne volonté, et accepter de perdre d'un côté pour gagner de l'autre. »

 Denis Lehé

    Gaec du Men, à Campbon (Loire-Atlantique)

    3 associés

    100 laitières

    116 ha de SAU : 64 ha d’herbe, 30 ha de maïs et 22 ha d'autres cultures

    1 100 000 l de lait produits par an

Boviduc. Cette structure donne accès aux parcelles échangées qui se trouvent juste de l’autre côté de la départementale. © Denis Lehé

    Gaec de la Monnerie, au Bignon (Loire-Atlantique)

    3 associés et 3,5 salariés

    200 laitières

    250 ha de SAU en agriculture biologique : 15 à 20 ha/an en maïs, le reste en herbe

    1 700 000 l de lait bio produits par an

Pascal Hégron, éleveur au Bignon, en Loire-Atlantique : © Denis Lehé
3 questions à…
« Les échanges à grande échelle ne peuvent fonctionner qu’à condition d’avoir une dynamique collective et des exploitants motivés. »« Une dynamique collective qui se révèle payante » 3 questions à… Sylvie Guillo, de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire

L’Éleveur laitier : Vous accompagnez régulièrement des groupes d’agriculteurs dans des démarches d’échanges, comment évoluent ces demandes ?

Sylvie Guillo : Les échanges de terres entre plusieurs agriculteurs d’une même commune sont une alternative au remembrement. Cela se pratique presque partout en France. Les dynamiques sont différentes d’un département à l’autre, mais sur la Loire-Atlantique, par exemple, nous avons de plus en plus de groupes qui se constituent. Cela ne peut fonctionner qu’à condition d’avoir une dynamique collective avec des gens réellement motivés. Ensuite, il faut un accompagnement extérieur. À la fin, la démarche se révèle toujours payante et chacun mesure rapidement le gain de temps et les économies générées. Nous avons par exemple des groupes qui reviennent nous voir après quelques années pour procéder à une nouvelle série d’échanges.

S.G. : Échanger une parcelle contre une autre avec un voisin est une démarche assez simple, qu’un binôme d’exploitants peut facilement réaliser. Mais dans les faits, les opportunités sont souvent limitées. Organiser des échanges groupés à 5, 10 voire 20 agriculteurs est beaucoup plus efficace pour rapprocher plusieurs parcelles en une seule opération.

Notre mission est d’abord de faire comprendre les enjeux. Nous jouons un rôle d’intermédiaire afin, d’une part, de faciliter la discussion, et d’autre part d’apporter des méthodes de travail. Généralement, l’accompagnateur aide le groupe à définir un protocole d’accord, que tous les exploitants signent ensuite. Ce document stipule les conditions des échanges en mentionnant, par exemple, si des compensations financières sont prévues pour le drainage ou les clôtures existantes. Il est important de tout poser par écrit, de façon à prévenir d'éventuels litiges qui surviendraient par la suite.

S.G. : Le coût de revient de la prestation d’accompagnement se situe généralement entre 800 et 1 200 € par exploitant. Il dépend des surfaces engagées, du niveau d’accompagnement et donc du temps investi. Certains groupes bénéficient d’un accompagnement financier au titre de la formation professionnelle, ou bien reçoivent des subventions de la part des collectivités locales.

La chambre d’agriculture vient d’ailleurs de développer un outil  informatique de simulation qui calcule les coûts de mécanisation à la parcelle, selon les chantiers réels que réalisent l’agriculteur et son éloignement géographique. Cette application montre, par exemple, qu’en allant cultiver un terrain à plus de 5 km de chez lui, l’exploitant dépense souvent plus sur la route en carburant, main-d’œuvre et usure du matériel, que le prix du fermage.

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