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Dossier. De nouvelles recommandations sur les logettes pour un plus grand confort

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Les observations de terrain d’Idele et celles de l’Inrae et VetAgro Sup de Lyon sur 2 500 vaches passées au crible font évoluer les préconisations sur le réglage des logettes, en tenant mieux compte du mouvement de coucher et lever, du gabarit et de la cohabitation.

Sur vingt-quatre heures, les vaches passent de douze à quatorze heures couchées, dont cinq à dix heures à ruminer. Vous le savez bien, en stabulation à logettes, l’accès à la logette et son confort sont donc primordiaux. Depuis une dizaine d’années, les connaissances et les conseils s’affinent. Afin d’éviter la compétition entre les vaches et de respecter leur comportement grégaire, il est...
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Sur vingt-quatre heures, les vaches passent de douze à quatorze heures couchées, dont cinq à dix heures à ruminer. Vous le savez bien, en stabulation à logettes, l’accès à la logette et son confort sont donc primordiaux. Depuis une dizaine d’années, les connaissances et les conseils s’affinent. Afin d’éviter la compétition entre les vaches et de respecter leur comportement grégaire, il est aujourd’hui prôné une logette par vache. De même, les recommandations sur leur dimensionnement s’ajustent à l’évolution du gabarit des vaches, plus grand, mais aussi aux observations de terrain. « L’équipement doit être ergonomique à la fois pour la vache et pour l’éleveur », dit Alice de Boyer des Roches, enseignante-chercheuse à VetAgro Sup de Lyon.

Pour l’éleveur, des logettes propres facilitent son travail. Cela suppose une longueur de logette permettant à l’animal de bouser dans le couloir. La vache, elle, doit pouvoir se lever en cinq ou six secondes sans se blesser. « Il faut trouver le bon équilibre pour, d’une part, éviter les blessures, les boiteries et la saleté et, d’autre part, un nettoyage rapide. » De leur côté, Bertrand Fagoo et Tanguy Morel, du service­ capteurs-équipements-bâtiments de l’Institut de l’élevage (Idele), estiment que « ne pas avoir de bouses dans les logettes est plutôt anormal. Il faut accepter de 5 à 10 % de logettes avec des bouses le matin. » Or un certain nombre d’éleveurs ont tendance à les raccourcir pour que les vaches les plus petites ne bousen­t pas dedans. « C’est source d’inconfort pour les plus grandes dont les deux pattes arrière sont dans le couloir. C’est pourquoi le dimensionnement des logettes­ doit être fait sur les 20 % plus grandes vaches du troupeau. » Contrairement aux secteurs porcin et avicole, en bovin, il n’existe pas de normes européennes et françaises sur le dimensionnement des logettes (et des cornadis), seulement des recommandations. Les dernières datent de 2014 et sont émises par la Commission internationale du génie rural (CIGR), composée d’experts du monde entier. Il s’agit de coefficients appliqués sur les dimensions corporelles des vaches. En France, Idele a fait le choix de ne pas les appliquer stricto sensu mais, par souci de simplicité et de vulgarisation, de proposer des valeurs de réglage pour trois gabarits de vaches : très grand, moyen à grand et petit à très petit. Il vient de les réviser pour tenir compte de l’évolution des gabarits des vaches et mieux intégrer leur bien-être (infographie ci-contre).

