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Dossier. Dix retenues d’eau collectives devenues vitales

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Les retenues sont remplies l’hiver, entre le 31 octobre et le 31 mars, à partir de pompages dans les nappes rechargées et dans des rivières. Sur la photo, la réserve d‘Oulmes, construite sans apport de terre extérieure, offre une profondeur maximale de 11 mètres. C’est la plus grande des dix réserves de substitution : avec 700 000 m © a. b.

Dans lesud de la Vendée, dix réserves ont permis de faire évoluer et de sécuriser les systèmes fourragers et culturaux dans 105 exploitations.

Entre la plaine de Niort et le Marais poitevin, dix réserves de substitution, d’une capacité individuelle variant de 140 000 à 700 000 mètres cubes d’eau, ont été créées à partir de 2008 pour réduire, l’été, la pression sur les nappes et les rivières. Remplies l’hiver par pompage, quand l’eau est disponible, elles permettent de stocker 3,2 millions de mè...
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Entre la plaine de Niort et le Marais poitevin, dix réserves de substitution, d’une capacité individuelle variant de 140 000 à 700 000 mètres cubes d’eau, ont été créées à partir de 2008 pour réduire, l’été, la pression sur les nappes et les rivières. Remplies l’hiver par pompage, quand l’eau est disponible, elles permettent de stocker 3,2 millions de mètres cubes, soit la moitié des volumes initialement prélevés. 105 exploitations (lait, grandes cultures, hors sols porcs et volailles, élevages allaitants) en bénéficient. Compte tenu du changement climatique, ces ouvrages, construits collectivement avec le soutien des collectivités locales et du Département, étaient indispensables au maintien des exploitations dont les terres peu profondes sur sous-sol calcaire sont séchantes. « Avec 3,2 millions de m3 stockés, nous avons sécurisé une partie de notre ressource en eau, souligne Denis Coirier, agriculteur à Nieul-sur-l’Autise, le président du syndicat des irrigants du secteur d’Autise. Sans les retenues, nous serions dans la panade. En prélevant davantage dans les nappes et cours d’eau pour compenser les printemps et étés de plus en plus secs, nous aurions subi des restrictions. Grâce à notre démarche collective, le niveau de nos prélèvements n’a pas bougé. »

Irrigation dès début avril, une première inquiétante

Le printemps particulièrement sec de cette année pourrait remettre en cause l’équilibre acquis ces dernières années. En l’absence de pluie depuis la mi-mars, l’irrigation a dû être mise en route dès début avril. Ce sera autant d’eau en moins pour l’été. Une première inquiétante. Initiée après la grande sécheresse de 1976, l’irrigation a explosé dans cette petite région dans les années 1980. « On mettait une pompe, la ressource était là. » Soutenue par le Conseil général de l’époque, cette recherche d’eau a permis d’arroser le maïs (grain ou ensilage) et d’implanter de nouvelles cultures (maïs semences, tabac) dans des exploitations dont la SAU moyenne était alors d’une cinquantaine d’hectares avec des parcellaires morcelés, de l’élevage partout et beaucoup de jeunes.

Les premières alertes d’assèchement de la nappe et le début des conflits entre les différents usagers (puits des particuliers, canaux du Marais poitevin valorisés par la batellerie et le tourisme, abreuvement des animaux) ont émergé en 1990. Un protocole de gestion des nappes, assorti de premières restrictions, a été élaboré conjointement par la chambre d’agriculture, les OPA, le Département et les services de l’État. Mais cela n’a pas suffi, compte tenu de l’inadéquation structurelle entre les ressources en eau et les besoins. En 1996, un petit groupe informel d’agriculteurs s’est interrogé : comment assurer une ressource durable ?

Une réglementation harmonisée à l’ensemble du bassin hydrogéologique

L’idée de construire des retenues de substitution, avec une réglementation harmonisée à l’ensemble du bassin hydrogéologique et un équilibre entre les usagers de l’eau, s’est imposée. Elle a été soutenue par le président de la communauté de communes, un chef d’entreprise dynamique qui avait compris l’importance de l’agriculture dans l’économie et la vie de ce territoire rural. Le poids des agriculteurs était alors très important avec des paysans impliqués dans le tissu associatif et sportif. Le syndicat mixte Vendée-Sèvre-Autise, chargé de l’entretien des canaux et des ouvrages du Marais poitevin, a pris le dossier en main. « Jean-Claude Richard, à la tête de notre intercommunalité ainsi que du parc régional Marais poitevin, en est devenu le président, précise Denis Coirier. Le contexte était favorable. »

Dans le cadre d’une délégation de service public, la construction des ouvrages et leur exploitation ont été confiées à la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG). Une structure à l’expertise reconnue­, y compris par l’administration. « À l’époque, les services de l’État nous ont bien aidés. Il n’y a pas eu de grosse opposition à notre projet », se souvient notre interlocuteur. Remontée contre les pompages en rivière, l’association locale Défense de la vieille Autise a été constructive. De même, la Coordination de défense du Marais poitevin a suivi le projet dès le départ. Le portage du projet par un établissement public lui donnait une légitimité renforcée.