« L’équipe Caraibe(1) de l’UMR Herbivores (Inrae et VetAgro Sup de Lyon) a confronté les recommandations de la CIGR au terrain, à partir d’une étude menée en 2011 sur plus de 2 500 vaches holsteins et montbéliardes dans 131 élevages », reprend Alice de Boyer des Roches. Leurs dimensions corporelles, longueur épaule-hanche et hauteur au garrot, ont été mesurées. Les altérations de la peau (dépilations, croûtes, lésions, etc.) et les zones sales ont été relevées. Leur locomotion a été également évaluée. « Ces observations sont reliées par modélisation aux dimensions et caractéristiques des logettes, ce qui amène l’équipe Caraibe à formuler de nouvelles recommandations. » Elles ont fait l’objet de trois publications scientifiques entre 2019 et 2021 dans le Journal of Dairy Science. Les observations montrent que 18 % des 2 500 vaches sont atteintes de boiteries. Bien plus important est le nombre de vaches sales : 83 % ont au moins une zone du corps sale. Les lésions corporelles sont également élevées : 69 % d’entre elles ont au moins une altération de la peau (infographie page suivante). Les recommandations de réglages de la CIGR étaient partiellement suivies dans les 131 élevages. Par exemple, celles concernant la longueur de couchage et le positionnement horizontal de la barre au garrot étaient respectées à 76 % et 61 %. En revanche, seules 39 % des logettes avaient une profondeur totale correcte et 23 %, une hauteur sous la barre au garrot conforme. « Si les bâtiments neufs et rénovés depuis quinze ans bénéficient des retours d’expériences sur le confort des vaches, il y a un travail d’améliorations à mener dans les stabulations plus anciennes », concluent Bertrand Fagoo et Tanguy Morel. L’expertise croisée d’Idele et de l’équipe Caraibe­ relève les réglages qui évoluent, ceux confirmés et ceux à confirmer.

CE QUI ÉVOLUE

Dégagement avant. Quand elle se lève, la vache doit avoir suffisamment de dégagement à l’avant de la logette pour envoyer sa tête et se dresser sans se contorsionner. Sinon, une fois debout, elle se retrouve en biais et bouse dans la logette. Or l’étude pointe un espace en avant insuffisant.

Logettes face au mur ou à un autre obstacle (balle de paille, par exemple). « Il faut garantir un espace de plus d’un mètre en avant du nez de la vache lorsqu’elle est couchée », affirme Alice de Boyer des Roches. Bertrand Fagoo et Tanguy Morel partagent son analyse et en tiennent compte dans la révision des références qu’ils viennent de réaliser. Ils comptent 80 cm, soit de 20 à 40 cm de plus que les valeurs recommandées en 2017. « Du seuil au mur et sans stockage de paille, nous proposons, pour les très grands gabarits, 3,20 m contre 2,90 à 3 m en 2017 ; pour les moyens à grands, de 2,90 m à 3,20 m contre 2,60 m à 2,80 m précédemment ; et pour les petits à très petits, de 2,60 m à 2,90 m contre 2,50 m à 2,60 m [voir tableau]. »

Logettes en tête à tête. « Une distance d’un mètre entre les poteaux situés à l’avant des logettes est idéale pour leur bien-être », observe Alice de Boyer des Roche. Bertrand Fagoo et Tanguy Morel, eux, conseillent un minimum de 40 cm entre les poteaux de logettes. « Les vaches ne se retrouvent pas ainsi mufle à mufle. Les dominées n’attendent pas que les dominantes se lèvent pour le faire elles-mêmes. Il faut trouver le bon compromis entre confort de l’animal et coût du bâtiment, ajoutent-ils. Les éleveurs peuvent s’appuyer sur les conseil­lers spécialisés en bâtiment. »

Arrêtoir au sol. L’étude confirme ce que mettent en œuvre les éleveurs aujourd’hui. D’abord sur le type d’arrêtoir. « Il faut utiliser un arrêtoir au sol arrondi ou au moins sans zone abrasive pour ne pas créer d’altérations », indique l’enseignante-chercheuse. Bertrand Fagoo et Tanguy Morel vont plus loin et proposent une hauteur de l’arrêtoir de 10 cm au maximum . « S’il est trop haut, la vache ne peut pas lancer son pied devant lorsqu’elle se lève. Elle est obligée de le mettre sur le côté. Lorsqu’elle ramène son pied, elle risque de se blesser (infographie page suivante). »

L’équipe Caraibe reprend également ce qu’appliquent déjà les éleveurs sur la position de l’arrêtoir et des poteaux : les deux doivent être juste en avant des genoux de la vache pour éviter les blessures au niveau des carpes. Idele conseille un arrêtoir fixé de 1,60 m à 2 m du seuil selon le gabarit.