Il était le fruit d’une volonté politique locale et pas seulement d’une volonté agricole. Le montant important des subventions obtenues à l’époque en a témoigné. Le niveau d’investissement, certes élevé, de 15 millions d’euros pour l’ensemble des retenues, était en rapport avec le montant de l’activité et de la production de la centaine d’exploitations concernées (+ de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires par an).

En quatre ans, dix retenues ont vu le jour. Leur aménagement a nécessité une implication professionnelle importante pour trouver les sites adaptés non inondables ainsi qu’un travail long sur la restructuration du foncier (programme d’échanges amiables par commune). Des agriculteurs arrivant à la retraite ont accepté de céder du terrain. D’autres ont négocié un volume d’eau contre du foncier (lire le témoignage de David Cartron, page précédente ). L’animation locale s’est faite autour de chaque réserve par les agriculteurs eux-mêmes. La Safer a finalisé les dossiers. La construction de l’autoroute Nantes-Bordeaux en 1996 a officialisé les échanges fonciers et conforté les îlots d’irrigation (trois retenues sont quasiment collées à la voie autoroutière). Aujourd’hui, la majorité des agriculteurs est raccordée à l’une ou l’autre des réserves d’eau, entièrement ou partiellement.

Tous les irrigants, quel que soit leur type d’accès à l’eau (réserves, rivière ou forage dans la nappe) paient un même droit d’accès à l’eau et une même contribution au remboursement des emprunts et charges d’entretien des installations. Ils sont soumis aux mêmes restrictions d’usage (encadré ci-dessous). Les prélèvements résiduels encore en cours dans la rivière l’Autise ou dans la nappe sont appelés à disparaître avec le projet de construction de trois nouvelles­ retenues capables de stocker 700 000-800 000 m3 supplémentaires à partir de 2023. Celui-ci est travaillé dans le cadre d’un PTGE (Projet de territoire pour la gestion de l’eau), un dispositif au sein duquel les parties concernées (agriculture, collecti­vités locales, administration, associations environnementalistes) sont représentées. Les volumes d’eau actuellement disponibles (propriété du syndicat mixte) sont en effet bloqués globalement et par milieu naturel (plaine, Marais poitevin, bocage) sans évolution à venir.

Toutes les exploitations avec irrigation sont reprises

Alors que les emprunts portant sur les dix premières retenues sont en phase d’achèvement, et que le schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (Sage) est en révision localement, améliorer la situation des eaux de surface en amont (secteurs bocage et marais) est un enjeu. Les études ont commencé. « Le dimensionnement des nouvelles réserves se fera aussi en fonction des contraintes économiques, précise Denis Coirier. En cas d’opposition, il faudra expliquer le projet et écouter. Il y aura peut-être des aménagements à faire par rapport à la faune et la flore, avec des volumes à réserver. »

Forts de la réussite de leur démarche collective, mais inquiets de la rapidité du changement climatique, les agriculteurs-irrigants sont motivés pour franchir cette nouvelle étape. Outre un gros développement des cultures sous contrat (maïs semences, haricots verts et secs, coriandre, etc.) et le maintien de l’élevage laitier dans la région, l’eau a permis une importante transition bio en grandes cultures (près de 2000 hectares en cinq ans). Des enfants d’agriculteurs, partis vers d’autres horizons professionnels, reviennent s’installer. Toutes les exploitations avec irrigation (120-130 ha en moyenne aujourd’hui) sont reprises alors que les exploitations aux cultures sèches partent vers l’agrandissement.

Anne Bréhier

Outre un droit d’accès à l’eau (3,6 centimes d’euro par m3) et une participation au remboursement des emprunts (4,7 centimes d’euro par m3 souscrit), l’irrigant raccordé aux retenues se voit facturer une contribution pour le débit souscrit (20,6 € m3/heure, soit 1 000 € par an pour 50 m3/heure), une pour la consommation (2 centimes d’euro par m3) ainsi qu’un montant forfaitaire par borne (200 € par an). La tarification est réalisée dans le cadre d’un contrat sur douze ans avec une révision annuelle (index).

Denis Coirier, agriculteur et président du syndicat des irrigants s’interroge : avec des sécheresses de plus en plus précoces, les retenues suffiront-elles demain ? © A. B.
Gérer les retenues mais aussi la nappe et la rivière

La construction, l’exploitation et la gestion des retenues ont été confiées par le syndicat mixte Vendée-Sèvre-Autise, propriétaire de l’eau, à la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG). Un suivi très pointu de la ressource sur les trois milieux (nappe, marais, rivière) est assuré tout au long de l’année. « Collectivement, nous ne gérons pas que des réserves, mais l’ensemble du milieu, soit les 6,4 millions de mètres cubes d’eau stockés dans les réserves, la nappe et la rivière », précise Denis Coirier. À certaines dates, pour préserver la ressource, les irrigants choisissent de s’imposer eux-mêmes des restrictions (de moins 15, 20 ou 30 % de leurs prélèvements sur une quinzaine). « Mieux vaut prévenir que d’attendre les restrictions de l’administration et de subir un arrêt brutal au 10 août, ce qui, pour l’instant, n’est jamais arrivé, estime Denis Coirier. Avec les années climatiquement difficiles, les agriculteurs prennent davantage conscience des enjeux. » Cette prise de conscience accrue, ainsi que l’expertise du CACG et l’expérience facilitent les prises de décision.

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