Seuil de la logette, matelas et litière compris. L’équipe Caraibe propose de l’établir par cette formule : 0,11 à 0,15 x hauteur de la vache. Pour les grands gabarits (1,50 m de hauteur au garrot), cela revient à un seuil compris entre 16,50 cm et 22,50 cm de haut. « Une hauteur de 20 cm est généralement préconisée, matelas compris, notent les deux experts d’Idele. Au-delà, la vache pensera qu’elle tombe au moment de reculer et sera stressée. » Le seuil final sera décidé non pas à partir du gabarit des animaux mais en fonction de la fréquence de raclage des couloirs et de la litière. L’objectif est que le lisier ne déborde pas dans la logette. Ainsi, en système lisier avec de la sciure, le raclage toutes les deux heures permet un seuil un peu plus bas que 20 cm. En logettes paillées, avec un raclage deux fois par jour, il faut au moins 20 cm pour éviter le risque d’entrée du fumier dans la logette. « Le seuil doit être sans zone abrasive », souligne Alice de Boyer des Roches. Elle évoque le risque de gêne ou de blessures provoquées par la fixation du matelas à l’arrière de la logette, mais il est de moins en moins fréquent.

Couchage confortable. L’équipe Caraibe recommande la paille, jugée beaucoup plus confortable. « Il faut utiliser la paille comme litière plutôt que la sciure ou aucune litière, et la garder sèche », dit l’enseignante-chercheuse. Dans tous les cas, ces matériaux de litière sont utilisés sur les matelas. En système fumier, un apport de 3 à 3,5 kg par vache par jour est nécessaire. En système lisier, Idele conseille 500 g par vache par jour de sciure, de paille ou menue paille ou d’anas de lin.

CE QUI EST CONFIRMÉ

Pente de la logette de 2 % à 5 %. L’étude confirme­ cette recommandation de la CIGR. La pente de 2 % concerne les logettes pail­lées, celle de 5 % les logettes avec matelas. « Elle est plus importante car la surface est souple­ et peut se déformer au fil du temps », précisent Bertrand Fagoo et Tanguy Morel.

La barre au garrot. Les nouvelles valeurs d’Idele ne modifient pas la position de la barre au garrot par rapport au seuil de la logette. Elles sont mieux ajustées au gabarit des vaches. En revanche, pour tenir davantage compte du mouvement de coucher et lever, la barre est montée de quelques centimètres.

CE QUI DOIT ÊTRE APPROFONDI

Largeur de la logette. Si elle trop large, la vache risque de se coucher en travers et sera gênée pour se relever ; trop étroite, il y a un risque d’inconfort et de blessures. Afin d’être plus précis, l’équipe Caraibe propose d’ajouter à la hauteur de la vache le critère de la largeur des épaules. « L’étude sur les 2 500 vaches holsteins et montbéliardes montre que des logettes deux fois plus larges que la largeur des épaules diminuent le risque de boiterie. »

Seulement, en dehors de cette étude, il n’existe pas de données sur les largeurs d’épaules puisque les entreprises et organismes de sélection des trois grandes races ne pointent pas les femelles sur ce critère.

« Il y a un minimum et un maximum à définir pour éviter d’un côté des blessures et de l’autre un couchage de travers », approuvent Bertrand Fagoo et Tanguy Morel. En attendant d’engager ce travail cette année, dans leurs nou­velles recommandations, ils proposent des largeurs prenant mieux en compte le gabarit des animaux .

Hauteur sous la séparation de logette. Selon l’équipe Caraibe, la barrière de séparation de la logette (appelée aussi bat-flanc) doit être suffisamment haute pour laisser un espace correct entre le bas du tubulaire et le sol. L’objectif est d’éviter les altérations au niveau du bassin et de la mamelle lorsque la vache est couchée. Pour une vache de gabarit moyen (haute de 144 cm), Alice de Boyer des Roches indique un espace de 108 cm sous la séparation. « Ce résultat est lié à nos modélisations et nécessite une validation terrain », précise-t-elle. Bertand Fagoo et Tanguy Morel se fondent plutôt aujourd’hui sur un optimum de 40 à 60 cm pour éviter un couchage de travers.

Claire Hue

(1) Équipe Caraibe ou Comportement animal, robustesse et approche intégrée du bien-être.

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